Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
22. Opinion du P. Dehon (1873)
En 1873, l’abbé Dehon a pris son parti. En rejoignant son diocèse de Soissons à Saint-Quentin, il va mettre en œuvre son propre projet de fondation d’une nouvelle Congrégation, les Pères du Sacré-Cœur, à laquelle il veut imprimer une marque intellectuelle et doctrinale de haute tenue. Il continue d’être informé sur l’évolution interne des Augustins de l’Assomption, son ami l’abbé Désaire jouant les intermédiaires.
« Je suis heureux de votre projet de quitter l’Assomption. Il y a là une activité fébrile qui a bien pu vous satisfaire quelque temps, mais ce n’est pas ainsi qu’ont commencé les grandes Congrégations. Le Père d’Alzon ne me semble pas avoir l’étoffe d’un fondateur. Il a, il est clair, beaucoup de cœur et quelquefois des aperçus de génie, mais il est extrêmement mobile dans son caractère et ses affections, peu sûr dans ses jugements, parfois étrangement colère. On ne fait pas chez lui de noviciat sérieux, il y a peu d’union et après cent variations rien n’est encore fixé dans son but et dans ses règles. Il y a dans le cher Père d’Alzon bien des côtés naturels et humains. Et cependant, c’est sa personne qui soutient tout. Cette Congrégation me paraît être un beau feu de paille qui n’aura pas de durée ».
Lettre de l’abbé Dehon (1843-1925) au P. Charles Désaire (1845-1910), Saint-Quentin, 18 janvier 1873. Manuscrit original déposé chez les P. du Sacré-Cœur. Texte reproduit dans les Actes du Colloque Les Origines de la Famille de l’Assomption, 2005, pages 416-417. Le jugement plutôt sévère du P. Déhon n’avait rien d’infaillible. On sait qu’en 2005, sa béatification programmée imminente a été stoppée au dernier moment par le Pape Benoît XVI, alerté au sujet d’écrits de veine antisémite de la part du fondateur des Pères du Sacré-Cœur de Saint-Quentin.