Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
23. Présentation du P. d’Alzon par lui-même (1875)
En prenant de l’âge, le P. d’Alzon était soucieux de tenir compte des aspirations des jeunes religieux de l’Assomption, tout en tenant ferme aux intuitions et aux traditions qui avaient construit sa famille religieuse et soutenu la ferveur spirituelle de ses premiers compagnons. En lançant depuis Nîmes la revue L’Assomption, ouverte au public plus large de ses généreux donateurs, il oriente le regard de tous sans distinction vers cet avenir à fortifier, mais il ne s’interdit pas non plus de jeter un regard sur les premières décennies de sa propre expérience apostolique. Le passé comme l’avenir, c’est, sur le plan des événements et des initiatives, le champ ouvert des projets et des inconnus, des possibles et des réalités insoupçonnées.
« Si je prends la plume pour rappeler mes souvenirs, c’est que je vois tant de générations passer dans cette chère Assomption qu’il est à craindre de lui voir perdre son antique esprit. Il a oscillé quelquefois, mais comme les sapins battus par la tempête, après avoir penché leur tête en des sens divers, se hâtent de fixer leur cime vers le ciel, je voudrais que notre vieil et si bon esprit d’autrefois, après ses épreuves, tempora mea, comme dit Cicéron, revînt à sa primitive direction.
Qui suis-je ? Qu’est-ce que cela vous fait, ami lecteur ? Pourvu que je vous intéresse en témoin fidèle ! Croyez-vous que si je vous ennuie, il me plaise de vous voir bâiller à la seule vue de mon nom ? Je suis des vieux : que cela vous suffise pour comprendre que je sais des choses que vous ne savez pas. J’aime les jeunes, et comme disait un grand vicaire de Moulins, je ne vois pas pourquoi un sot depuis cinquante ans serait préféré à quelqu’un qui n’a de l’esprit que depuis vingt-cinq. Du reste, à l’Assomption, les vieux aiment les jeunes ; les jeunes respectent les vieux ; grande consolation pour les vieux qui peuvent être ennuyés d’être vieux, et pour les jeunes qui seront vieux à leur tour ; dans tous les cas, méthode essentiellement antirévolutionnaire.
Quoi qu’il en soit, on prétend que le P. d’Alzon, venu au monde avec une légère dose d’originalité, avait eu l’idée, à son retour de Rome, où il avait été ordonné prêtre, de fonder à Nîmes deux œuvres : un couvent de Carmélites et un Collège. Point du tout : on lui confia les Dames de la Miséricorde, et les mauvaises langues assurent lui avoir entendu dire que, s’il s’était douté qu’on l’affublerait un jour d’une pareille besogne, bien habile eût été qui lui aurait fait prendre la soutane. Le P. d’Alzon devait avoir mal dormi le jour où il se permit pareille impertinence. Quant au Collège, on l’angaria à fonder un Refuge, qu’il dirigea pendant dix ans : après quoi, avec son inconstance bien connue, il songea à faire autre chose… ».
Texte cité ‘Un Ancien’ imprimé dans L’Assomption de Nîmes, 1875, n° 1, p. 1-2.
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