Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
24. Sous le pseudonyme d’Emmanuel de Villepreux (1875)
Le roman n’entretient que des rapports assez lâches avec l’histoire. Et pourtant ils se nourrissent l’un et l’autre de cette part des faits qui peuvent être transformés en rêves et en mythes. La vie personnelle d’Emmanuel d’Alzon pouvait alimenter aussi bien les uns que les autres. Il ne s’en offusquait pas quand une plume amie savait faire la part des choses : à Ernest Daudet, la fiction romanesque, à Armand de Pontmartin une saine critique littéraire.
« Emmanuel de Villepreux appartenait à une opulente famille normande (entre l’Hérault et le Gange) qui avait rêvé pour lui les destinées les plus hautes. Il semblait, en effet, qu’il n’en était pas où il ne pût atteindre. A vingt ans il était beau, distingué et instruit, et pour mettre en lumière ces qualités, il possédait, avec une fortune estimée à plusieurs millions, un nom qui est des plus anciens et des plus honorés de la Normandie (méridionale). Mais il nourrissait d’autres projets que ceux de sa famille et lorsque pour la première fois on lui parla de l’avenir, il répondit : ‘Je veux être prêtre’.
Au nom prédestiné d’Emmanuel, à ces traits d’une ressemblance parfaite, nos amis, surtout dans le Midi de la France, reconnaîtront l’homme éminent qu’une vocation nouvelle arracha à toutes les séductions du monde, de la jeunesse et de la fortune, qui se dépensa tout entier au service de Dieu, créa, longtemps avant la loi de 1849, un collège où l’éducation religieuse s’associait à de fortes études, et y prodigua si vaillamment son riche patrimoine que son père disait en souriant : ‘Si mon fils était mauvais sujet, il me coûterait moins cher !’ Son âme énergique, cœur d’or, épris de vérité, de loyauté et de franchise ; parole ardente, orateur éloquent, apôtre populaire, athlète infatigable, héros d’abnégation et de sacrifice, que n’ont même pas tenté les hautes dignités de l’Eglise, et que saluent comme un maître, comme un guide, comme un bienfaiteur, des hommes de talent, de vertu et de courage, honneur de la tribune et du barreau, de la magistrature et de l’armée. En plaçant son livre sous le patronage de ce nom béni, Ernest Daudet a payé une dette et consacré un souvenir. Les anciens élèves du collège de l’Assomption lui en sauront gré ; et cette bonne action lui a porté bonheur ».
D’après l’article littéraire d’Armand de Pontmartin (1811-1890), connaissance amie de jeunesse du P. d’Alzon, publié dans la 374 ème Semaine littéraire, 26 avril 1875, après la parution du roman d’Ernest Daudet (1837-1921), ancien élève de l’Assomption, roman intitulé Les Aventures de Raymond Rocherray (Gazette de France, 26 avril 1875).