Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
25. Opinion d’Henri Renouard (1875)
La foi conquérante du P. d’Alzon avait de quoi subjuguer ses auditoires. Le P. d’Alzon était encore plus une voix qu’une plume, ce qui nous fera toujours regretter un peu que les procédés d’enregistrement n’existaient pas encore de son temps. Il y eut dans le mouvement catholique des années 1870 une large prise de conscience des nécessités d’une action ecclésiale proprement sociale, unie à des formules de regroupement des forces catholiques trop dispersées sur le plan politique. Une sorte de première naissance de ce que l’histoire enregistrera sous le nom d’Action catholique dans les années 1930.
« …Nous avons à Nîmes une Œuvre des Conférences Catholiques. Je vous dirai quelques mots sur deux de nos conférenciers : l’un, qui est chargé du cours de littérature orientale et l’autre qui professe le cours d’Histoire Religieuse. Tous les deux de l’Ordre des Augustins de l’Assomption. Celui-ci est à la tête de l’Ordre, celui-là est un simple membre [P. Bouvy]. Le R.P. d’Alzon, supérieur général, est le type parfait du prêtre des Croisades, c’est l’apôtre militant par essence, armé de toutes pièces envers et contre toute erreur, la combattant et exaltant la vérité. Son enseignement fourmille d’anecdotes piquantes, d’aperçus inattendus et de remarques spirituelles. Ayant beaucoup lu et vu davantage, il est expert sur toutes les matières. Ses premières conférences furent plutôt des homélies. Maintenant, ce sont des causeries familières, quoique cependant, l’élévation et la grandeur et quelquefois le sublime n’en soient pas exclus.
Le P. Edmond, qui a embrassé un sujet paraissant aride, le traite à l’entière satisfaction de tous. Sa parole douce et persuasive, je dirais presque féminine, ajoute un charme de plus à son discours et est admirablement appropriée à la poétique qu’il nous dépeint. Une divine poésie est l’objet de son étude et les expressions les plus gracieuses lui servent à rendre sa pensée. Les Œuvres des Pères de l’Eglise Orientale sont en fait sublimes d’élévation et de poésie. Pour moi, rien n’égale le charme des écrits bibliques et avec la science la plus profonde j’y trouve l’art le plus élevé. Essayez de lire ces pages si belles de Salomon et de Job. Quelle grâce pénétrante, quelle abondance de fleurs intellectuelles !… ».
Henri Renouard est un nîmois contemporain du P. d’Alzon. Texte transcrit d’après une lettre manuscrite déposée dans les ACR et texte reproduit dans Pages d’Archives, mai 1958, nouvelle série n° 8, p. 247.