Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
28. L’année 1880 à Nîmes (1880)
L’historien de Nîmes du XIXème siècle, Adolphe Pieyre de Boussuges (1818-1909), également homme politique nîmois, ne pouvait manquer de consacrer quelques pages au P. d’Alzon dont il partageait assez largement les convictions, surtout en cette année 1880, de couleur dramatique, où la mort du P. d’Alzon coïncida avec les mesures d’expulsion prises contre les congrégations masculines non-autorisées par le gouvernement, dont les Assomptionnistes à Nîmes, enseignants reconnus de longue date.
« …Cependant les Pères Augustins de l’Assomption n’avaient pas été frappés le 30 octobre [1880]. A la terreur qu’il avait éprouvée durant cette journée et celle du 3 novembre en voyant la population se dresser frémissante devant lui, se joignait, chez M. Dumarest, un restant de pudeur, commandée par le respect dû à un mourant.
Depuis quelque temps, en effet, l’état du Supérieur de l’Assomption, le T.R.P. d’Alzon, était inquiétant et ceux qui l’approchaient ne dissimulaient pas leurs craintes. Dès le commencement de novembre, la maladie fit des progrès rapides qui ne permirent plus l’espoir.
Le P. d’Alzon succombait le 21 novembre au milieu de la douleur profonde de cette grande famille dont il était le Père et le Directeur, famille qui tient une si grande place dans notre histoire locale et dans l’histoire de notre pays et qui se résume en un mot : l’Assomption.
Ce fut pour l’Eglise de Nîmes et pour la ville entière un solennel moment que celui où toutes les cloches des églises tintèrent le glas funèbre du défunt. A quelles œuvres n’avait pas participé le vaillant et intrépide religieux ? A quelles luttes n’avait-il pas été mêlé ? N’avait-il pas marché aux côté des Montalembert et des Lacordaire pour revendiquer la liberté de l’enseignement secondaire ? N’avait-il pas été l’auxiliaire de Mgr Plantier au cours mémorable des travaux du concile ? Le Père d’Alzon avait tenu une place si large, si grande, dans tout ce qui s’était fait de noble et de grand, autour de ses concitoyens d’adoption, il avait, avec une si séduisante persuasion, tenu un rang élevé non seulement dans le clergé mais dans la société, il s’était imposé avec une autorité telle que amis et adversaires, admirateurs et indifférents, prononçaient son nom avec une sincère émotion. Chez ceux-ci c’étaient à la fois du respect, de l’enthousiasme, du fanatisme même, chez ceux-là c’étaient le charme, la fascination, l’étonnement mêlés à je ne sais quel sentiment de craintive déférence… ».
Extrait du livre d’Adolphe Pieyre, Histoire de la ville de Nîmes, 1887, t. III, pages 288-289.