Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 5

Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

29. L’année 1880 à Paris, le couvent de la rue François Ier assailli par les forces de police

La mesure d’expulsion d’octobre-novembre 1880 atteignit également la communauté assomptionniste de la rue François Ier à Paris, celle-ci non enseignante, mais influente à cause des organes de presse développés autour de La Croix et du Pèlerin. Cette mesure, affichée publiquement pour des raisons de propagande gouvernementale, n’eut en fait qu’une portée et une durée limitées. Après la chute de Jules Ferry (1832-1893) en 1882 et la mort de Léon Gambetta (1838-1882), les ministères français, constitués de républicains dits modérés ou opportunistes, pour des raisons de politique intérieure surtout, mirent une sourdine aux mesures anti-congréganistes prises par leurs prédécesseurs plus radicaux ; ils firent enlever les scellés et laissèrent les religieux regagner leurs couvents et leurs collèges, du moins jusqu’en 1901. Les novices assomptionnistes, transférés à Osma (Espagne), retrouvèrent un gîte en France en 1886, à l’ancienne abbaye de Livry-Gargan.

« De grands crimes viennent de souiller la France. Deux cent soixante et un couvents ont été crochetés, profanés, les religieux expulsés, le saint Sacrement enlevé et les chapelles mises sous scellés. Ces crimes commis souvent la nuit à main armée n’ont pas été accomplis par des brigands de profession, et c’est là ce qui met le comble à l’iniquité d’avoir été accomplie par ceux mêmes qui ont mission de la poursuivre.

Des commissaires de police chargés de veiller à la sûreté des citoyens, ont, sans aucun papier de justice, au mépris de toutes les lois, violé la nuit des domiciles, outragé ce qu’il y a de plus sacré et accompli des brigandages qui demeureront comme une tache sur notre malheureux pays.

Comment ces hommes de l’ordre ont-ils soudain, en une heure, changé de drapeau ? Peut-être les a-t-on torturés, violentés ; peut-être étaient-ils ivres ?

Non, pour entraîner ces malheureux aux plus odieux sacrilèges, pour les faire sortir de l’Eglise de leur baptême, par l’excommunication majeure, il n’a fallu que la parole de l’homme qui peut donner de l’avancement. Ce spectacle est presque plus navrant que la désolation des sanctuaires. Nous devions tomber jusque là. A force de faire des honnêtes gens sans foi ni principe, on est arrivé à une couche où l’on croit toute bassesse permise quand on a dit : ‘Je n’ai pas d’autre pain à donner à mes enfants que celui que je gagne ainsi’. Quel est donc le brigand de grand chemin qui n’en puisse dire et n’en dise autant ?

Et, d’autre part cependant, combien de chrétiens sont morts de notre temps, pour avoir refusé de marcher sur la croix, à l’ordre d’un mandarin chinois ? Gardez votre pain, honnêtes gens, faites manger le pain de l’excommunication à vos enfants, et faites-en du sang dans vos veines et dans les leurs, car pour récompense de votre complicité, ceux qui vous ont employés vont vous demander votre sang.

Les radicaux qui poussent des cris de joie, n’ont aucune envie de vous pardonner et veulent entendre vos cris de douleur ».

Editorial du Pèlerin, 13 novembre 1880, n° 202, page 1557. Le récit de l’effraction du couvent A.A. de la rue François Ier couvre avec dessins les pages 1559-1563 du même numéro.

 Webmestre: D. Remiot
Vers la page d'accueil du site