Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
34. Croquis par le chanoine Galeran (1893)
Le chanoine Galeran (1831-1915) connaissait l’Assomption de l’intérieur, depuis le temps de son éducation sur les bancs du collège de Nîmes. Trop indépendant de caractère pour devenir religieux, mais assomptionniste de cœur, il avait bénéficié de la protection du P. d’Alzon dans ses démêlés avec son évêque, Mgr Lecourtier (1799-1885). C’est ainsi qu’il avait gagné l’Angleterre où sa foi ultramontaine se fit missionnaire en pays protestant. Familier de la rue François Ier, il obtint du P. Picard la faculté de vivre comme familier à la communauté assomptionniste de Notre-Dame de France à Jérusalem. C’est là qu’il écrivit ses fameux Croquis sur le Fondateur.
« Le P. d’Alzon avait de fort beaux yeux : d’un châtain presque noir, vifs et perçants, petits sans disproportion, et légèrement enfoncés. On dit de Léon XIII que son œil fixe et pénètre ; quand on lui parle, il paraît vous sonder jusqu’aux plus profonds replis de l’âme ; s’il vous adresse la parole, il vous fascine et vous tient sous un charme irrésistible. Ces remarques s’appliquent, sans exagération, au P. d’Alzon. Quand il prêchait, surtout quand il s’animait, on voyait jaillir des éclairs ; s’il avait un reproche sévère à adresser, celui qui devait le subir était comme percé de part en part. En conversation, il semblait, par son regard, deviner tout ce que votre pensée contenait, il exerçait par là une influence vraiment prodigieuse sur les âmes et sur les cœurs. Sous le feu de cet œil, on se sentait subjugué, vaincu, réduit à l’impuissance ; on lui appartenait, il était maître de vous ; on se sentait deviné à fond…
Les saints ont été doués d’une prodigieuse puissance de regard. Ceux qui ont vu de près le vénérable curé d’Ars et Don Bosco ne peuvent pas avoir oublié la force de pénétration des yeux du premier, ni la douceur touchante de ceux du fondateur des Salésiens. La musique fait éprouver des émotions vraiment indicibles, que la parole articulée ne saurait ni exprimer ni exciter ; le regard a un langage plus éloquent et plus subjuguant que le verbe. L’œil du P. d’Alzon, profond, expressif, semblait, à certains moments, jeter des flammes ; il perçait quelquefois comme un glaive. Il avait la force de l’aimant, car il tirait votre âme à lui ; il influençait ensuite avec une telle puissance, que son âme semblait passer dans la vôtre. Son expression ordinaire était la combinaison du reflet d’un esprit supérieur uni à celui du cœur le plus aimant ».
Extrait des Croquis du P. d’Alzon, édition B.P., 1924, pages 78-79, écrits par le chanoine Galeran à partir de 1892 sur le mode de souvenirs pittoresques et anecdotiques. Galeran est un ancien élève de l’Assomption, devenu prêtre de Montpellier, puis à la fin de sa vie considéré comme ‘familier’ de l’Assomption à Jérusalem.
Reproduction de l’abbé Galeran dans : Souvenirs, 1892, n° 127, page 1185.