Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 5

Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

36. Regard d’Emile Zola sur l’Assomption du P. Picard à Lourdes (1894)

Malgré toute la bile anticléricale dont sut faire preuve le champion du naturalisme en France, il y a quelque fierté à lire les pages qu’il a consacrées de façon à peine voilée, mais plutôt admirative, à l’organisation des pèlerinages nationaux à Lourdes et notamment à l’adresse du Supérieur de l’Assomption, le P. Picard, désigné sous un nom d’emprunt, Fourcade. Zola (1840-1902), avant d’écrire son roman, avait eu l’honnêteté d’aller s’informer sur place. Certes il ne laissa rien percer de ses véritables sentiments et intentions en procédant à ses observations et à ses rencontres. L’Assomption qui voulait croire à un manifeste en faveur des miracles de Lourdes, à la parution du roman s’estima évidemment flouée, d’où des explosions de bile noire et d’excommunication que l’on peut encore lire dans les colonnes des Souvenirs de l’époque.

« … Deux des promeneurs s’arrêtèrent. Le plus grand, un père de l’Assomption, le révérend père Fourcade, directeur du pèlerinage national, arrivé de la veille, était un homme de soixante ans, superbe sous la pèlerine noire à long capuchon. Sa belle tête aux yeux clairs et dominateurs, à l’épaisse barbe grisonnante, était celle d’un général qu’enflamme la volonté intelligente de la conquête. Mais il traînait un peu la jambe, pris subitement d’un accès de goutte, et il s’appuyait à l’épaule de son compagnon, le docteur Bonamy, le médecin attaché au bureau de la constatation des miracles, un petit homme trapu, à la figure rasée, aux yeux ternes et comme brouillés, dans de gros traits paisibles….

Lentement, le religieux et le médecin reprirent leur promenade. Leur étonnement était qu’il ne fût jamais arrivé d’accident sérieux, au milieu d’une telle bousculade. Autrefois surtout, régnait un incroyable désordre. Et le père se plut à rappeler le premier pèlerinage qu’il avait organisé et conduit, en 1875 : le terrible, l’interminable voyage, sans oreillers, sans matelas, avec des malades à demi morts, qu’on ne savait comment ranimer, puis, l’arrivée à Lourdes, le déballage pêle-mêle, pas le moindre matériel préparé, ni bretelles, ni brancards, ni voitures. Aujourd’hui existait une organisation puissante, des hôpitaux attendaient les malades, qu’on n’était plus réduit à coucher sous des hangars, dans de la paille. Quelle secousse pour ces misérables ! Quelle force de volonté chez l’homme de foi qui les menait au miracle ! Et le père souriait doucement à l’œuvre qu’il avait faite… ».

Extrait du roman d’Emile Zola, Lourdes, édit. Charpentier, 1894, pages 117-118.

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