Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
39. Perquisitions générales le 11 novembre (1899)
L’affaire Dreyfus qui éclata en 1894, fut quelque peu oubliée jusqu’en 1896. Après une première flambée d’antisémitisme dans la presse et l’armée, elle rebondit alors, suite aux investigations du colonel Picquart (1854-1914) qui fut persuadé de la culpabilité d’un officier français, Esterhazy (1847-1923), d’une famille d’ascendance hongroise mais établie à Nîmes. Elle divisa alors la France en deux camps irréconciliables. La découverte d’un faux (Henry : 1846-1898) qui innocentait totalement Dreyfus (1859-1935), la mort du président Félix Faure (1841-1899), l’article de Zola (1840-1902) dans L’Aurore, l’arrivée au pouvoir d’une coalition de gauche : autant d’éléments qui permirent au nouveau gouvernement d’étrangler ses principaux adversaires de droite, coalition elle aussi hétéroclite qui avait trouvé dans le journal La Croix une caisse de résonance enfiévrée. Dès lors le gouvernement décida de passer à une offensive généralisée contre les Congrégations religieuses dont les Assomptionnistes en première ligne firent les frais, à cause de leur audience publique démultipliée par la presse et les pèlerinages.
« Après le complot formé par tous les journaux sectaires de tuer La Croix et de frapper la Congrégation à laquelle appartiennent les religieux qui la dirigent, et dont nous avons donné ici, depuis deux mois, toutes les preuves, tirées de ces journaux eux-mêmes, le gouvernement, forcé d’obéir, a fait perquisitionner dans toutes nos maisons de France, le samedi 11 novembre. C’est une date à retenir. On fêtait ce jour-là le grand saint Martin, patron de la France. Le matin même, dit La Croix, un journal belge nous arrivait avec la stupéfiante nouvelle qu’on devait, en effet, perquisitionner chez nous. Ce journal est le Patriote de Bruxelles.
A Paris : les perquisitions ont commencé au même moment en quatre locaux différents, 8, rue François Ier, 5 et 3 rue Bayard, 20 cours la Reine, avec 10 commissaires et plus de 120 agents. Nous donnons les détails de ces perquisitions, rectifiés autant que notre mémoire l’a pu faire, après un mois…
Conclusion : Que signifie cette invasion générale rue François Ier, rue Bayard et cours la Reine, et dans toutes les maisons où des Religieux de l’Assomption sont supposés habiter ? Que signifie ce déploiement extraordinaire de forces contre des gens fort paisibles ? En vertu de quelle loi sur et contre la presse, cette invasion des bureaux d’un journal, fût-il La Croix ? Si le gouvernement et la police comptent faire peur à des citoyens qui usent simplement de leurs droits de citoyens, ils se trompent. Civis romanus sum, disait saint Paul ; nous sommes citoyens français. Nous en appelons à tous les citoyens français.
Extrait du journal La Croix publié dans Souvenirs, 9 décembre 1899, n° 412, pages 301-314.
Illustration des perquisitions : Souvenirs 1899, n° 412, page 316