Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
40. Procès et condamnation (1900)
Les années 1900-1901 sont deux années noires pour l’Assomption en France : l’héritage du P. d’Alzon semble y être totalement anéanti. Toutes les communautés en France, condamnées en justice, n’ont que le choix d’un exil qui a valeur de proscription. Tous les biens immobiliers de la Congrégation y sont mis sous séquestre pour être peu à peu démantelés, rasés ou aliénés dans des conditions désastreuses. Le collège de Nîmes passe sous le couperet en 1909, au mépris du droit élémentaire de justice pour les porteurs d’obligations. L’industriel Féron-Vrau (1864-1955) sauve l’œuvre de la Bonne Presse, sans éviter d’ailleurs menaces, procès et rachats coûteux. Des religieux à Paris maintiennent leur collaboration aux revues, en se dispersant isolés dans des appartements de fortune. Quelques-uns en province prennent le maquis en déposant l’habit religieux et en se faisant reconnaître comme prêtres séculiers en soutane. Seul l’alumnat de Miribel-les-Echelles (Isère) évite la liquidation, aux prix d’une sécularisation officielle du personnel enseignant, grâce à un recours en procédure pour faux d’écriture du Procureur de Grenoble et à une interpellation à la Chambre. Mais ce sacrifice ouvre aussi la voie à une nouvelle forme d’internationalisation de la Congrégation qui sera non une chance de survie, mais un prélude à sa diffusion et à un développement plus international.
« Mes bien chers Frères,
Je suis condamné : onze de nos religieux ont comparu devant le tribunal avec moi et subi la même condamnation. Vous êtes condamnés avec nous. La Congrégation tout entière est atteinte dans l’esprit et dans l’arrêt de nos juges. Ne nous troublons pas ; réjouissons-nous d’avoir été jugés dignes de souffrir pour Notre-Seigneur et de proclamer les droits des Congrégations religieuses en France.
Humainement, l’arrêt au lieu de tourner contre nous comme un déshonneur, amène l’expression d’une immense sympathie et d’une sorte d’enthousiasme de la part des hommes de bien, et surtout des membres du clergé séculier.
Au lieu de nous blâmer, nos Supérieurs nous témoignent la plus grande confiance et nous disent : ‘Continuez, soyez fermes’. Au point de vue légal, le jugement sera frappé d’appel et l’appel est suspensif ; dès lors, il ne faut pas s’effrayer.
Comme le pèlerin, nous n’avons pas ici de demeure permanente. Ce que Dieu nous a donné, il saura nous le rendre, s’il plaît aux hommes de nous le ravir. On voudrait bien faire tourner contre nous nos concitoyens, on n’y réussit pas.. A peine a-t-on pu ameuter quelques francs-maçons. Les vrais Français connaissent nos œuvres et les estiment. Et d’ailleurs nous travaillons pour le ciel, et cette patrie, nul ne peut nous la ravir…
Continuez donc vos œuvres : ne vous laissez pas troubler : ne tirez pas non plus vanité des louanges et des congratulations dont nous sommes inondés. Un religieux doit se montrer simple et modeste, et doit se conduire aussi avec constance et fermeté : Estote fortes in fide.
La Sainte Vierge est notre mère ; elle a veillé sur nous pendant la douloureuse épreuve que nous traversons ; elle ne nous abandonnera jamais si nous sommes fidèles à nos devoirs d’enfants de l’Assomption. Je vous bénis bien paternellement. F. Picard.
Circulaire du P. François Picard, Paris, 26 janvier 1900. Extrait publié d’après l’édition Circulaires du P. Picard, tome II, B.P., pages 311-313.