Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 5

Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

42. L’Assomption dans le collimateur d’un historien républicain (1906-1908)

Les esprits en France ont été profondément remués au début du XXème siècle par les affrontements idéologiques et politiques entre l’Etat, les congrégations religieuses et l’Eglise. En 1901, la loi sur les Associations, d’esprit libéral, est transformée en une machine d’exclusion contre les congrégations religieuses (IIIème partie). En 1904, les relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège sont rompues unilatéralement et en décembre 1905, une loi établit la séparation des Eglises et de l’Etat. L’historien Antonin Debidour (1847-1917), aujourd’hui bien oublié, mais alors chantre républicain engagé, donne une version très politique de l’action religieuse des Assomptionnistes condamnés.

« Certaines congrégations remuantes, riches, que nous avons déjà eu l’occasion de signaler dans la première moitié de cet ouvrage, prenaient de plus en plus pour tactique de se rallier à la République, afin de l’envelopper plus sûrement. Elles se disaient qu’elles avaient tout à gagner à flatter dans une certaine mesure un gouvernement qui eût pu les anéantir et qui, au contraire, après les prétendues expulsions de 1880, les avait si paternellement laissé se reconstituer, fermant les yeux avec bonhomie sur toutes leurs intrusions, toutes leurs usurpations, toutes leurs violations de la loi. Elles comprenaient fort bien qu’existant par pure tolérance, il eût été imprudent à elles de heurter de front la République qui eût pu se fâcher et les mettre un peu brusquement à la raison. Parmi ces congrégations, celle des Assomptionnistes, qui, pauvre à ses débuts, remuait maintenant les millions, ne se bornait plus depuis longtemps à organiser des pèlerinages, provoquer des miracles et exploiter saint Antoine de Padoue. Elle se faisait aussi de La Croix, journal populaire qu’elle répandait partout, un levier pour soulever les masses et attirer à la bonne cause, au nom de la République, le suffrage universel. Un prêtre normand, vigoureux, subtil et peu timide, l’abbé Garnier, était depuis quelques années entré à son service. Grâce à lui, La Croix, secondée par les feuilles auxiliaires de même nom qui venaient d’être créées dans un grand nombre de diocèses, avait pris une immense extension. La librairie de la Bonne Presse, par ses tracts, ses pamphlets, ses brochures de circonstance, répandait aussi l’influence populacière et envahissante des Assomptionnistes… ».

Extrait du livre de Debidour, L’Eglise catholique et l’Etat en France, 1906-1909, t. II, pages 15-16.

 

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