Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
44. Au temps des dits ‘moines-ligueurs’ (1910)
Pour venger la mémoire des Augustins de l’Assomption, accusés en France d’être des ‘moines-ligueurs’ complotant contre la IIIème République, un prêtre jésuite, Yves de La Brière (1871-1941), enseignant et collaborateur aux Etudes, spécialiste des rapports entre l’Eglise et l’Etat, fit d’eux un portrait plutôt élogieux ou d’un jugement plus équilibré.
« Un homme d’Etat, leur proscripteur, crut un jour les ridiculiser par un sobriquet dédaigneux. Quiconque l’a vu et entendu, cet homme d’Etat, garde la vive impression de son allure hautaine, de son regard énigmatique, de son éloquence froide et redoutable. Il crut donc lancer une de ses paroles meurtrières, comme il en prononça quelques-unes, et qui, pour les esprits superficiels, équivalent à un argument, le jour où il appliqua aux Pères de l’Assomption un vocable qui était un mordant sarcasme à ses yeux de légiste et de parlementaire, le jour, dis-je, où il les qualifia de moines-ligueurs. Les moines-ligueurs ! Le magnifique éloge, en réalité ; la belle et juste parole ! En effet, il y aurait une étrange méprise à juger les moines de la Ligue par quelques bouffonneries et par quelques traits de fanatisme, qui sont l’erreur commune aux époques de discordes civiles. Mais ces moines-ligueurs, il faut les juger sur la cause qu’ils ont servie et sur l’œuvre historique à laquelle ils ont contribué. Or, c’est une cause sainte qu’ils ont servie, c’est une œuvre bienfaisante qu’ils ont accomplie, ce sont les moyens légitimes qu’ils ont habituellement adoptés : parfois même des moyens héroïques.
Si les moines-ligueurs n’avaient pas fait ce qu’ils ont fait, la royauté française serait devenue protestante, au XVIe siècle, et, très probablement, la majeure partie de la nation aurait perdu ce trésor qu’est la foi catholique. Mais, grâce à la Ligue, le malheur fut conjuré. Alors que d’autres peuples s’étaient laissé imposer la religion de leurs princes, le peuple français, grâce à la Ligue, sut imposer à son roi bien-aimé la foi même de la nation, qui était la foi de l’Eglise romaine… ».
Extrait de la Revue de l’alumnat de Sart-les-Moines, Les Saints Anges, janvier-février 1911, n° 14, pages 244-245.
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