Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
45. Opinion du P. Baragnon O.P. (1924)
Ce fils du sénateur et homme politique Numa Baragnon (1835-1892), le Père Jean-Emmanuel Baragnon ne put connaître personnellement le P. d’Alzon, son petit cousin, mais il en assuma, ainsi que sa famille, presque tout l’héritage. Il fallut attendre les années 1930 pour que naissent en France de nouveaux courants de pensée qui, suite à l’engagement des catholiques dans la première guerre mondiale, ont pu imaginer des chemins de conciliation nationale entre les fils de Voltaire et ceux de Jeanne d’Arc ou de Rome.
« Mon Révérend Père,
Je suis allé avant-hier, entre deux trains, prêcher la profession de deux de nos novices à Angers. Votre bonne lettre m’y attendait. A mon tour, je vous remercie de la délicatesse de vos sentiments à mon égard et de leur expression. C’est qu’un esprit de famille nous unit.
Il me fit revivre les heures lointaines de l’agonie et de la mort du Père d’Alzon dont je vois encore le grand, le si beau cadavre exposé dans la chapelle du collège, ce tombeau profané de tant de purs souvenirs ! Mon père qui, depuis peu d’années, avait alors pris au Sénat l’inamovible fauteuil de Mgr Dupanloup, avait obtenu du Ministre qu’on reculât de quelques jours l’expulsion des Fils, eu égard à la mort imminente du Père. Que n’étions-nous organisés en ces débuts de persécution, comme nous le sommes et allons l’être de plus en plus aujourd’hui, ce qui me donne grande confiance en l’efficacité de la résistance ! Il est vrai que la grande guerre a fait perdre à beaucoup l’habitude d’avoir peur… ».
Lettre manuscrite (ACR : BZC 93) du P. Jean-Emmanuel Baragnon O.P., Nantes, septembre 1924, au P. Savinien Dewaele (1884-1963), alors maître des novices à Taintignies. Ce religieux dominicain (1871-1936) est le fils du sénateur Numa Baragnon (1835-1892), élève et ami du P. d’Alzon.
![]()