Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
52. Opinion du P. Léon Merklen (1930)
Le P. Léon Merklen (1875-1949), tout jeune directeur du journal La Croix, comprenait quels virages l’Assomption avait à prendre aux lendemains de l’Action française dont maints ecclésiastiques, et notamment de notables Assomptionnistes, avaient encore à s’affranchir véritablement pour entrer dans les perspectives neuves du pontificat de Pie XI. Changement d’époque, changement de mentalité, changement d’option : le P. d’Alzon n’est plus à honorer comme champion des causes ultramontaines et politiquement ultra-conservatrices, il est plutôt à exalter dans la lumière de son modèle Augustin, modèle de vie intérieure et modèle de vie apostolique, au service d’une Eglise intemporelle, dégagée de sa gangue anti-libérale du XIXème siècle.
« …C’est donc l’Eglise que le P. d’Alzon se propose de défendre dans les colonnes de La Croix, l’Eglise qui continue sur la terre l’œuvre de Notre-Seigneur. Et il la défendra, non en suivant ses opinions et ses tendances personnelles, mais comme elle entend être défendue, dans l’obéissance la plus parfaite aux ordres et aux directions de ceux qui ont autorité pour parler en son nom : ‘Nous sommes catholiques, apostoliques, romains, surtout très romains, ce qui comprend tout’. Le dévouement à l’Eglise : telle est bien l’une des notes les plus caractéristiques de ce qu’on a appelé l’esprit de l’Assomption. En voulant donner à sa famille saint Augustin pour patron, le P. d’Alzon pensait sans doute au grand converti, au Docteur de la grâce, au législateur d’une règle merveilleusement adaptée à des moines apôtres ; il était surtout attiré par cette blessure mystérieuse embrasant pour l’Eglise du Christ le cœur de l’évêque d’Hippone, insinuant en son âme ‘un zèle universel, des flammes véhémentes, une ardeur de lutte et d’enthousiasme pour l’extension du règne de Jésus-Christ, de la vérité et de la beauté divine’. ‘Aimez l’Eglise comme lui, disait le P. d’Alzon à ses fils ; peu importe le reste : Ama et fac quod vis. Tel était le secret de sa vie spirituelle, tel est le mot d’ordre de sa vie apostolique. Que ce soit le vôtre, et vous ne succomberez pas !’.
Avec l’amour de Jésus-Christ et de la Sainte Vierge, voilà la force mystérieuse qui s’empara dès sa jeunesse, du fils du vicomte Henri Daudé d’Alzon… ».
Extrait de l’article du P. Léon Merklen paru dans La Croix, le 21 novembre 1930, intitulé Un parfait disciple de S. Augustin.