Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
80. Une étape de marque, le Colloque d’Alzon (1980)
L’année 1980 était marquée par les célébrations du centenaire de la mort du P. d’Alzon. Des historiens ont fait progresser la connaissance et l’intelligence d’une époque, le XIXe siècle, en même temps que d’une personnalité qui a joué un rôle significatif. Ce fut un colloque de grand intérêt et passionnant, par la richesse foisonnante des éclairages apportés, par la confrontation des sources externes et internes, par le va-et-vient entre les connaissances élucidées par les historiens et les perceptions et préoccupations d’un auditoire attentif composé surtout de religieuses et de religieux de l’Assomption qui se réclament aujourd’hui d’Emmanuel d’Alzon : apport méthodologique neuf que cette confrontation de la réalité et de l’imaginaire qui accepte l’audace et les risques d’une relecture vivante.
« … Voilà notre noyau dans sa plus simple rédaction. Que ce noyau soit décapé par les historiens, cela ne peut nous faire que du bien et je remercie, au nom de tous les Assomptionnistes, les historiens qui ont travaillé. Nous n’avons pas à avoir peur de cela et Pierre Touveneraud avant de mourir me disait : ‘Il ne faut pas craindre le travail des historiens. Le Père d’Alzon est assez grand pour se situer avec eux et s’arranger avec eux’.
Je pense que ce que nous avons fait est un peu un travail de nettoyage. Nous avons cassé des idées simplistes que nous avons, dans un sens ou dans un autre d’ailleurs. Nous regardons cet homme du XIXe siècle avec nos yeux du XXe siècle, et nous sentons simplement que nous avons besoin d’approfondir et de continuer le travail que les historiens ont commencé. J’espère que dans la Congrégation, dans nos Congrégations, il y aura des hommes et des femmes qui continueront le travail qui est entrepris.
Ce noyau-là est radio-actif, mais on peut très bien l’entourer de telle façon qu’il ne le soit plus. C’est un peu cela qui nous est arrivé, en tout cas à nous, Augustins de l’Assomption. Pendant dix ans, quinze ans peut-être, après le Concile, nous avons eu dans la Congrégation une zone de silence sur le Père d’Alzon. C’est une expérience que moi j’ai vécue aussi, avec tous les frères dans les différentes communautés. En 1975, en prévoyant ce centenaire, le Chapitre avait dit : ‘Il faut quand même que ce centenaire soit souligné’. Je pense que le chapitre a fait un acte raisonnable, logique, mais pas tellement convaincu, et il ne savait pas très bien ce qui allait se passer… Ce qui s’est passé, je pense, a répondu à un besoin profond à travers la Congrégation, et ce que moi j’ai vécu personnellement a été vécu par des centaines de frères. Mais c’est quand même une redécouverte de cet homme qu’a faite la Congrégation, une relecture, en re-communion avec lui.
Pierre Touveneraud dans les dernières années de sa vie – il est mort l’an dernier, voici presque un an, disait et redisait : ‘Nous sommes ce que nous sommes. Nous sommes uniquement parce que le P. d’Alzon est notre fondateur’. Ce ne sont pas tellement les textes qui nous fondent, mais c’est cet homme-là. Il est important que les historiens s’approchent de lui pour rafraîchir son portrait.
Je termine par une anecdote. Nous avons à Rome un beau portrait du P. d’Alzon. Il a été peint vers 1853 pour Mère Marie-Eugénie de Jésus. Il nous est revenu depuis quelques années. Mais il avait souffert du temps, et nous l’avons envoyé aux ateliers du musée du Vatican pour une restauration. C’est un peu ce que nous sommes en train de faire dans ce colloque ! »
Extrait des Actes du Colloque Emmanuel d’Alzon dans la société & l’Eglise du XIXe siècle, Le Centurion, 1982, pages 226-227 (Table ronde : intervention du P. Hervé Stéphan).