Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 5

Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

88. ‘Les assomptionnistes d’hier à aujourd’hui’ (1999)

A l’occasion de l’ouverture du cent cinquantième anniversaire de la fondation des religieux de l’Assomption par Emmanuel d’Alzon, le P. Lucien Guissard fait le point sur une histoire qui couvre aussi celle du siècle. Il montre comment et dans quel esprit la congrégation a traduit sa vitalité par des activités diverses, en plusieurs pays. Plus qu’une simple rétrospective, le livre présente une vue d’ensemble de la congrégation et sur sa capacité à s’adapter aux évolutions du monde, en préservant son identité et sa spiritualité.

« Née en France, la congrégation de l’Assomption portait des traits de naissance : rien là que de normal. Elle était née dans une France transformée par la Révolution de 1789, dans une Eglise traumatisée, qui connaissait un étonnant renouveau de la vie monastique et religieuse. Le pays poursuivait un laborieux et lent équilibrage entre l’ancien et le nouveau, une coexistence également laborieuse entre l’Eglise et la République, entre la société civile et la société religieuse, entre la vie politique et les engagements catholiques. Lamennais, après l’intervention rude de Rome, dans des conditions que les historiens jugent discutables, choisissait ‘la politique’ ; d’Alzon choisissait ‘la religion’ et, dans son esprit, ce n’était pas autre chose que son idéal de vie : être catholique intégralement. Ses successeurs immédiats se réclament à voix forte des mêmes exigences. Ce sont des éléments d’histoire qui n’ont pas toujours été faciles à comprendre hors de France.

Souligner le fait des origines est un devoir de vérité et d’équité à l’égard du Fondateur et de ceux qui ont pris la relève, à l’égard d’un pays et de ses traditions profondes. A son patrimoine catholique, la France, à une histoire qui avait fait ses preuves en doctrine, en dynamisme apostolique, en institutions inspirées par la foi et la charité, avait été puisé le projet de cette congrégation : l’Assomption. Il est naturel de la reconnaître, d’où que l’on soit, quelles que soient les divergences de cultures, voire d’orientations théologiques, divergences qui sont apparues avec le temps, parce que les traits propres à chaque région osaient se manifester. La partie française de la Congrégation, la plus nombreuse, pouvait à juste titre revendiquer l’authenticité des origines, et une garantie privilégiée de fidélité au Fondateur ; elle devait veiller sur l’identité spirituelle, sans donner le sentiment qu’elle veillait sur autre chose.

La force du plus grand nombre a continué de jouer en faveur de la France. Il en est résulté une représentation plus importante dans les assemblées électives, tels que les chapitres généraux. La partie française doit pondérer de bon gré ce poids majoritaire. Cela n’est venu qu’avec une certaine lenteur, après environ soixante-dix ans d’existence de la Congrégation et grâce aux apports nouveaux de recrutement dus à l’exil ».

Extrait de Lucien Guissard, Les assomptionnistes d’hier à aujourd’hui, Bayard Editions-Centurion, 1999, pages 37-38.

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