Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 5

Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

9. Opinion de Vincent de Paul Bailly (1853)

Dès ses années d’études à Paris, Emmanuel d’Alzon était entré en relation avec la famille Bailly de Surcy qui fréquentait le tout Paris religieux de l’époque. Le premier fils du couple, Vincent de Paul (1832-1912), a commencé par faire carrière dans l’administration des Postes et Télégraphes, ce qui le conduisit en fonction à Nîmes en 1853. En prenant pension au collège de l’Assomption, il eut une connaissance directe et intime avec le Fondateur, ce qui emporta sa décision d’entrer à l’Assomption comme religieux en 1860.

« Ici, nous sommes sous l’empire théocratique, le chef visible de notre société est le Père, nom redoutable dont l’autorité absolue serait une tyrannie insupportable s’il ne régnait théocratiquement, ou plutôt pour laisser ce mot païen , s’il ne gouvernait au nom de la bonne Vierge, la Mère et glorieuse Souveraine de l’Assomption et de tout ce qu’elle renferme. M. l’abbé d’Alzon est, tu le sais, d’une taille imposante ; il porte toujours la tête haute, et, avec sa longue soutane, son camail, il a un port magnifique. Il est à la tête d’une communauté dont il est le général, le fondateur, le supérieur, le Père etc. Les religieux font entre ses mains, m’a-t-on assuré, au moins pour un temps limité, les trois grands vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance ; ces derniers obéissent toujours sans hésiter, parce qu’ils sont engagés, mais le reste de la maison n’est pas moins docile. La moindre parole du Père est irrévocable, on ne réplique jamais, on se soumet toujours, et l’économe qui parlait une fois d’une dépense inutile disait : ‘Je croyais que c’était un ordre du Père ; s’il me disait de faire tourner un cheval autour du jardin, je n’aurais rien à dire et le ferais faire immédiatement’. Il est difficile d’être plus maître chez soi que M. d’Alzon ; il n’a aucun compétiteur, il est toujours prêt à exclure sans calculs quiconque ne partage pas l’esprit de la maison, ne composant jamais, comme il dit avec sa conscience. Voilà un portrait détaillé du chef de notre société ; c’est qu’ici, plus que partout ailleurs, il est vrai de dire que la tête c’est tout.

Il n’y a avec le P. d’Alzon qu’un Père à Nîmes, le P. Brun, sous-directeur et mon voisin de chambre ; les autres assomptionnistes sont des Frères de chœur portant soutane, tonsure, etc., mais qui ne sont pas dans les ordres, et qui s’occupent de l’instruction religieuse, de la discipline et du matériel. Leur nombre est fort petit, sept, je crois ; ils ne peuvent pas encore s’occuper de l’enseignement. Le second ordre de la communauté est celui des Frères convers en nombre infini ; il y en a un plein dortoir au-dessus de ma chambre et de tout mon étage ; j’entends leur bourdonnement chaque matin, à 4 h.1/2 au premier coup de cloche. Ceux-la font le service de la maison conjointement avec quelques domestiques. Vient enfin le Tiers-Ordre des assomptionnistes ; cette section est mariée ou a la faculté de se marier ; elle est composée d’un grand nombre de professeurs ; ils ont l’office à réciter autant que possible en commun, à certaines heures. Quant aux autres habitants, ils ne sont rattachés en aucune sorte à l’Ordre. Il y a près de 60 Frères de chœur, professeurs, répétiteurs ou surveillants. L’autorité du Père et du sous-directeur découle sur nous par l’intermédiaire de quatre préfets : le préfet d’instruction religieuse, le préfet de discipline, le préfet des études littéraires, le préfet des études scientifiques. Voilà l’ordre hiérarchique de la maison. Il y a, pour décider les grandes questions, un conseil formé des principaux professeurs et des préfets, présidé par le Père’.

Correspondance de Vincent de Paul Bailly, alors télégraphiste à Nîmes et pensionnaire au Collège de l’Assomption, à sa sœur Adrienne Bailly (1831-1854), du mois de mai 1853. Texte reproduit dans Lettres d’Alzon, t. I, p. 278 n. Manuscrit : ACR FX).

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