Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Il était tentant, dans le cadre d’une année commémorative, de rechercher et de sélectionner un certain nombre de témoignages contemporains et, d’autres largement posthumes, concernant le Fondateur, le P. d’Alzon, et sa première Congrégation, les Assomptionnistes(1).
L’ordre de présentation de ces extraits de textes ne pose pas de problème, si nous suivons celui chronologique de leur composition ou de leur parution, dans la mesure où elles font état d’une datation fiable et repérable.
Par contre leur sélection est plus délicate, tous les extraits retenus n’étant pas de même ordre, de même tonalité ou de même notoriété. D’ailleurs combien de témoignages nous restent inconnus ? D’autres ont été détruits irrémédiablement, volontairement ou accidentellement(2). Nous avons préféré, pour notre part, retenir le procédé d’un regard indépendant, celui qui s’apparente à l’amalgame, disons assez peu académique ou officiel et pas du tout hagiographique, plutôt qu’à un florilège distingué de citations qui feraient la part belle aux voix supposées, toujours un peu arbitrairement, de meilleur intérêt ou de plus haute tenue littéraire, mais à sens unique.
Il va de soi que l’un ou l’autre lecteur pourra trouver contestable telle ou telle citation, trop anecdotique ou trop anodine. L’une ou l’autre contient d’ailleurs des approximations douteuses, des allégations parfois fantaisistes et même des données carrément erronées que nous avons relevées sans les supprimer. Et pourtant la réputation d’un homme et d’une Congrégation passe humainement par des sentiers bien mystérieux et parfois contradictoires, pour ne pas dire antinomiques ou paradoxaux. Mais cette juxtaposition même d’opinions que nous avons pris grand soin de ne pas annoter dans le texte et de ne pas commenter, forme la meilleure preuve de leur propre relativité. Des jugements de personnes sur des réalités humaines, quant à leur perception, ne sont jamais assurés d’infaillibilité. Certains sont en faveur du P. d’Alzon et de la Congrégation, d’autres en leur nette défaveur, d’autres encore purement descriptifs sans autre portée que documentaire ou historiquement datée. Nous savons et sentons que là n’est pas le dernier mot sur la part proprement spirituelle d’une vie, d’une action et d’une postérité, conscients que nous sommes tous de n’estimer ou de n’apprécier que l’envers d’un tissu bien plus complexe, sans pouvoir tenir, comme aurait dit Bossuet, les deux bouts de la chaîne.
Ainsi chaque opinion citée, chaque jugement formulé, dans leur alignement textuel, gardent leur facticité historique. Il n’y a lieu ni de s’en réjouir ni de s’en alarmer. Par contre il est du plus haut intérêt, croyons-nous, d’en prendre connaissance avec de la distance critique, ce que nous permet l’éloignement du temps. Nous y gagnerons certainement de la hauteur de vue, de la sérénité et même un brin d’humour, autant d’ingrédients qui peuvent composer un subtil arôme dans l’alchimie mystérieuse d’une spiritualité solide bien comprise qui ne s’évade pas hors de toute contingence terrestre et ne se laisse pas non plus terrasser ou engluer par elle.
Tous les événements de la vie du P. d’Alzon n’ont pas eu une répercussion ou un écho public, de même pour ceux liés à sa Congrégation. Cependant lui, en tant qu’homme de l’institution ecclésiale, fondateur d’un collège, animateur de nombreuses œuvres et pionnier d’initiatives à caractère social et associatif, ne pouvait manquer de susciter dans l’opinion publique un certain nombre de rumeurs, de débats, d’articles et de discussions à caractère plus ou moins public. C’est ainsi que nous avons cherché à relever le maximum de traces ou même de simples mentions écrites et laissées par des contemporains, en raison de son activité et de ses prises de position. Un petit liminaire rappellera à chaque fois le contexte de la mention retenue, de façon à éclairer l’opinion, le jugement ou le commentaire donné à cette occasion. Il sera également aisé, dans le choix retenu de jugements d’historiens, d’apprécier leur caractère tantôt facile, factice ou même superficiel et, le cas échéant, de distinguer ceux, plus pondérés, plus valables et plus durables quand à l’épaisseur des jours se superpose, sans être voilé, le regard affiné d’une conscience, d’un engagement ou d’une intuition.
© P. J. Paul Périer-Muzet, mars 2008.
(1) On ne sera pas étonné dans ce recueil de voir figurer la Congrégation sous ses différentes appellations : celle, officielle, Augustins de l’Assomption, et celles, multiples, largement usuelles à défaut d’être tout à fait correctes : Assomptionnistes,Religieux de l’Assomption, Pères de l’Assomption… On notera aussi que l’orthographe du terme ‘Assomptionnistes’ supporte en français, déjà du temps du P. d’Alzon, aussi bien un ‘n’ que deux ‘n’, même si la préférence est largement donnée actuellement au redoublement. Par contre, dans les transcriptions linguistiques, c’est le ‘n’ unique qui a prévalu et prévaut toujours.
(2) Il va de soi que l’on s’est déjà préoccupé de recueillir une belle moisson de témoignages sur le P. d’Alzon au moment de son décès en 1880. Ils ont été publiés dans le n° 8 de Pages d’Archives, nouvelle série, mai 1958 (Hommages à son œuvre apostolique – Témoignages sur sa sainteté), pages 207-319. Il est toujours fructueux de s’y reporter.
Représentation ancienne de l'A.R.T.