De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Le Père Picard
suit de près la formation de ceux qui
pourraient devenir de futurs religieux. Il nomme le Père Alexis Dumazer
visiteur des alumnats et s’intéresse aux
programmes scolaires. Il expose dans une circulaire de novembre 1882 les grands
principes qui doivent guider l’œuvre : pauvreté et austérité, formes
monastiques, observation de la règle mais aussi initiative et exclusion des
punitions. Il souhaite élever le niveau des études, mais ne perd pas de vue
l’objectif initial : « Nous ne visons pas à peupler l’Eglise de
bacheliers, de licenciés ou de docteurs ; nous voulons lui donner des
prêtres pétris de christianisme »
[14]
.
Les expulsions de 1880 n’affectent pas les alumnats, œuvres peu visibles et d’une importance négligée par les adversaires du Père d’Alzon. Au contraire, de nouvelles fondations voient le jour. Le Vigan est vendu et les alumnistes s’en vont à Alès mais n’y resteront que peu de temps. La municipalité les exproprie et ils doivent se résoudre à trouver un autre lieu. Ils s’implanteront à Nîmes, rue Sainte-Perpétue (1885-1890) puis à Brian, dans la Drôme, en 1891. Ils y rejoignent un groupe de grammairiens qui s’y étaient fixés deux ans auparavant, en provenance de Roussas (1885-1890), dans le même département. C’est là que le P. Henry Couillaux débute la rédaction du Correspondant, qui sera de 1894 à 1900 et après 1907 le bulletin de liaison de l’Oeuvre de Notre-Dame des Vocations.
En 1887, des élèves des Châteaux, parmi lesquels le futur P. Gervais Quenard, s’en vont fonder l’alumnat de Miribel-les-Echelles, en face du massif de la Grande Chartreuse (Isère). L’année d’après, c’est au Breuil, dans le diocèse de Poitiers qu’est inauguré un alumnat de grammaire, puis en 1898 un éphémère alumnat qui se déplace de Laubat à Saujon, en Charente-Maritime, mais ne vécut que deux ans.
Pour pallier la fermeture de l’alumnat de Nice (1887), l’Assomption ouvre une nouvelle maison à Villecomtesse, dans l’Yonne. Comme à Arras, y sont installés un alumnat et un orphelinat, mais l’alumnat végète et disparaît en 1894. Il est alors transformé en maison pour les vocations tardives. Il déménage la même année non loin de là, à Montfort, dans la commune de Montigny-la-Resle.
Dans la partie Nord de la France, Clairmarais et Arras continuent de former des générations d’élèves. Mauville s’étant avéré trop petit, l’alumnat s’installe en 1891 dans les locaux d’une ancienne brasserie, à Taintignies, en Belgique pour une première implantation hors hexagone français. En 1895, c’est à Sainghin-en-Weppe (Nord) que s’établit le nouvel alumnat de grammaire Notre-Dame de Grâces.
Henry (Henry Louis) Couillaux (1858-1911) |
Natif de Courson dans l’Yonne (le 30 mai 1858), il commence sa scolarité dans un petit séminaire diocésain puis est élève de l’alumnat itinérant d'humanités dans le Midi. Il entre au noviciat de Paris en 1878 et connaît une formation mouvementée entre Mauville, Nîmes et Osma où il tente l’instauration d’un collège. Ses obédiences montrent la mobilité exigée alors. Il exerce ainsi la fonction de supérieur dans les alumnats de Mauville (1887-1888), du Breuil (1888-1889), de Nîmes (1889-1890), de Brian (1891-1903) puis en l’exil de Mongreno (1904-1906) et de Vinovo (1907). Assistant général en 1906, il meurt à Rome le 23 février 1911. |
L’expulsion de 1900 et les lois anti-cléricales qui suivent vont profondément modifier cette géographie. La congrégation étant interdite, certaines maisons sont saisies tandis que des religieux doivent se séculariser. Miribel est sauvé grâce à l’habileté du P. Alype Pétrement, son supérieur pendant trente ans, mais les Châteaux doivent fermer en 1903, devant l’intransigeance de l’évêque qui souhaite surtout récupérer les enfants de son diocèse. Pour survivre, tous les autres alumnats doivent se déplacer à l’étranger.
Les alumnistes des Châteaux se rendent ainsi en Italie à Mongreno près de Turin, de 1903 à 1906. Ceux de Sainghin s’en vont en Belgique, à Courtrai, de 1902 à 1904.
Les vocations tardives de Montfort prennent la direction de Sart-les-Moines, près de Charleroi. Des alumnats s’établissent à Saint Trond (1901-1905) et à Bure (1900), près de Namur, sous la conduite du P. Pierre Descamps. Ce sera le berceau de la province belge.
Pierre Descamps (1848-1915) |
Né à Constantinople le 8 avril 1848, il y rencontre le Père d’Alzon en 1863 et le suit en France. Il entre au noviciat du Vigan à 16 ans et devient professeur à Nîmes. Supérieur des Châteaux en 1871, il revient ensuite à Nîmes et au Vigan pour être envoyé en Orient en 1880, à Andrinople. Il connaît de nombreuses affectations, en Orient ou en Occident dans les alumnats, et fonde les communautés de Taintignies, de Bure et de Brousse. En 1910, il change d’horizon et part pour le Chili. Il meurt à Santiago le 30 septembre 1915. |
Les expulsions de 1880 visent surtout les congrégations masculines enseignantes non reconnues, et les novices doivent quitter la France. Ils sont regroupés à Osma, sous la conduite du P. Emmanuel Bailly , dans un ancien couvent des Carmes que l’évêque du lieu leur a prêté. Comme le note le P. J.P. Perier-Muzet , « Osma restera longtemps dans l’imaginaire assomptionniste le prototype de rêve du noviciat idéal » [15] , marqué par le pèlerinage à pied à Saint Jacques de Compostelle en 1882. La situation s’apaisant en France, les novices repassent les Pyrénées en 1886 pour s’établir à Livry, en région parisienne, dans une ancienne abbaye de chanoines réguliers de Saint-Augustin. Des scolastiques resteront à Osma deux ans de plus, puis on ouvrira un collège à Madrid qui fermera en 1890, date à laquelle les religieux sont envoyés comme pionniers au Chili.
Votée en 1889, la loi dite des « curés sac au dos » impose le service militaire de trois ans aux clercs, à moins d’effectuer une période de dix années, de 19 à 30 ans, en dehors de l’Europe dans un service culturel. Cette loi anticléricale vise à étendre l’influence française à l’étranger et pousse l’Assomption à se développer en Orient. Le P. Alfred Mariage ouvre ainsi un second noviciat à Phanaraki, sur la rive orientale du Bosphore, où sont envoyés les novices, en fonction de leur âge. Ils restent sur place et y étudient la philosophie.
A cette époque, le noviciat des frères de chœur dure deux ans, mais la deuxième année peut se faire dans une maison d’œuvre, ce dont la congrégation ne se prive pas. Car il n’y a pas encore de scolasticat en tant que tel, et les parcours des religieux sont parfois un peu chaotiques, les nécessités de l’apostolat priment souvent sur le sérieux de la formation. Certains religieux font également plusieurs années d’œuvres qui entrecoupent les études de philosophie et de théologie. Le P. Louis Petit aimait à rappeler qu’il lui manquait toujours une quatrième année de théologie. Le Père Picard leur demande surtout de vivre dans l’obéissance, le zèle et le désintéressement absolu. Il leur demande ainsi à se préparer à être des « hommes de l’Immaculée Conception et de l’Infaillibilité Pontificale », « prêts à mourir à la tâche » [16] . Après le noviciat, on trouve des religieux en formation au Breuil (1888-1892), à Livry, à Osma ou même à Rome à partir de 1883. Dans la Ville Eternelle, les religieux sont mobiles et la communauté change de nombreuses fois de lieu d’hébergement.
[14]
F. PICARD, Circulaire du 13 novembre 1894.
[15]
Jean-Paul PERIER-MUZET, Tour du monde
assomptionniste en 41 pays, série des Cahiers du Bicentenaire d’Alzon
2010 n°1, Rome, 2007 p. 114.
[16]
F. PICARD, Circulaire du 11 janvier 1883.
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