De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Quand une famille se
réunit, les enfants, les petits-enfants, les grands-parents et les parents
aiment à se raconter les événements qui émaillent l'existence des uns et des
autres. C'est ainsi que se construit le récit d'une famille et que naît une
mémoire commune. L'Assomption aime feuilleter les pages de son histoire. Elle
aime se rappeler la figure de ses aînés, les faits et gestes de ses ancêtres,
les pages glorieuses de son passé, sans oublier pour autant les souffrances et
les échecs. Si nous aimons l'histoire, c'est parce que nous croyons qu'elle est
maîtresse de vie et qu'elle apporte une lumière d'espérance pour ceux qui
continuent d'avancer sur la route.
Il y a plusieurs
manières de faire l'histoire. Par exemple, celle qui a longtemps prévalu dans
les manuels officiels où l'accent était porté sur les pages glorieuses écrites
par les grands hommes d'une Nation. D'autres historiens ont privilégié les
anonymes, les obscurs, ou bien encore se sont attachés à l'évolution des
comportements et des mentalités. Parmi ceux qui ont contribué à renouveler l'approche
historique, il faut signaler Pierre Nora. Cet historien français a parlé des
« lieux de mémoire » pour désigner tout ce qui, dans une histoire,
permet de fédérer un peuple, une nation ou une communauté. Les « lieux de
mémoire » ouvrent à une compréhension plus large du monde que la simple
histoire chronologique et l'évocation des grandes figures. Je crois que le
travail de Nicolas Potteau s'inscrit dans cette perspective. Il n'est pas le
premier à avoir retracé l'histoire de notre petite famille — d'autres ont
produit un bon travail — mais il a visité avec bonheur et intelligence ces
« lieux de mémoire » qui contribuent encore aujourd'hui à façonner l'identité
assomptionniste. Nicolas a été attentif aux hommes, mais il n'a pas retenu que
les figures emblématiques et les noms illustres. Nous le savons bien, en
christianisme, tout être a une valeur irremplaçable. Nul n'est exclu de l'histoire
car toute l'histoire est une histoire du salut donné à tous. Nicolas a aussi
exploré les lieux de notre mémoire assomptionniste que sont les alumnats, la
Mission d'Orient, les scolasticats, les communautés, les paroisses, les œuvres,
tout ce qui a contribué à forger l'Assomption et à transmettre au long des
années le charisme reçu du Père d'Alzon.
Nous avons désormais
une histoire de l'Assomption à ses débuts, non pas une histoire de la province
de France, mais une histoire qui concerne l'ensemble de la congrégation. Le
Père d'Alzon avait compris que son intuition de fonder un nouvel ordre ne
pouvait se limiter aux limites d'un pays. L'esprit catholique qui l'a animé
toute sa vie a balayé les nationalismes étroits et les revendications abusives
d'identités culturelles repliées sur elles-mêmes. J'en veux pour preuve le fait
qu'il ait catégoriquement refusé d'appeler sa congrégation « Augustins de
France » comme certains membres de son entourage le poussaient à le faire.
L'histoire des débuts de l'Assomption se superpose — jusqu'à la mise en place du régime des provinces — avec l'histoire de ce que l'on appelle aujourd'hui la province de France. Mais ne faisons pas un contresens historique : en approfondissant l'origine de notre famille religieuse qui vit le jour en cette vieille terre de France au XIXe siècle, nous découvrons non pas un peuple ou un pays particuliers mais une famille religieuse dont la destinée fut, dès l'origine, de dépasser les frontières nationales, ethniques et culturelles. Qui l'oublierait renierait, encore aujourd'hui, l'appel que porta toute sa vie Emmanuel d'Alzon qui fut de voir « grand et large ».
P. Benoît Grière, a.a.
Provincial de France
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