Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 9

De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

 

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III.LE TEMPS DE LA DISPERSION (E. BAILLY, 1903-1917)

 1 STRUCTURES – VIE GENERALE DE L’ASSOMPTION

Nommé par le P. Picard vicaire général le 12 avril 1903, le P. Emmanuel Bailly devient logiquement le troisième supérieur général le 18 juin 1903, élu par le 14ème chapitre général réuni à Louvain. Son but est de maintenir fidèlement et scrupuleusement la ligne du fondateur qu’il avait bien connu : « l’extension du Règne de Jésus-Christ, le triomphe de son Eglise, la propagande et la défense de la vérité et de tous ses droits » (Circulaire n°10, 1903). Convaincu d’être le garant d’un héritage à préserver, l’ancien maître des novices reste très attaché à l’esprit du P. d’Alzon et lui consacre tout au long de son généralat de nombreuses retraites, sessions, conférences, articles. Il réédite ainsi des grands textes alzoniens, méditations ou circulaires.

Trois ans après son élection, il présente au 15ème chapitre général de Louvain la nouvelle version des Constitutions, inspirée de la version du P. Picard. Ce texte, qui reçoit l’approbation verbale de Rome en attente de révision aura force de loi jusqu’en 1923, mais ne sera approuvé dans cette forme officiellement. Le P. Bailly le souhaitait, mais c’est le Pape qui va lui-même lui demander d’attendre la promulgation du Code de Droit Canonique, qui se fera attendre jusqu’en 1917.

Emmanuel-Joseph (Benjamin) Bailly 
(1842-1917)

Le dernier-né de la famille Bailly voit le jour le 4 août 1842. Elève au collège de Clichy, il entre au noviciat d'Auteuil en 1861. Devenu le secrétaire particulier du P. d'Alzon, il reste quinze ans au collège de Nîmes dont il devient directeur en 1867. Ephémère provincial de Nîmes, il forme les novices à Osma et Livry avant de rejoindre Rome pour devenir procureur près le St Siège en 1892 et assistant général du P. Picard. Fondateur de la maison d’études de Louvain, c’est lui que le P. Picard choisit comme successeur. Il meurt à Paris le 23 novembre 1917.

 

 

Ces Constitutions montrent bien la vision de l’Assomption qu’avait le P. Bailly. Il n’est plus question de la division de l’Institut en Provinces. L’essentiel du pouvoir est concentré entre les mains du Supérieur Général dont le mandat s’étend toujours jusqu’à la fin de sa vie.
L’obéissance est par ailleurs très soulignée : elle doit être « absolue », son non-respect équivaut à un péché. C’est le Supérieur général qui autorise le séjour d’un religieux dans une maison autre que la sienne et qui avalise les œuvres des « publicistes », c’est à lui qu’il faut avoir recours « dans toutes les circonstances où il s’agit d’entreprendre une œuvre difficile ou d’une certaine importance ». Enfin, autre ajout remarqué par rapport aux textes précédents, le chapitre sur les études est particulièrement développé, il se contente de reprendre les décrets du chapitre de 1898. L’Assomption se veut dans la droite ligne de l’orthodoxie romaine, ce qui sera encore soulignée lors de la querelle moderniste. De là découlera la suspicion du Général envers tout ce qui semble trop intellectuel et « sent » le moderniste. Voulue pour donner plus d’efficacité à l’œuvre missionnaire, cette concentration des pouvoirs va s’avérer préjudiciable dans certaines circonstances.

Comme à l’époque du P. Picard, les réorganisations et les changements d’obédience sont très fréquents, les religieux étant prévenus au dernier moment, il devient extrêmement difficile de suivre à la trace les mouvements des uns et des autres. Mais cette organisation centralisée suppose un nombre limité d’hommes, or l’Assomption grandit. Les jeunes religieux sont de plus en plus nombreux et aspirent à un changement du mode de gouvernement. Mais le P. Bailly fait preuve de beaucoup d’autorité, et certains de ses choix plutôt malheureux obligent ces mécontents à s’exprimer clandestinement, ne faisant que repousser le problème.

Chapitres Généraux (1903-1917)


XIV. 1903 à Louvain, du 18 au 19 juin
XV. 1906 à Louvain, du 31 juillet au 7 août
XVI. 1912 à Limpertsberg, du 6 au 14 novembre

Les expulsions obligent par ailleurs la congrégation à s’implanter et à se développer hors de l’hexagone. On ne parle pas encore d'internationalisation, et la grande majorité de ces fondations est avant tout destinée à des Français, qu’il s’agisse des alumnats ou des noviciats.
La congrégation reste donc très française, de cœur, d’esprit, de langue.
La première guerre mondiale va à nouveau perturber l’organisation qui s’était mise en place. Des maisons sont détruites ou doivent être évacuées (Le Bizet, Arras), d’autres se retrouvent derrière la ligne de front et isolées du reste de la congrégation (Louvain et le noviciat luxembourgeois), les membres des communautés turques ou bulgares sont presque tous expulsés. De nombreux Assomptionnistes participent à la guerre, comme aumôniers, infirmiers mais aussi soldats. Bien qu’ils aient été chassés de France, les religieux reviennent pour défendre leur pays. Ce comportement global du clergé français lui vaudra la reconnaissance de la population et mettra fin à l’anticléricalisme militant ambiant. D’autres sont engagés dans les armées belges, grecques ou même allemandes. L’Assomption se retrouve dispersée et le lien est maintenu par une nouvelle série de la Lettre à la Dispersion – l’Assomption aux armées, qu’anime depuis la rue Camou le P. Ernest Baudouy  et qui publie les nouvelles des uns et des autres. Comme l’ensemble de la société, la congrégation payera un lourd tribut à la guerre et aux épidémies consécutives : entre 1914 et 1918, 28 religieux sont déclarés morts pour la patrie, sans compter ceux fauchés par les épidémies ou victimes des privations [27] .


 

[27] A titre indicatif, 66 religieux sont décédés entre 1914 et 1918, contre 33 lors des 5 années suivantes.

 

 

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