Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 9

De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

 

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2.4 L’Assomption hors de l’hexagone

La Mission d’Orient

Alors que la République Française dissout les congrégations et expulse les religieux, elle continue à protéger leurs établissements en Orient. Il en va de l’influence de la France à une époque où les autres puissances européennes font part de velléités expansionnistes dans les Balkans. Russie, Allemagne et Autriche-Hongrie avancent ainsi leurs pions dans cette région qui sera déchirée par les guerres balkaniques, issues de la lutte pour s’approprier les dépouilles du « vieil homme malade de l’Europe », l’Empire Ottoman.

 

Félicien Vandenkoornhuyse (1864-1943)

Né à Saint-Omer (Pas-de-Calais) le 9 juin 1864, il entre à l’alumnat de Clairmarais puis au noviciat d’Osma, en 1882. On lui confie après son ordination en 1887 des postes de responsabilité. Supérieur de la maison des étudiants du Breuil (1889-1892), il est professeur à Jérusalem (1893-1895) puis maître des novices à Phanaraki (1895-1899) puis au noviciat exilé en Hollande et en Belgique (1900-1903). Supérieur de la Mission d’Orient entre 1903 et 1915, il gagne ensuite celle du Chili avant de devenir le premier Provincial de Bordeaux (1923). Assistant général à partir de 1927, il seconde le P. Quenard. Il meurt à Lyon le 27 mars 1943.

 

 

 

Enfin, suite à la mort du P. Alfred Mariage, survenue à Rome en 1903 quelques jours après celle du P. Picard, c’est le P. Félicien Vandenkoornhuyse qui sera supérieur de la Mission d’Orient jusqu’aux expulsions de 1915.

Bulgarie

Fleuron de la mission bulgare, le collège Saint-Augustin poursuit son développement. Au P. Elie Bicquemard  succède en 1908 un jeune supérieur prometteur, le P. Gervais Quenard . A cette date-là, on compte déjà 28 professeurs et 206 élèves [31] . L’enseignement est reconnu dans tout le pays, le collège se rend célèbre par le musée d’histoire naturelle du Fr. Boris Tavernier  et la fanfare du P. Hermann Gisler . Préfet de discipline, professeur d’allemand et de musique, sous-prieur de la communauté, ce suisse alémanique y œuvre pendant plus de 50 ans au point d’être considéré comme la « colonne du collège ». En 1908, on adjoint au collège une section commerciale. Le nombre d’élèves croît d’année en année : en 1913, ils sont 360 dont 150 pensionnaires [32] et il manque de l’espace. Pour faire face à cette crise, il est nécessaire de bâtir un nouveau collège. Le P. Quenard pense au terrain que le P. Chilier  avait acheté en 1882. Mais en ces temps où les tensions liées aux nationalismes montent petit à petit en cette Europe Orientale, l’évêque Mgr Menini  s’y oppose fortement. Deux ans de luttes sont nécessaires, l’affaire remonte jusqu’à Rome et se débloque en 1912 où l’autorisation est obtenue.
Plovdiv n’est pas la seule communauté en expansion. En 1903, deux religieux sont envoyés à Sliven, à 30 km de Yamboli, pour y installer un nouveau poste de mission, là où un prêtre orthodoxe avait rejoint le catholicisme. Le ministère est principalement paroissial et laisse au P. Germain Reydon le temps de se lancer dans l’activité journalistique qu’il continuera ensuite à Yamboli. Il y rédige deux revues, La Vie des Saints et le Poclonnic (Le Pèlerin), mais elles n’arriveront jamais à atteindre le niveau de diffusion de leurs homologues françaises. Quant à la mission de Yamboli, elle est réorganisée en 1905 avec la construction d’une véritable résidence et de deux chapelles, l’une latine, l’autre byzantine. La construction d’une ligne de chemin de fer accroît l’importance de la ville qui devient le lieu central de la mission de rite oriental, sous l’égide du P. Barthélémy Chichkov, un temps aumônier du palais royal pendant les guerres balkaniques. Ces guerres auront par ailleurs raison de la maison de Mostratli qui est détruite en 1913. On peut enfin noter que le P. Paul Portalier, devenu le P. Pavel Christoff, devient le vicaire général de Mgr Petkov, qui le nomme archimandrite.
Les conflits incessants finissent par mettre en marche le jeu des alliances, et l’attentat de Sarajevo met le feu à la poudrière européenne, déclenchant la première guerre mondiale. La Bulgarie accueille d’abord les religieux et religieuses expulsés de Turquie ainsi que leurs élèves, créant ainsi une surpopulation aiguë. Mais les Bulgares entrent à leur tour en guerre en octobre 1915, dans le camp des puissances centrales. Les bonnes relations royales ne servent à rien, les religieux français sont à nouveau expulsés, vers la Roumanie. Ils parviennent à se maintenir à Yamboli et a Sliven mais le collège de Varna est transformé en caserne.
Les religieux non français (suisses, bulgares, alsaciens donc allemands à l’époque) peuvent maintenir une présence au collège de Plovdiv, qui demeure le seul établissement catholique de Bulgarie encore ouvert. Les Allemands et les Autrichiens récupèrent les élèves dans leurs écoles. Saint-Augustin est transformé progressivement en hôpital. Il faut toute l’habileté et la détermination du P. Gisler pour que le collège ne soit pas réquisitionné totalement comme bien français. L’établissement tourne au ralenti, il peut quand même accueillir les alumnistes bulgares chassés de Karagatch.

Roumanie

Les religieux expulsés de Bulgarie arrivent en Roumanie, pays encore neutre en 1915. La grande majorité, une petite cinquantaine avec des Oblates et des Frères des Ecoles Chrétiennes, entame une odyssée qui les mènera jusqu’à Londres, après avoir traversé la Russie, la Finlande, la Suède et la Norvège en train. Seuls six d’entre eux décident de rester en Roumanie. Le pays compte des catholiques latins qui sont disséminés dans le pays, mais les curés sont peu nombreux. Le P. Romuald Souarn s’en va à Iasi, où il est aumônier dans deux établissements des Sœurs de Notre-Dame de Sion. Les autres restent à Bucarest, où ils remplissent diverses missions en paroisse ou dans des hôpitaux. Beaucoup des catholiques de la capitale sont d’origine hongroise ou allemande (l’évêque Mgr Raymond Netzhammer est de Suisse Alémanique), et la situation est parfois tendue. En août 1916, la Roumanie entre en guerre dans le camp des Alliés, les prêtres allemands sont expulsés et le clergé local se retrouve en grand besoin de missionnaires étrangers. Mais l’armée roumaine ne peut résister aux forces allemandes et autrichiennes, Bucarest est prise. Les religieux se replient vers Iasi, en Moldavie, qui est devenue la capitale provisoire, dans la zone non occupée par les armées ennemies.
La France soutient son allié oriental et envoie le général Berthelot à la tête d’une mission militaire et humanitaire, créant des hôpitaux. La situation sanitaire est délicate, le typhus fait rage. Les PP. Quenard et Machon se retrouvent dans un hôpital de campagne, établi près de Iasi, où ils servent d’aumôniers, d’économes mais aussi d’infirmiers. Les morts sont nombreux, la lutte contre les poux acharnée, et le P. Gervais est lui-même atteint, au point qu’on célèbrera en France une messe pour le repos de son âme… Quant aux PP. Sollier et Souarn, ils deviennent aumôniers de la mission militaire française avant d’être expulsés fin 1917, quand les Roumains capitulent.
Après l’armistice, les religieux quittent le pays qui gardera d’eux un bon souvenir. Plusieurs éléments en font un futur terrain de mission propice aux Assomptionnistes : le clergé allemand ou hongrois a été chassé, l’abnégation et le dévouement dans les hôpitaux restent dans les mémoires. Enfin le rattachement des gréco-catholiques de Transylvanie a considérablement augmenté le nombre de catholiques dans le pays, à l’heure où l’apostolat de rite grec ne se déroule plus comme cela avait été prévu.

Russie

La mission russe n’occupera que quelques religieux et ses résultats sont modestes en comparaison d’autres réalisations. Cependant, elle revêt un poids très symbolique et important pour l’Assomption. Pour le Père d’Alzon, la « conversion » de la Russie devait être l’objectif principal de tout l’apostolat en Orient, la Bulgarie servant de base arrière pour cette conquête. Ce n’est qu’en 1903 que les premiers Assomptionnistes arrivent dans le pays des Tsars, prêts à mettre en œuvre le rêve alzonien. Le P. Picard avait conclu l’affaire l’année précédente avec le recteur de l’Académie Ecclésiastique Catholique de Saint Pétersbourg, un grand séminaire catholique reconnu par l’Etat. Le P. Liévain Baurain y arrive comme professeur de français, assisté du Fr. Evrard Evrard, qui a obtenu son passeport comme « domestique » du précédant. Rejoints un peu plus tard par deux autres religieux (les PP. Jean Bois en 1905 et Pie Neveu en 1906), ils exercent un travail d’aumônerie d’une maison du Bon Pasteur. Mais leur grand rêve est la constitution d’une Eglise Russe Catholique de rite slave, dans la droite ligne de la politique de Léon XIII, qui favorise les rites orientaux. Ils regroupent quelques prêtres et quelques fidèles autour d’eux, cependant l’enthousiasme des débuts retombe vite. Dans la conscience collective, un Russe est en effet orthodoxe, et s’il est catholique, c’est donc qu’il est Polonais. Ils se heurtent également à l’hostilité des catholiques latins polonais. En ces temps d’une certaine libéralisation religieuse, après la révolution russe de 1905, ils attendent l’autorisation gouvernementale qui ne viendra finalement pas. L’ambitieux projet tombera alors dans l’oubli.
D’autres religieux arrivent en 1905 : outre le P. Bois, les PP. Gervais Quenard et Auguste Maniglier sont envoyés pour être les aumôniers des colonies françaises, respectivement de Vilna et d’Odessa. Le premier doit quitter son poste deux ans après, appelé en Bulgarie, tandis que l’autre s’enracine durablement sur les bords de la Mer Noire. Il parvient à construite une église, Saint-Pierre, un presbytère et un foyer pour les institutrices françaises. En 1907, le P. Neveu rejoint la ville de Makiévka, où de nombreux français travaillent dans les mines de la région du Donetz, au Sud-Ouest de l’actuelle Ukraine. La même année, le P. Evrard, maintenant prêtre, part pour Kiev où il exerce le même type de ministère.
La vie est difficile pour ces religieux qui doivent vivre dans des situations matérielles parfois précaires, isolés, n’ayant que peu de contacts les uns avec les autres, ne devant pas dévoiler leur identité de religieux. Ils doivent aussi composer avec l’autoritarisme du Supérieur général qui exige d’être informé de tout et à qui ils doivent référer pour le moindre déplacement. En 1905, on leur propose une mission intéressante à Vyborg, en Finlande, mais la réponse du P. Bailly tarde trop. Ils perdent le poste, non sans s’attirer les critiques du P. Emmanuel pour leur manque de réactivité. Deux ans après, lors du transfert du P. Neveu, les religieux n’ont que peu de temps pour accepter ou refuser la proposition ; ils en avisent le Père Général qui est absent et doivent décider sans lui. Celui-ci demande alors plusieurs fois le rapatriement du P. Neveu et il faut la médiation de l’évêque pour qu’il puisse demeurer à Makiévka.  
Plus grave, en 1910, un conflit éclate avec les religieux de St Petersbourg et le P. Bailly demande le rappel immédiat de tous les Assomptionnistes qui se trouvent en Russie. La situation finira par s’apaiser, la consigne annulée, mais les PP. Baurain et Bois quitteront la congrégation. La guerre oblige enfin le P. Evrard à quitter Kiev.

Turquie

La mission assomptionniste poursuit sa consolidation. Trois nouvelles missions sont ouvertes durant cette période. D’abord à Kayseri, l’ancienne Césarée de Cappadoce où le P. Bernardakis arrive en décembre 1903, à la demande de familles catholiques. Mais l’opposition des orthodoxes lui rend la vie impossible et il déménage cinq ans plus tard à Nevsehir, 90 km à l’Ouest. Il ouvre une école mais doit faire face à l’opposition des Grecs. L’intervention de l’Ambassadeur de France permet la reconnaissance par le gouvernement trois ans plus tard. Entre 1904 et 1908, une petite implantation est tentée à Peramos, dans la presqu’île de Cyzique, mais elle doit également cesser, à cause de l’hostilité rencontrée. On signale enfin une mission permanente créée en 1912 à Pendik, mais la guerre mondiale en aura raison.

 

 

[31] Alain FLEURY, Un collège français en Bulgarie (St Augustin, Plovdiv, 1884-1948), L’Harmattan, Paris, 2001, p. 75.

[32] Ibid. p. 77.

 

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