De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

La mission d’Angleterre poursuit son développement et commence à s’enraciner dans le paysage religieux local. En 1904, la communauté de Bethnal Green déménage en reprenant une paroisse des Pères polonais du Divin Amour. Deux ans plus tard, le P. François Mathis est nommé responsable des œuvres anglaises. C’est lui qui lance la construction d’un nouveau prieuré et d’une nouvelle église beaucoup plus vaste, qui sera achevée en 1913. On y installe également un petit alumnat qui durera jusqu’en 1923. Cependant, peu de vocations en sortiront, peut-être à cause du ton trop français de l’enseignement qui y est donné.
Hormis cet alumnat, les activités sont surtout paroissiales, et se poursuivent à Charlton, Rickmansworth, Newhaven et Brockley, à partir de 1906. La première installation est souvent sommaire, mais petit à petit des couvents ou des églises plus grandes sont construites. Tout cela permet de fournir les premières vocations anglaises. A Charlton, les Oblates, sous la direction des Mères Franck, avaient bâti une église et tenaient une école ainsi qu’un externat. Les Assomptionnistes veulent y exercer un droit de juridiction, ce qui rappelle les querelles de supériorat ecclésiastique et qui renvoie aux rapports entre religieux et religieuses à cette époque. S’y mêle aussi un désaccord quant au recrutement de vocations anglaises et d’arrivée de sœurs d’Orient non anglophones. Le conflit s’envenime et aboutit après menace d’un procès diocésain, en 1912 au départ des Mères Franck qui retournent à Bordeaux où elles fondent une nouvelle congrégation, les Oblates de Notre-Dame de Consolation.
Arrivé à la tête de la mission du Chili, le Père Maubon donne une ampleur supplémentaire au sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes. Celui-ci est en partie détruit par un grand tremblement de terre en 1906. Il le fait reconstruire et y ajoute une réplique de la grotte de Massabielle inaugurée en 1908, ce qui augmente l’affluence au sanctuaire marial. En 1904, les missionnaires prennent en charge la paroisse de Lota, dans un quartier de mineurs ou d’ouvriers qui se trouvent dans une situation de forte pauvreté. Puis viennent trois autres paroisses : Concepción (1910), Valparaiso (1911) et Talcahuano (1912).
La première guerre mondiale empêche l’Europe de fournir des missionnaires. L’alumnat de Mendoza est donc rouvert en 1916 par le P. Maubon. Il fournira plusieurs vocations religieuses, mais aucune assomptionniste et fermera à nouveau en 1922.
A la mission chilienne s’ajoute en 1910 une fondation argentine. Nommé aumônier d’une communauté de Petites Sœurs de l’Assomption, le P. Romain Heitmann rejoint Buenos Aires et prospecte pour trouver une implantation. Deux prêtres argentins lui confient l’animation d’un petit centre religieux naissant, dans une « petite baraque en bois et en zinc », dans la localité de Santos Lugares, près de la capitale. L’évêque y autorise l’implantation d’une communauté en 1911. Le milieu est peu favorable, le quartier socialiste et les tribulations de l’Assomption en France sont connues. Mais grâce à l’activité pastorale du P. Geoffroy Pierson, la vie chrétienne se développe dans le quartier. A la suite d’une guérison obtenue, une grotte de Lourdes est construite, et les pèlerins commencent à y venir, à tel point qu’une grande basilique y est construite à partir de 1922. Le lieu devient un véritable centre de pèlerinages.
En 1914, le P. Heitmann s’établit à Belgrano, quartier de Buenos Aires où s’ouvre une deuxième communauté. L’évêque lui confie l’église Nuestra Señora de la Merced, bâtie par les soins d’une bienfaitrice, mais pour laquelle il n’avait trouvé aucun prêtre. Le but est d’avoir à long terme une influence sur la classe dirigeante, mais la mission sera surtout populaire. L’édifice héberge en effet les sans-abri lors d’inondations du Rio de la Plata, ce qui lui vaut une reconnaissance durable. Il ouvre à côté de l’église, en 1916, une école gratuite, sous le nom de Colegio Manuel d’Alzon.
Le P. Heitmann rejoint enfin Buenos Aires pour y fonder une troisième communauté, rue Chacabuco, puis rue Lavalle, en 1921. Cette maison rayonne principalement à travers deux revues féminines (le Noël et Ichthy, à but plus directement religieux). Elle devient un lieu de rencontre de la haute société et permet d’avoir une influence sur la classe dirigeante.
L’expérience de l'exploitation agricole de Granby cesse rapidement. Les relations sont difficiles avec le curé local, propriétaire de la ferme, et les religieux vont s’établir à Worcester, dans le Massachusetts. Cette région compte de nombreux émigrés québécois, et donc francophones, qui deviennent un champ d'apostolat privilégié. Pour assurer un recrutement local, un alumnat ouvre ses portes en 1904. Le succès grandissant, l'établissement doit déménager pour s’installer, en 1906, en son site historique, Salisbury Street.
L’enseignement s'adresse d'abord aux franco-américains, et les cours sont donnés en français. De nouvelles ailes sont construites, des sections ajoutées, et l’établissement, qui comptait 17 élèves en 1905 en reçoit 135 en 1912.
A la demande des familles et sous l’impulsion du P. Omer Rochain, il se transforme petit à petit en collège : en 1916, un cycle de philosophie est ouvert et, en 1917, arrive la reconnaissance officielle. Le Collège de l’Assomption reçoit le droit de délivrer le Bachelor of Arts Degree, donnant accès à l’Université. Quant à l’apostolat new-yorkais, il se voit doté d’une nouvelle paroisse en milieu hispanique, Notre-Dame de l’Espérance, 156ème rue, à partir de 1912.
Omer (Joseph-Auguste) Rochain |
Né le 14 avril 1873 à Saint-Omer, il rejoint le noviciat de Livry à 17 ans, après avoir connu les alumnats de Mauville et de Clairmarais. Etudiant à Phanaraki et Jérusalem, il est envoyé en 1897 aux Etats-Unis où il devient supérieur de Worcester (1909-1919). Sa connaissance de l’anglais lui permet de gagner l’Angleterre. On le retrouve curé à Brockley (1919-1923 et 1929-1932), supérieur à Bethnal Green (1923-1929). Mais il est atteint par une crise de neurasthénie aiguë et meurt à Meyzieu (Isère) le 30 mai 1932. |
Lors des expulsions, le P. Bailly pense un temps s’installer à Montréal, mais il a été devancé par d’autres congrégations, devant elles aussi trouver un refuge temporaire. Les religieux sont assez nombreux dans le pays, il doit y renoncer en 1904. Treize ans plus tard, ils pourront enfin s’y installer, grâce au P. Marie-Clément Staub.
Religieux au collège de Worcester, il voue une dévotion particulière au Sacré-Cœur de Jésus et participe à l’Archiconfrérie de prière et de pénitence, une association liée au Montmartre parisien. Il installe à New York, paroisse Notre-Dame de l’Espérance, un centre national de cette archiconfrérie, en 1912, puis la propage au Canada. En 1913, une ménagère, Alice Caron, qui assiste à l’une de ses retraites le pousse à créer une nouvelle congrégation. Ainsi naissent les Sœurs de Sainte-Jeanne d’Arc, qui auront comme objectif l’aide aux prêtres et aux religieux. La fondation a lieu en 1914, mais l’évêque de Springfield n’est pas tellement favorable à une nouvelle congrégation féminine francophone sur son diocèse. Le P. Staub persuade alors ses supérieurs de venir s’installer au Québec, terrain qui serait le plus favorable à ses deux oeuvres. Il obtient en 1917 l’autorisation du Cardinal de Québec, Mgr Bégin, et y achète un terrain pour y implanter les Sœurs de Sainte Jeanne d’Arc, à Sillery.
[36] Les frontières étant très mouvantes à l’époque, la carte reprend celles de 2009.
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