Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 9

De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

 

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2 AXES APOSTOLIQUES

Cette époque de crise n’a pas empêché le développement de l’Assomption. La fin de la guerre permet le retour en France des religieux mobilisés, et l’apaisement des tensions entre partisans et adversaires de l’Eglise permet de nouvelles fondations, ou le développement des œuvres déjà existantes.

2.1. Œuvres d’éducation et formation

Les alumnats

Le 4 janvier 1918, l’alumnat Notre-Dame de Saint-Sigismond, dans les faubourgs d’Albertville, prend la relève de Notre-Dame des Châteaux. L’abbé Garin, un ancien alumniste devenu prêtre diocésain acquiert la propriété et l’offre à l’Assomption. Le clergé local est bienveillant en souvenir des Châteaux, mais le recrutement est devenu plus difficile à cause de la concurrence d’œuvres diocésaines similaires. Par ricochet, c’est Vinovo qui en fera les frais. Faute d’avoir pu se transformer pour accueillir des enfants non-francophones, éprouvé par le décès de sept alumnistes entre 1917 et 1920, l’alumnat italien ferme en 1922.
Après la guerre, deux autres alumnats qui seront eux aussi féconds en vocations sont fondés. A Scy-Chazelles, en Moselle, près de Metz (alumnat Ste Jeanne d’Arc, 1919), dans une grande propriété où on construira plus tard un noviciat transformé en scolasticat. Le fondateur, le P. Marie-André Pruvost avait auparavant été envoyé à Metz, d’où il avait noué tout un réseau de relations. L’année d’après, l’habileté du P. Césaire Kayser permet enfin l’arrivée de l’Assomption en Alsace. Placé sous la patronage de Sainte Odile, l’alumnat de Scherwiller (Bas-Rhin) démarre petitement, mais il sera agrandi au fil des ans et rayonnera en Alsace.
A cause de la guerre qui avait retardé le cheminement de nombreux petits candidats, le nombre de vocations tardives explose, Sart-les-Moines compte 120 demandes d’admission en 1919 ! L’année suivante, une partie des alumnistes est envoyée dans une nouvelle communauté, aux Essarts, au cœur d’une grande propriété de 150 hectares qui se trouve près de Rouen, sous la direction du P. Elie Bicquemard. Sart-les-Moines sera transformé en alumnat d’humanités, les vocations tardives rejoignant Saint Guilhem-le-Désert, diocèse de Montpellier, où le cardinal de Cabrières avait permis l’implantation. Moins conciliant, son successeur Mgr Mignen veut récupérer les bâtiments. Nouvelle transhumance pour aboutir à Lorgues cette fois-ci, dans le Var, où ils seront rejoints par ceux des Essarts (Seine-Maritime). Mais la situation excentrée de la communauté, le peu de vocations locales pousseront à déménager à Saint-Denis, au Nord de Paris, en 1926.
En 1920, le P. Maubon  organise une réunion des responsables d’alumnats. On dénombre alors un total de 330 alumnistes dans 11 maisons différentes. D’après les statistiques, un jeune sur deux « persévère », c’est-à-dire devient religieux ou prêtre [39] . Le quadrillage de l’hexagone est presque complet, il manque toujours un alumnat dans le Sud de la France. C’est chose faite en 1922, avec l’ouverture de Poussan, ville située entre Montpellier et Sète. L’année précédente, l’alumnat d’Arras avait rouvert.
Les alumnats sont alors solidement implantés en France, et l’on commence à réserver les alumnats situés hors de France aux ressortissants des pays. Cela accentue le développement. Elorrio devient ainsi un alumnat espagnol à partir de 1919.

La formation des religieux

La fin de la guerre est une période difficile pour la maison d’études de Louvain. Le P. Possidius Dauby doit faire face à de nombreuses difficultés. La succession du P. Merklen, en 1913, lui avait demandé une attention particulière pour gagner la confiance de ses étudiants. Il doit maintenant assurer la survie. La guerre, les occupations de la maison par des soldats allemands, les épidémies de tuberculose, les restrictions minent cette communauté qui compte de plus en plus d’étudiants, avec l’arrivée des rescapés de Limpertsberg. De 98 religieux en janvier 1918, l’effectif monte à 140 à l’armistice, au moment où sévit l’épidémie de grippe espagnole qui cloue au lit 120 religieux ! Peu après, ce sont les mobilisations qui perturbent à nouveau le bon fonctionnement de la maison. Une quinzaine de novices ou de profès ont trouvé la mort à Louvain ou au Luxembourg pendant la guerre.

 

Possidius (Charles) Dauby (1883-1975)

C’est à Sequedin (Nord) qu’il voit le jour le 16 octobre 1883. il connaît les alumnats de Sainghin et de Clairmarais avant d’entrer en 1900 au noviciat exilé de Gemert. Après des études à Kadiköy et à Rome, il a la redoutable tâche de prendre à 30 ans la succession du P. Merklen à Louvain. Il doit tenir la maison pendant la guerre et l’épidémie de grippe espagnole. Assistant général de 1923 à 1929, il revient en France où il sera assistant provincial de 1933 à 1952. Supérieur ecclésiastique des Oblates, Orantes et Petites-Sœurs pendant 35 ans, il meurt à l'hôpital de Rambouillet le 14 novembre 1975.

 

 

En 1919, on assiste à un nouveau réaménagement. Les novices quittent Notre-Dame de Lumières et Louvain pour se regrouper sous la direction du P. Rémi Kokel dans la nouvelle maison de Saint- Gérard. Située dans la province de Namur, il s’agit d’une ancienne abbaye bénédictine du Xème siècle, qui abritait auparavant des Visitandines de Meaux. C’est un noviciat unique qui s’internationalise de plus en plus et demande l’unité, ce qui n’est pas toujours aisé à atteindre.
Les étudiants en philosophie s’en vont avec le P. Léonide Guyo à Taintignies, dans les locaux de l’ancien alumnat, tandis que les théologiens restent à Louvain. Ce sera la disposition en vigueur jusqu’en 1924, où Taintignies et Saint-Gérard s’échangeront leurs attributions.

Les collèges

Le retour des religieux en France permet également de prendre en charge de nouvelles œuvres éducatives. En plus du collège de Nîmes, ils sont appelés en Arles (Bouches-du-Rhône) à prendre la direction du collège Saint-Etienne. L’institution semble avoir peu d’avenir et les Assomptionnistes n’y sont que les gérants. Ils quitteront le collège en 1927.
Pour l’instant, les collèges se trouvent surtout à l’étranger, en Bulgarie et aux Etats-Unis. La réorganisation en provinces poussera au développement de cet axe apostolique.

Les orphelinats

Le P. Jean-François Pautrat meurt d’épuisement à Moulins, dans l’exil de l’orphelinat ; c’est son adjoint, le P. Félix Ranc qui prend la suite en 1918. Dès l’armistice, il se hâte de revenir à Arras où il réussit à s’opposer aux Domaines qui voulaient confisquer les locaux de l’orphelinat. Les bâtiments ont en effet été mis sous séquestre par le liquidateur des biens assomptionnistes. Mais c’est la loi qui va protéger l’établissement, qui ne peut être fermé en vertu de son orientation sociale. Le Conseil Général du Pas-de-Calais n’a pas les moyens de reprendre l’œuvre qui est donc laissée aux religieux. Le nouveau supérieur parvient à reconstruire les bâtiments et à développer de nouveau un réseau d’œuvres et de bienfaiteurs.

2.2 La presse et les pèlerinages

La presse

Il y a peu de nouveautés à signaler au cours de cette période. La guerre a mis fin à l’activité de certaines publications, d’autres en ressortent peu affectées. La Croix maintient toujours le flambeau du catholicisme ; en plus de « Franc », les PP Jacquot et Jaujou veillent toujours à la conformité doctrinale de ses opinions.

Ambroise (Emile) Jacquot (1861-1934)

Né le 18 août 1861 à Valtin (Vosges), il est d’abord employé de banque, avant d’intégrer à 19 ans l'alumnat de Clairmarais, puis celui de Mauville. Il prend l’habit en 1882 à Osma et est ordonné prêtre en 1886. Il est ensuite affecté à l’administration de la Bonne Presse. Il en connaît toutes les tribulations, du développement et agrandissement qu’il doit organiser, au procès des Douze, la sécularisation, les années Féron-Vrau, la sauvegarde des biens immobiliers et la récupération de l’œuvre après 1923. Econome général de 1905 à 1934, il sera le seul « ancien » à se maintenir dans la Curie Généralice après les événements de 1922. Il meurt le 30 septembre 1934.

 

 

[39] Nouvelles de la Famille 1920, n°380 à 386 bis, p. 1 à 103.

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