Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 9

De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

 

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On peut tout de même citer la naissance de la Documentation Catholique (1919) qui prend la succession de quatre autres revues, dont les Questions Actuelles. L’inspirateur en est le P. Salvien Miglietti qui collabore dans de nombreuses revues. Il incarne un courant assez extrême dans le catholicisme de l’époque, très conservateur. Le Pape demande son départ, pour ses liens présumés avec un réseau d’influence intégriste, la Sapinière de Mgr Benigni. Le P. Miglietti avait mis au point un système d’archivage de la presse dont il faisait profiter quelques-uns de ses correspondants.

Les pèlerinages

La paix revenue, les pèlerins se pressent de nouveau à Lourdes, même s’ils n’utilisent pas toujours les services du Pèlerinage National. En 1919, on en recense 50.000 pour le premier pèlerinage après l’armistice. Dès l’année suivante, les trains de malades reprennent comme avant la guerre. D’autres trains se joignent au pèlerinage, et les chiffres dépassent ceux de 1914. Entre 1921 et 1923, on compte ainsi une moyenne de 50.000 pèlerins pour plus de 1.200 malades.

2.3 Activités diverses 

La guerre apportant la pacification religieuse, les Assomptionnistes peuvent de nouveau établir des maisons d’œuvres, où les religieux peuvent vivre en communauté.
A Bordeaux, ils desservent toujours la chapelle « balaresque », du nom de la famille bienfaitrice, qui prend de plus en plus d’importance. Le P. Deprez, supérieur de la communauté qui se trouvait rue Pasteur, entreprend la construction d’une nouvelle résidence, avenue de Mirande, pour préparer la future organisation de la congrégation en provinces. Dans le même souci, une maison plus vaste est achetée à Lyon en 1922, chemin de Choulans. Quant à la communauté toulousaine, elle se reconstitue en 1919 et prend en charge quelque temps la paroisse Saint-Joseph (1920-1924). A Montpellier et à Marseille, les religieux peuvent reprendre leurs activités d’avant-guerre. En plus des différents apostolats, ils animent souvent dans ces villes des antennes locales de Notre-Dame de Salut.

2.4 L’Assomption hors de l’hexagone

La Mission d’Orient

Bulgarie

Les œuvres rouvrent en 1919, endommagées par le conflit. Nommé supérieur de la mission d’Orient, le P. Quenard  doit céder sa place et n’a pas la joie de disposer des nouveaux locaux, en plein cœur de la ville de Plovdiv. Le nouveau collège peut enfin recevoir 500 élèves en 1921, dont 250 vivent sur place, puis 620 en 1923 [40] . Il accueille également dans ses murs l’alumnat bulgare de Karagatch qui n’a pu se réimplanter durablement en Thrace. L’autre collège bulgare, Saint-Michel à Varna, ouvre lui aussi à nouveau et traverse une période florissante pendant laquelle il accueille 260 élèves [41] .

Russie

Après la guerre et le départ des religieux, ils ne sont plus que trois Assomptionnistes à œuvrer en Russie, qui deviendra bientôt l’URSS. Le P. Auguste Maniglier est à Odessa, dans sa nouvelle église destinée aux Français, mais il finit par être embarqué de force par des militaires français venant de Roumanie en 1920. Le P. Pie Neveu est, quant à lui, rejoint en 1917 à Makiévka par le frère David Mailland. Mais la situation politique est instable, les communistes ont pris le pouvoir et une guerre civile oppose l’Armée Rouge aux Russes Blancs tandis qu’interviennent des armées étrangères. Les deux religieux ne parviennent pas à être évacués, ils vivent dans des conditions très difficiles, sur fond de famine et d’absence totale de communication avec l’extérieur.

Turquie

Les religieux peuvent reprendre les paroisses, communautés, établissements scolaires d’avant-guerre. Les dégâts sont nombreux, les bâtiments démolis, et ils sont moins nombreux qu’avant-guerre. Les alumnats sont eux aussi rouverts, celui d’Héraclée reprend sa place à Koum-Kapou. En 1920, ils sont tout de même 89 religieux à s’occuper de 10 églises, 7 chapelles et 10 collèges ou écoles regroupant 1233 élèves. Les Oblates sont 60 et dirigent 7 pensionnats pour 1411 élèves [42] .

Athanase (Charles-Louis) Vanhove
(1865-1919

Originaire des Flandres françaises (il naît à Bollezelle, dans le Nord le 4 février 1865), il suit le parcours des alumnats de Mauville et de Clairmarais et entre au noviciat d’Osma en 1893. Après un double doctorat romain, il est au noviciat de Livry de 1887 à 1895 où il est sous-maître puis maître des novices. Il est nommé supérieur de la colonie estudiantine de Notre-Dame de France de 1892 à 1900 puis de 1904 à 1914 où les activités des pèlerinages sont multiples. Après un exil forcé en France pendant la guerre, il retourne en Orient en 1919. Mais il n’y parviendra jamais, il meurt dans le naufrage du Chaouia, le 13 janvier.

 

 

 

La Mission est marquée par le naufrage du Chaouia, en 1919, où périssent trois Oblates et deux Assomptionnistes, dont le P. Athanase Vanhove. C’est le P. Gervais Quenard qui lui succède comme supérieur. Il doit affronter à Constantinople un conflit de juridiction avec l’évêque des Grecs de rite byzantin, Mgr George Calavassy (1881-1957) qui succède à Mgr Papadopoulos en 1920. Le nouvel évêque exige que les religieux de rite byzantin lui soient soumis et le P. Quenard, ne peut que lui « céder » quatre religieux de rite oriental. Deux reviendront mais c’est le terme final mis à l’apostolat en rite grec. Au niveau spirituel, le P. Quenard obtient la création d’une revue bimestrielle, intitulée Union des Eglises qui vise au lancement d’un mouvement de prière pour que l’unité des chrétiens se réalise. La Bonne Presse la publiera entre 1922 et 1937.

La relative prospérité ne va pas durer. La première guerre mondiale a donné à la Grèce la quasi-totalité de la Turquie d’Europe ainsi que l’ancienne Grèce d’Asie (l’Ionie). Humiliés, les Turcs se regroupent autour de Mustapha Kemal , le futur Atatürk et déclarent la guerre aux Grecs. Les chrétiens, comme les Arméniens pendant la guerre, sont victimes de massacres et ceux qui ne sont pas emmenés par les Grecs doivent quitter le pays. Le Traité de Lausanne (1923) rend aux Turcs les territoires perdus en 1920. Il s’ensuit des échanges de populations, on estime à 1,3 million le nombre de Grecs à quitter la Turquie, l’Anatolie ne compte plus que d’infimes minorités de chrétiens [43] .Pour la Mission Turque, c’est un long déclin qui s’amorce.
De cette aventure, va subsister l’apostolat des savants byzantins - Echos d’Orient, livres savants - qui permet de mieux faire connaître le nom de l’Assomption dans les milieux intellectuels, qu’ils soient catholiques ou orthodoxes. A cette époque, la politique de formation du clergé byzantin change. Benoît XV préfère en effet la création d’Instituts romains pour former les futurs prêtres. La compétence des byzantinistes de Kadiköy est honorée, puisque les PP. Vailhé, Jugie et Souarn sont nommés en 1921 professeurs d’histoire à l’Institut Pontifical Oriental. Mais l’année suivante, le Pape le confie aux Jésuites, et les Assomptionnistes doivent partir.

Grèce 

L’épisode de l’alumnat de Grèce n’a été qu’un intermède. En 1917, il s’était déplacé d’Héraclée à Képhissia, dans une villa nouvellement achetée par Mgr Petit. La paix revenue, les religieux regagnent la Turquie, non sans penser revenir en pays hellène pour s’y établir plus durablement.

Espagne

C’est à cette période que l’alumnat d’Elorrio devient vraiment espagnol. En 1919, après la fondation de nouveaux petits séminaires en France, le P. Maubon décide la transformation de l’oeuvre française en oeuvre ibérique. C’est le début de l’Assomption espagnole. Dans un premier temps, il recrute surtout des élèves basques, mais en 1922, l’évêque de Vitoria, Mgr Léopold Eijo y Garay, décide que les aspirants séculiers au sacerdoce ne pourront être formés que dans les petits séminaires diocésains. Cela implique d’étendre le recrutement aux autres régions d’Espagne, notamment à la Vieille Castille, d’où proviendront la majorité des Assomptionnistes.


 

 

[40] Alain FLEURY, Un collège français en Bulgarie (St Augustin, Plovdiv, 1884-1948), L’Harmattan, Paris, 2001, p. 151.

[41] Dispersion 1922, n° 31, p. 232.

[42] Nouvelles de la Famille, 1920, n° 341, p. 341.

[43] C. Mayeur-Jaouen, Les chrétiens d’Orient au XIXème siècle : un renouveau lourd de menace, in Histoire du Christianisme vol. 11, Paris, Desclée, 1995, p. 843.

 

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