De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Le découpage de l’Assomption en quatre Provinces laisse sous la responsabilité de la Curie Généralice les œuvres emblématiques de la congrégation : la Bonne Presse, les pèlerinages, ainsi que diverses activités comme les Croisés du Purgatoire, le Noël, la Procure Notre-Dame des Vocations et bientôt le Tiers-Ordre. Les Œuvres Généralices, stratégiques pour l’Assomption, peuvent être considérées comme les héritières des œuvres de la rue François Ier. Il faut y ajouter les deux maisons de Jérusalem, Saint-Pierre en Gallicante et Notre-Dame de France, que nous traiterons dans le paragraphe consacré à la Mission d’Orient.
Le Supérieur Général garde donc la haute main sur les nominations, après avoir obtenu des nouveaux Provinciaux qu’ils lui laissent tel ou tel religieux. Quant à l’économe général (toujours le P. Ambroise Jacquot, à qui succède en 1934 le P. Antonin Coggia), il consacre une bonne partie de son temps à la gestion de la Bonne Presse.
La maison historique de la rue François Ier peut être rachetée aux Domaines en 1924, par l’intermédiaire de la société Jeanne d’Arc, propriété assomptionniste. La guerre a permis de calmer les esprits et bien que faisant toujours partie d’une congrégation dissoute, les religieux osent se regrouper de nouveau pour vivre en communauté. Mais ce ne sera pas à la rue François Ier, dont la chapelle est néanmoins rouverte. La maison est occupée par divers bureaux de l’entreprise puis par l’œuvre de la Sainte Croix. Les Oblates y logent des jeunes filles qui apprennent un métier en travaillant dans les ateliers de la Bonne Presse.
Les journalistes préfèrent résider directement dans les locaux de la Bonne Presse, au Cours-la-Reine, nouvelle résidence de la Communauté Saint-Vincent de Paul. L’autre grande communauté est celle de Notre-Dame du Salut, qui élit domicile rue Camou, à proximité du champ de Mars, dans l’immeuble que l’Assomption louait depuis le début du siècle et qui servait de point de chute aux religieux parisiens. En 1934, déménagement avenue Bosquet, près des Invalides.
L’une des première tâches du nouveau Supérieur Général est de reprendre la propriété de la Maison de la Bonne Presse. Car le propriétaire légal, Paul Féron-Vrau, qui avait racheté l’entreprise pour éviter sa disparition, mais avec de l’argent fourni par l’Assomption, en était venu à se considérer comme le véritable propriétaire. Avec beaucoup de diplomatie, le P. Gervais Quenard règle cette question. L’œuvre de presse devient une société anonyme, détenue par des religieux en leur nom propre. Féron-Vrau reste président du conseil d’administration jusqu’en 1929, où il sera remplacé jusqu’à la guerre par le comte Pierre de l’Epinois. La gestion de l’entreprise est donc confiée à des laïcs compétents, comme Léon Berteaux, capitaine d’industrie, nommé directeur général en 1924. Mais ils restent sous la responsabilité de l’Econome Général, tandis que, dans les rédactions, les religieux restent responsables du contenu des publications. Tous les postes de rédacteur en chef sont en effet occupés par des religieux, ou des collaborateurs eux-aussi ecclésiastiques. Quant aux Oblates, qui logent dans les locaux même de la Bonne Presse, elles sont plus d’une cinquantaine à travailler au sein de l’entreprise, dans les ateliers ou dans d’autres services. Entre 1924 et 1926, les locaux voisins du Cours-la-Reine sont achetés, ce qui permet d’agrandir l’entreprise et d’y loger les religieux de la communauté Saint-Vincent de Paul.
La Croix est
toujours le navire amiral de la Bonne Presse et sa diffusion ne cesse de
grimper. Le P. François d’Assise Bertoye arrivera en 1926 au record inégalé
depuis de 177 000 exemplaires. Mais la ligne du journal est très dure, marquée
par l’influence de l’Action Française. Créé au moment de l’affaire Dreyfus
autour du journal du même nom, ce mouvement politique prône un nationalisme
dur, volontiers xénophobe et antisémite. Il est très favorable au catholicisme,
mais le conçoit en réalité comme un moyen de cohésion de la nation française,
son chef de file Charles Maurras étant lui-même agnostique. L’Action Française
va séduire peu à peu bon nombre de catholiques français, inquiets de la montée
de la sécularisation et des velléités de laïcisation du gouvernement
[45]
. Beaucoup de catholiques ne se rendent en réalité pas compte que le mouvement de Maurras prend la religion en otage, au bénéfice d’une idéologie nationaliste. Dénoncé par plusieurs évêques dont le Cardinal Andrieu, archevêque de Bordeaux, le mouvement est condamné en décembre 1928 par Pie XI.
Le Pape intervient aussi pour que la ligne éditoriale de La Croix appuie sa politique et demande le remplacement de son rédacteur en chef. C’est le Père Léon Merklen, déjà choisi en 1923 pour remplacer à la Documentation Catholique le P. Miglietti suspecté d’appartenir aux réseaux intégristes, qui est alors appelé un an plus tard à la direction du quotidien national. Il doit d’abord composer avec des rédacteurs plus conservateurs, comme Jean Guiraud, co-rédacteur en chef proche des idées de Franc. Il en remplacera progressivement un certain nombre, faisant venir des religieux de la même sensibilité que lui, comme les PP. Aurèle Odil ou Louis Le Bartz qui y œuvreront pendant de longues années.
En une année, le journal aura perdu près de 10 000 lecteurs, mécontents de la nouvelle ligne éditoriale, mais le P. Merklen persiste dans cette voie. Il relaye par ailleurs les encouragements du Pape au développement de l’Action Catholique, comme moyen pour faire face à la déchristianisation. Sous son impulsion, le tirage du journal diminue certes, mais il parvient à élargir sa base traditionnelle populaire vers un public plus cultivé. Preuve de la confiance que lui accorde le P. Gervais Quenard, il est nommé en 1929 directeur doctrinal de toutes les publications de la Bonne Presse.
Le Pèlerin reste l’autre grand titre de la maison. Après de nombreuses années d’opposition aux régimes politiques en place, l'hebdomadaire s’assagit et prend une orientation moins nationaliste. Dans l’immédiat avant-guerre, il critiquera violemment le nazisme. Le P. Roger Guichardan est nommé rédacteur en chef en 1933 et conservera ce poste pendant près de 40 ans. Le tirage atteint des sommets (662 000 exemplaires en 1935, par exemple) et la revue devient l’hebdomadaire familial catholique traditionnel.
La Bonne Presse publie toujours des revues à destination des jeunes, comme le Noël dont le succès ne se dément pas et qui est accompagné de toute une série de titres : Le Sanctuaire (1911-1940), Bernadette (1914-1963) pour les jeunes filles et à partir de 1936 Bayard pour les jeunes garçons. Les revues religieuses ne sont pas oubliées, avec la continuation de Prêtre et Apôtre (1919-1974), L’Eucharistie (1910-1936), Notre-Dame (1911-1936), Rome (1903-1940), Jérusalem (1903-1940), L’union des Eglises (1922-1937) ou même la Revue des Saints (1927-1935) qui prend la succession de la Vie des Saints d’avant-guerre. Citons enfin le Fascinateur qui perdurera jusqu’en 1938, accompagné par la production de films chrétiens qui visent à combattre le « cinéma immoral ».
Roger (Sébastien) Guichardan (1906-85) |
Enfant de la Savoie, il naît le 16 octobre 1906 à Chambéry. Novice à Taintignies en 1922, il commence par enseigner à Louvain et Lormoy Il est nommé en 1933 rédacteur en chef du Pèlerin et y restera près de 40 ans. Très apprécié par ses collaborateurs et ses lecteurs, il va jusqu’à écrire la rubrique cuisine ! Pendant la guerre, il participe à la Résistance et recevra plusieurs décorations. Il écrit également plusieurs romans, policiers notamment sous le pseudonyme de Jacques Ouvard. Il se retire en 1980 à Sceaux où il s’éteint le 9 novembre 1985. |
Les Assomptionnistes continuent d’emmener malades et pèlerins à Lourdes. Le National mobilise toujours une vingtaine de trains tandis que le nombre de pèlerins tend à se stabiliser autour de 25 000 – 30 000. Les années jubilaires, 1932 pour le 60ème Pèlerinage et surtout 1933 pour le 75ème anniversaire des apparitions sont des événements qui permettent de marquer les esprits. En ces années où le Pape Pie XI insiste sur l’Action Catholique, l’Association Notre-Dame de Salut s’en sent quelque peu comme une préfiguration. Sa vocation de pèlerinage populaire est « d’instruire, de moraliser la société et d’apaiser les luttes des classes. ». La grande dépression économique des années 1930 réduit cependant les moyens financiers des pèlerins. Quant à l’Hospitalité, elle est directement confrontée à la crise de l’Action Française. Plusieurs membres hauts placés sont ainsi proches du mouvement de Maurras, et sur demande expresse des instances romaines de l’Eglise, ils doivent être écartés, non sans causer quelques remous.
[45] Au pouvoir de 1924 à 1926, la coalition dite du Cartel des Gauches menace de rallumer la guerre entre l’Etat et l’Eglise, mais échouera rapidement dans cette entreprise.
|
|
||
|
Réalisation: Avenir Internet |
||