De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Elpide (Iannis) Stéphanou (1896-1978) |
Il voit le jour dans le 8 janvier 1896 à Syra, une des îles des Cyclades. Ayant connu les pérégrinations de l’alumnat grec déplacé à Héraklion, il entre au noviciat de Lumières en 1916. Après un passage aux Etudes Byzantines de Kadiköy (1928-35), il est nommé supérieur de la communauté d’Athènes. Membre des commissions préparatoires du Concile, il entretient des bonnes relations avec des métropolites et des théologiens orthodoxes. Il réside à partir de 1965 dans la maison des Sœurs de la Croix d’Athènes où il meurt le 4 janvier 1978. |
Quatre religieux grecs s’y installent en 1934, bientôt rejoints par celui qui est leur supérieur, le P. Elpide Stéphanou. Ils accueillent également six alumnistes grecs. Ceux-ci sont originaires des îles de la Mer Egée, en particulier Syra, comme la grande majorité des catholiques latins du pays, marqués par la présence italienne. Une chapelle dédiée à Ste Thérèse de l’Enfant Jésus est ouverte, sa fréquentation finit par attirer l’attention des autorités. Celles-ci reprochent aux religieux de l’avoir ouvert sans leur autorisation, elles la font fermer en 1936 et mettent le supérieur sous les verrous. Mais il sera immédiatement libéré et la chapelle sera autorisée.
Les religieux effectuent principalement un travail d’aumônerie, auprès de sœurs ainsi que de la direction d’une Conférence Saint Vincent-de-Paul. Ils ouvrent également une librairie religieuse. Le premier candidat de la nouvelle Assomption grecque est le Fr. Gregorios Nowack qui prend l’habit en 1937. La même année, Mgr Roncalli ordonne le 25 juillet à Constantinople le P. Antoine-Grégoire Vuccino, qui devient l’évêque du diocèse de Syra. Pendant sept ans secrétaire de Mgr Petit à Athènes, il était alors à Kadiköy. En 1938, le P. Stéphanou fonde également une petite congrégation féminine diocésaine, les Sœurs de la Croix.
En plus de la Roumanie, les années 20 voient l’établissement de l’Assomption dans une autre terre orthodoxe. Accompagné de deux Oblates, le P. Privat Bélard, ancien directeur de collège de Plovdiv débarque à Belgrade le 1er mars 1925. Son arrivée est en fait liée à celle des Oblates. Par diverses relations, celles-ci trouvent à Belgrade un excellent terrain pour poursuivre leurs activités éducatives de Turquie, rendues impossibles par la situation politique. Les quelques 30 000 catholiques de Belgrade manquent de prêtres, il y a là une opportunité pour l’Assomption.
Une chapelle servant d’église paroissiale est construite en 1927, elle est dédiée à Notre-Dame de l’Assomption. Le P. Bélard est rejoint par d’autres religieux qui se consacrent à de multiples tâches : organisation d’un petit alumnat, constructions d’écoles pour les Oblates, cours de religion dans les écoles voisines, organisation de « voyages-pèlerinages » pour les anciens poilus de l’Armée d’Orient, desserte d’une paroisse à Bor, dans une région minière à la frontière roumaine…La grande ambition du P. Bélard sera de construire un monument aux morts aux 45 000 soldats français de l’Armée d’Orient tombés en Serbie et en Macédoine. Les travaux commencent en 1939 mais seront interrompus par la guerre deux ans plus tard.
En arrivant dans le jeune « Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes », les Assomptionnistes rêvaient d’y construire un collège similaire à celui de Plovdiv, toujours dans un but de ramener leurs frères orthodoxes dans le bercail romain. Mais très vite ils se rendent compte de l’impossibilité du projet qui est oublié. Les vocations resteront en petit nombre, même si quelques alumnistes sont recrutés.
La guerre terminée, les pèlerins reviennent à Jérusalem, avec les pèlerinages de pénitence ou d’autres groupes. Si la fréquentation de l’accueil se stabilise, elle n’atteint plus les sommets d’avant-guerre. Il faut dire que les hôtels commencent à se multiplier et que la concurrence devient plus rude. La revue Jérusalem reparaît en 1924, mais elle ne survivra pas aux craintes nées après le Front Populaire de 1936. Loin des colonies entières d’avant-guerre, les religieux n’y sont plus que cinq ou six.
L’Assomption dispose maintenant d’une autre maison à Jérusalem. En 1923, l’autorisation est donnée pour la construction d’une crypte et d’une maison sur le site de Saint-Pierre en Gallicante. Ayant déjà à son actif la fin des travaux de Notre-Dame de France, le P. Etienne Boubet y réalise l’œuvre de sa vie. La crypte est achevée en 1926, l’église supérieure commencée en 1928 est consacrée en septembre 1931. Une petite maison permet aux religieux d’y accueillir les pèlerins qui viennent de plus en plus nombreux sur le site. Gardien du lieu, le Fr. Franciscus Haas y séjournera notamment de 1938 à 1990, y devenant le guide des pèlerinages.
Comme les Etats-Unis et le Canada, l’Angleterre se retrouve en 1923 sous la responsabilité de la Province de Paris. Les religieux anglais sont encore peu nombreux, et viennent pour la plupart de l’alumnat de Bethnal Green. L’Assomption y dessert principalement cinq paroisses, dans la capitale (Bethnal Green, Charlton, Brockley) ou à proximité (Rickmansworth), ou bien sur la côte méridionale du pays (Newhaven). Dans la plupart des cas, la paroisse est accompagnée d’écoles primaires.
Mais les évêques souhaitent que la congrégation prenne en main un collège. Ils rencontrent alors les intérêts des Pères de St Edme qui leur apportent le collège de Hitchin, dans le Hertfordshire, à une soixantaine de kilomètres de Londres. Cette congrégation française, fondée dans le diocèse de Sens en 1843, se trouve dans une situation périlleuse, faute de recrutement. Elle comprend trois branches, basées en France, aux Etats-Unis et en Angleterre. Les religieux ont la possibilité de choisir leur avenir : l’arrêt du recrutement en vue de la fin de la congrégation, l’agrégation au clergé séculier ou à une autre famille religieuse. C’est cette troisième possibilité que choisit la branche anglaise, poussée par le cardinal Bourne, archevêque de Westminster. Finalement, seuls quatre religieux vont intégrer l’Assomption en 1925, dont le Fr. Andrew Beck qui sera plus tard évêque de Brentwood, Salford puis archevêque de Liverpool. En plus du collège de Sens, en France, ils offrent à l’Assomption le collège St Michael d’Hitchin, qui avait bien fonctionné durant la première guerre mondiale, mais que la crise d’après-guerre avait plongé dans de vertigineuses dettes.
C’est le P. Marie-Louis Deydier qui est chargé de la réorganisation de l’ensemble, lequel comprend également une paroisse attenante. La tâche est délicate, mais au bout de plusieurs années, l’établissement est à nouveau florissant. Doté d’une école apostolique, il permettra également de fournir l’Assomption en vocations anglaises. En 1931, les religieux sont appelés plus au Nord du pays, à Nottingham où l’évêque leur demande d’ouvrir un collège catholique. La Becket School débute modestement, au bout de la première année de fonctionnement les élèves ne sont que 42. Mais 40 ans après, ils seront plus de 260.
L’alumnat d’Elorrio connaît un nouveau départ en 1923, avec des effectifs plus réduits, puisqu’il est réservé aux jeunes Espagnols et que l’évêque de Vittoria empêche la présence des élèves basques. L’alumnat évolue vers une forme d’école apostolique, c’est-à-dire qu’il ne prépare des élèves que pour l’Assomption. Les difficultés économiques n’empêchent pas la vie du petit alumnat qui fonctionne avec une trentaine d’élèves. De jeunes Espagnols entrent au noviciat à la fin des années 20, laissant espérer à long terme la naissance d’une Assomption espagnole. L’alumnat fête ses noces d’argent en avril 1932, mais déjà s’approche le spectre de la guerre civile. Contrairement aux craintes qu’elle avait suscitées, l’agitation républicaine épargne l’alumnat pendant quelques années, même si en 1934, il n’y a plus que deux professeurs et une quinzaine d’alumnistes. Mais une fois la guerre déclenchée en 1936, la maison est occupée et saccagée par des miliciens. Ses occupants doivent se réfugier dans un couvent mariste puis sont évacués à Saint-Jean de Luz par un navire anglais. Les enfants repassent la frontière pour rejoindre leur famille, tandis que les religieux espagnols se retrouvent mobilisés, dans les deux camps.
L’avancée des troupes nationalistes permet de reprendre possession de l’alumnat en 1937. Le P. Fortuné Badaroux, supérieur jusque 1926 puis économe, entreprend sa restauration, seul, sans argent et sans aide. Sa tâche terminée, il rentre en France, épuisé, pour laisser les destinées de l’alumnat aux jeunes religieux espagnols. Alors que le reste de l’Europe va à nouveau s’enflammer, la paix est revenue en Espagne, ce qui laisse la voie ouverte à de nouvelles œuvres.
La maison alsacienne de Dinsheim doit être fermée en 1927 et réunie à Scherwiller, sous la pression de l’évêque qui souhaite que soit mis fin à ses nombreuses quêtes pour les missions orientales. Le P. Césaire Kayser sillonne alors les pays de langue allemande, en quête de donateurs, mais aussi en vue d’une future implantation assomptionniste. Dans son entreprise, il se lie avec un ancien frère convers des Ermites de Saint Augustin, le Fr. Jakob Doeppler. Manifestant son désir d’entrer à l’Assomption, il parvient en outre à acheter une maison à Scheidegg, en Bavière, en 1928. Il recrute une dizaine de jeunes volontaires, prêts à devenir Assomptionnistes et il transforme la maison en imprimerie d’où sort la revue Missionen der Augustiner von Mariä-Himmelfahr ; la maison a pour vocation d’accueillir des frères convers.
La fondation est cependant faite sans concertation avec les autorités assomptionnistes, qui sont mises devant le fait accompli. L’autorisation de l’évêque se fait attendre, et ce n’est qu’en 1931 que les premiers frères peuvent commencer leur noviciat. La même année, l’imprimerie est considérablement agrandie par l’achat d’une ancienne fabrique de chapeaux. La revue compte plus de 30 000 abonnés.
Cette communauté ira jusqu’à compter une quinzaine de frères convers, encadrés par deux Pères alsaciens, mais elle va être confrontée à la montée de l’idéologie national-socialiste. Cette fondation française est mal vue, d’autant plus que le supérieur, le P. Libermann Weisshaar est alors considéré comme ayant déserté lors de la première guerre mondiale. Il doit fuir en France en 1935. Le recrutement des frères convers s’est effectué un peu rapidement, des problèmes de mœurs obligent les supérieurs à en renvoyer certains. Désirant se venger, ils accusent alors la communauté, sur fond de manipulation nazie qui souhaite le départ de ces religieux appartenant à une congrégation française. L’étau se referme sur la communauté : après une descente de police en 1936, la revue est interdite l’année suivante. Les religieux sont finalement dispersés en 1938. Au final, seuls six frères convers restent à l’Assomption et sont répartis dans les différentes communautés de la Province de Lyon.
En 1926, deux religieux français, les PP. Archange Emerau et Tite Giraudo arrivent à Florence pour y fonder une nouvelle communauté, à proximité d’un pensionnat tenu depuis plus de trente ans par les Oblates. Ils s’établissent dans un ancien couvent de Carmélites, Santa Maria-Magdalena de Pazzi, du nom d’une carmélite italienne du XVIIème siècle dont les reliques y ont un moment été conservées. Les Assomptionnistes desservent l’église attenante, à destination de la colonie française, tout en assurant quelques cours à l’extérieur pour subvenir à leurs besoins. Ils sont bientôt rejoints en 1932 par 21 alumnistes en provenance de Castelgandolfo.
Car après la disparition de Vinovo, en 1923, la Curie Généralice avait débuté un petit alumnat, dans ses lieux de villégiature estivale. Au premier essai à Fara-Sabina jusque 1925, succède une tentative plus aboutie à Castelgandolfo, à 20 km de la ville éternelle, en 1929. Trois ans plus tard, on décide donc de ramener le tout à Florence, après avoir agrandi les bâtiments existants. L’alumnat ne recrute en théorie que pour l’Assomption, les parents sont prévenus à l’avance, et pourtant les résultats n’atteignent pas les espoirs escomptés. Les familles ne respectent pas toujours leurs engagements, mais cinq alumnistes entrent quand même à l’Assomption. Les premiers postulants peuvent être envoyés à Nozeroy en 1933.
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