De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
A peine terminé, le nouveau collège de Worcester est victime d’un incendie en mars 1923. Le toit, les laboratoires et les dortoirs sont détruits, mais le reste du bâtiment est intact. Deux semaines plus tard, les cours peuvent reprendre. Le nouveau supérieur, le P. Clodoald Sérieix entreprend alors de rebâtir ce qui a été détruit. Grâce aux assurances et aux généreux donateurs, il peut même agrandir une nouvelle fois le collège en construisant une nouvelle aile ainsi qu’un gymnase, achevés en 1925. La renommée du collège s’étend encore, mais il est durement touché par la crise de 1929. Les franco-américains n’ont plus assez de moyens pour y envoyer leurs enfants, ainsi est-il décidé d’accueillir des externes. Les 300 élèves de 1926 ne sont plus que 197 en 1934, malgré les tournées de recrutement effectuées dans les paroisses. Ainsi la base du recrutement doit-elle être élargie, pour accueillir des élèves ne maîtrisant pas le français. Une classe préparatoire leur est destinée.
Clodoald (Antonin) Sérieix (1880-1948 |
Il naît dans le diocèse de Tulle en 1880, dans le village de Saint-Exupéry. Alumniste au Breuil puis à Brian, il fait ses premiers vœux à Livry en 1898. Envoyé en Orient, en 1907, il se rend en Angleterre en 1908 où il connaît Brockley, Newhaven puis Bethnal Green après la guerre. Devenu vicaire provincial d’Amérique du Nord en 1923, il vit à Worcester puis revient à Paris comme provincial jusqu’en 1935. Il retourne ensuite à Worcester où il meurt le 8 mars 1948. |
La survie du collège ne peut passer que par son « américanisation » progressive. Les religieux français ne parlent pas toujours anglais, et ne peuvent assurer certains cours. Il devient nécessaire de recruter des vocations locales. Les premières arrivent par le Cercle Saint Jean, mis en place par le P. Staub à Worcester, et le premier religieux américain, le P. Louis Robert est entré au noviciat de St Gérard en 1921. Ordonné prêtre en 1929, il meurt accidentellement l’année suivante. A partir de 1925, les novices sont envoyés pour la formation théologique au Canada, puis en Europe. Les premiers prêtres reviennent d’Europe au début des années trente, et occupent progressivement les postes d’enseignement au collège. Ils sont aussi poussés à suivre des cours dans les prestigieuses universités américaines, afin de fournir un corps professoral de qualité. Enfin, une « école apostolique » (alumnat) est ouverte en 1935 pour les éventuels candidats au sacerdoce. Ainsi, des 21 membres de 1936, 6 deviendront Assomptionnistes.
Ayant finalisé l’achat d’un terrain à Sillery, le P. Marie-Clément Staub peut lancer la construction de la première maison assomptionniste canadienne. Il a vu très large et du projet initial, seuls les deux cinquièmes seront bâtis, faute de ressources disponibles. La basilique dédiée au Sacré-Cœur ne sera jamais construite. Neuf ans après leur admission dans le diocèse, les religieux peuvent enfin prendre possession de leur résidence, en 1925. Cette maison devait être à la fois communauté d’œuvres et noviciat, mais c’est le deuxième aspect qui prendra rapidement le dessus.
Les deux premiers religieux canadiens ont, quant à eux, rejoint la congrégation en 1921 et 1923 et sont envoyés se former en Europe. Mais pour implanter plus durablement l’Assomption en terre canadienne, il est décidé que la maison de Sillery joue le rôle de noviciat, accueillant les candidats du Québec et des Etats-Unis. Entre 1927 et 1948, ce noviciat connaîtra pas moins de 152 prises d’habits, dont la moitié persévérera. Beaucoup de frères convers sont reçus, mais peu resteront définitivement. Le noviciat terminé, les religieux rejoignent le Vieux Continent, pour effectuer leur formation dans les scolasticats belges et français. Revenant en Amérique, ils sont surtout affectés à Worcester et New York, à moins qu’ils ne soient chargés de la formation des novices.
Le rayonnement assomptionniste est somme toute assez limité. La priorité étant donnée à la formation des novices, les religieux ont peu d’activités à l’extérieur. Le P. Staub se consacre presqu’entièrement au suivi des Sœurs de Ste Jeanne d’Arc et meurt en 1936.
Le découpage en Provinces crée en 1923 un Vicariat d’Amérique du Sud, comprenant le Chili et l’Argentine. Résidant à Buenos Aires, le P. Séraphin Protin en est le premier supérieur, avant d’être relayé en 1929 par le P. Zénobe Goffart, basé au sanctuaire de Lourdes. Il occupera cette fonction jusqu’en 1953.
Séraphin (François) Protin (1876-1946) |
Il naît le 24 janvier 1876 à Fillièvres, dans le Pas-de-Calais. Il entre au noviciat de Livry en 1892. Compagnon du P. Merklen à Louvain de 1900 à 1913, il est lui aussi écarté. C’est en Argentine qu’il déploie son zèle apostolique. Vicaire d’Amérique du Sud de 1923 à 1929, il est rappelé en France pour devenir Provincial de Bordeaux (1929-1933). Victime d’ennuis de santé, il se remet et devient administrateur de la Bonne Presse jusqu’en 1945. Il doit prendre du repos à Pont-l’Abbé d’Arnoult où il meurt le 28 juillet 1946. |
Après une phase d’expansion rapide, la mission chilienne connaît quelques années de stabilité. Les églises Nuestra Señora de Lourdes et La Asunción de Los Andes sont érigées en paroisses, respectivement en 1923 et 1929, alors que Talacahuano est rendue au diocèse en 1924. Trois religieux la desservant meurent en effet de la fièvre typhoïde en quelques années, l'Assomption préfère partir. Située dans un milieu ouvrier, la paroisse de Lota se trouve, quant à elle, en pleine zone de turbulences. Car cette époque s’accompagne d’un durcissement des luttes ouvrières et d’une montée du socialisme. Au cours d’une manifestation violemment réprimée par la police, le P. Bruno Delpouve, qui se tenait tranquillement dans le presbytère, est ainsi tué en 1921 par une balle perdue.victoire d’une coalition radicale-socialiste aux élections de 1924 aboutit l’année suivante à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mais contrairement à ce que l’on craignait, il n’y aura ni persécution religieuse ni expulsion des prêtres étrangers. La situation deviendra même plus calme pour l’Eglise, c’est la fin du système du patronat et des « querelles théologiques ».
Sanctuaire ND de Lourdes à Santiago, détruit par le séisme de 1927
Déjà désorganisé par une situation politique plutôt confuse, le pays est touché de plein fouet par la crise de 1929. Les religieux organisent de grandes soupes populaires pour faire face au rationnement et nourrir leurs paroissiens. Ils doivent même élever des abeilles pour produire du miel qui remplace le sucre au prix devenu prohibitif. Les communautés et les églises ne sont pas non plus épargnées par les évènements. Un tremblement de terre détruit en 1927 le sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes, un autre en 1939 détruit cette fois les églises de Concepción et de Lota. Reconstruits, les édifices seront antisismiques, mais l’addition est salée pour la Province de Bordeaux qui peut heureusement compter sur ses bienfaiteurs. Les travaux seront longs, la nouvelle basilique de Lourdes ne sera ainsi achevée en 1958.
Ne pouvant plus compter sur des renforts venus de France, les religieux sont obligés de recruter sur place. Leur préoccupation d’abord pastorale et missionnaire ne leur donne pas le temps nécessaire à y accorder, mais l’insistance des Européens aboutit à la troisième tentative d’implantation d’un alumnat en terre chilienne. Inauguré en 1928 à Lourdes, il se déplace deux ans plus tard à Mendoza où il restera jusqu’à sa fermeture en 1967. Les alumnistes sont bientôt une trentaine, les quatre premiers postulants s’embarquent pour le noviciat de Pont-l’Abbé d’Arnoult en 1934. L’Assomption chilienne a enfin assuré sa survie, 34 prêtres et 3 frères convers sortiront de Mendoza.
Devant l’importance que continuent à prendre les pèlerinages à Santos Lugares, l’archevêque de Buenos Aires décide en 1920 l’érection du sanctuaire en paroisse, avec le P. Antoine Silbermann comme premier curé. L’année suivante voit la pose officielle de la première pierre de la future basilique, inspirée de celle de Lourdes mais en beaucoup plus grand. La crypte est terminée en 1925, il faudra attendre plus d’une vingtaine d’années pour voir l’achèvement complet de la basilique supérieure. La construction est en effet largement retardée par le manque d’argent et la grande crise économique des années 30. La basilique ne sera terminée qu’en 1937 et les tours latérales en 1967. Cela ne décourage par les Argentins qui s’y rendent en masse. Beaucoup d’Argentines veulent y faire baptiser leurs enfants : entre 1911 et 1949, on compte plus de 45 000 baptêmes ! L’industrialisation de la ville gonfle sa population, de nouveaux quartiers naissent et la paroisse de la basilique grandit démesurément. Les Assomptionnistes prennent ainsi part à la rénovation ou la construction de nouvelles églises, dans les quartiers Saenz Peña et de Caseros. Mais pauvres en effectifs, ils en laissent la charge au diocèse. Par ailleurs, les religieux développent à l’ombre de la basilique une petite école primaire, le collège Notre-Dame de Lourdes. Des cours du soir y sont aussi dispensés pour des garçons souhaitant apprendre un métier. Enfin, en 1932, le P. Pierson lance une Union des Malades, affiliée à l’union du même nom existant en Europe. Il s’agit d’encourager la venue des malades au sanctuaire et de collecter des fonds pour eux.
La seconde communauté assomptionniste, située à Belgrano, se consacre plutôt aux œuvres sociales. En lien avec des Sœurs de Saint-Anne, le P. Heitman crée en 1924 l’Académie Sainte-Thérèse. Celle-ci est une école commerciale qui permet à des jeunes filles d’apprendre un métier dans des domaines aussi variés que la comptabilité, la dactylographie, les langues étrangères, la couture, la cuisine… Grâce au dévouement des religieuses et de mécènes fortunés, l’enseignement dispensé y est gratuit, ce qui permet l’admission de plus de 250 élèves. En 1926, son successeur lance l’Académie Saint-Martin, qui dispense des cours du soir à plus de 300 jeunes gens. Le niveau de vie du quartier s’élève peu à peu, grâce aux efforts des communautés religieuses qui y sont présentes. En 1937, une bienfaitrice construit de nouveaux bâtiments pour l’école primaire, le Colegio Manuel d’Alzon, ce qui laisse les installations précédentes libres. Ce sera pour la quatrième œuvre d’envergure de Belgrano, l’Académie San Roman. Pendant de l’Académie Sainte-Thérèse, elle s’adresse à des garçons à qui elle dispense des cours du soir en vue d’une future activité professionnelle.
La communauté de la rue Lavalle a, quant à elle, vocation d’être proche des milieux aisés de la capitale argentine. Siège du Noël argentin, sa bonne réputation permet au P. Séraphin Protin d’occuper une chaire dans chacune des deux facultés de la ville. Une libraire catholique y est lancée, son existence sera cependant éphémère. A cause d’un loyer trop élevé, les religieux doivent se replier en 1929 rue Saenz Peña. Apprenant la cause de ce déménagement, de riches familles se proposent alors d’offrir aux religieux un nouveau terrain sur lequel ils pourraient édifier une église. Le terrain est donc mis à leur disposition en 1930 et trois ans plus tard, l’église Saint-Martin de Tours peut accueillir ses premiers fidèles. La communauté de Saenz Peña s’installe dans la résidence construite à côté. Nommé patron de la ville par les colons espagnol, l’évangélisateur des campagnes gauloises ne disposait pourtant pas de sanctuaire à Buenos Aires. Il y avait donc une opportunité à saisir. De taille modeste, l’église a cependant l’honneur d’accueillir une relique du saint en 1935, lors de grandioses célébrations.
Les œuvres assomptionnistes d’Argentine acquièrent une certaine dimension, mais les ouvriers ne sont que 15. Il devient très vite important de recruter localement pour pouvoir continuer la mission. Un premier noviciat est inauguré en 1926, dans le presbytère de Santos Lugares. Mais le manque de personnel l’oblige à se déplacer au Chili où il ne durera pas. C’est sans doute la raison pour laquelle les Argentins répugneront à entrer à l’Assomption, 5 seulement jusqu’à la guerre.
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