Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 9

De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

 

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Brésil

La fondation de l’Assomption au Brésil commence par une désillusion argentine… L’archevêque de Buenos Aires, le cardinal Santiago Luis Copello (1880-1967), demande en effet aux Assomptionnistes de fonder dans sa ville un groupe de presse catholique, dont le navire amiral serait un quotidien nommé La Cruz. Le P. Chérubin Artigue, de la Bonne Presse, est alors envoyé en Amérique du Sud en 1935, mais le projet est finalement abandonné. Il faut dire que confier une telle responsabilité à des religieux étrangers ne connaissant ni la langue ni l’histoire et ni les mentalités locales s’avère quelque peu incertain. Mais le religieux ne se décourage pas et s’oriente vers le Brésil. Il prend contact avec l’archevêque de Rio de Janeiro, le Cardinal Sebastiao Leme. Celui-ci le reçoit très bien mais diffère le projet qui ne verra jamais le jour. Le P. Chérubin Artigue s’installe provisoirement dans un collège des Frères Maristes, où il est rejoint par deux religieux hollandais.
Car une fondation au Brésil était déjà dans l’air du temps. Les Religieuses de l’Assomption tiennent un collège à Rio depuis 1911 et le Cardinal Leme avait depuis longtemps sollicité le P. Gervais Quenard pour une fondation. Le chapitre général de 1935 la prévoit, en y incluant la participation de religieux de la Province de Hollande qui compte alors de nombreux jeunes prêtres. La courageuse installation du P. Artigue ne fait donc qu’anticiper ce qui avait été prévu. A partir de 1936, d’autres religieux bataves arrivent au Brésil et constituent leurs propres œuvres. Car il est prévu dès le début que chaque Province travaille dans un territoire qui lui serait propre, selon la stratégie missionnaire de l’époque. Rejoints par deux autres religieux français, les pionniers emménagent en 1937 dans une modeste résidence, avant de s’établir l’année suivante rue Senador Vergueiro. Ils y édifient une chapelle inaugurée l’année suivante, le jour de la Trinité qui donne son nom à l’édifice. C’est l’embryon de la future paroisse assomptionniste.

Afrique et Asie

Chine

Chassée d’Orient, la Province de Lyon poursuit son aspiration missionnaire. Le P Zéphyrin Sollier, termine sont rapport au chapitre provincial de 1934 par l’exhortation du Christ : « Si l’on vous persécute dans un pays, fuyez dans un autre » (Mt 10,23). Le Chapitre Provincial confie alors la mission au Provincial de trouver un nouveau terrain de mission, ce sera la Mandchourie. La proposition initiale vient d’un missionnaire français, le P. Lacquois, ancien de l’alumnat du Breuil qui rêve de voir l'Assomption venir le rejoindre en Mandchourie.

Zéphyrin (Joseph) Sollier (1883-1954)

Né à Saint-Martin de Belleville, en Savoie, en 1883, il entre au noviciat de Livry en 1891, puis il connaît l’Orient de 1903 à 1925 en Turquie, Bulgarie, Roumanie et Russie, avant d’être nommé supérieur à Miribel (1925-29), Provincial de Lyon (1929-38) et de Bordeaux (1938-46). Il assure ensuite un ministère à Marseille (1949-52) et termine sa vie à Lorgues où il meurt le 10 novembre 1954.

 

 

La zone est sous la responsabilité des Missions Etrangères de Paris (M.E.P.), un contrat est signé en septembre 1935 avec le vicaire apostolique de Kirin, Mgr Gaspais, lui aussi des M.E.P. Les Assomptionnistes s’engagent à y construire un grand séminaire pour former le clergé local de toute la Mandchourie ainsi qu’à installer une œuvre importante à Hsin King, la capitale. Ce pourrait être un collège qu’il faudrait débuter le plus rapidement possible. Et au bout de quelques années, ils hériteraient d’un territoire de mission, autour de la ville de Harbin. Pour favoriser le clergé indigène, il leur est interdit de recruter parmi les élèves du grand séminaire, mais seront libres plus tard à Harbin.
Les deux premiers missionnaires sont les PP. Cyrille Paratte et Amarin Mertz qui arrivent à Kirin le 21 novembre 1935. Logeant chez les M.E.P., ils se consacrent principalement à l’apprentissage de la langue. Ils s’aperçoivent cependant très vite que le collège ne pourra jamais voir le jour. Une loi promulguée par les Japonais impose en effet la gratuité de l’enseignement tout en refusant les subventions aux établissements privés. Cette mesure rendrait beaucoup trop coûteux le fonctionnement du collège, l’idée en est abandonnée.
C’est donc le séminaire qui sera l’activité principale des religieux, qui sont déjà 11 en 1938. A peine ordonnés, les jeunes prêtres remplis d’enthousiasme sont envoyés « par-delà les mers », sans se douter du sort qui leur sera réservé. Le responsable du groupe est le P. Flavien Senaux, tout juste arrivé de Roumanie.
Les imprévus et les ennuis divers se succèdent pendant plusieurs années, la construction du séminaire de Hsin Kin ne peut débuter qu’en 1938. Entre le retour subit en Europe de l’entrepreneur, la procédure complexe imposée par l’administration locale et les dévaluations successives du franc qui font grimper le coût de la construction, les religieux ne sont pas épargnés. L’autorisation finit par être accordée, les travaux peuvent commencer. Mais le gouvernement a fixé le nombre maximal de séminaristes à 60, ce qui limitera le nombre d’entrées au séminaire pendant plusieurs années. En même temps, tous les futurs prêtres mandchous doivent passer par ce séminaire, ce qui est une manière de limiter le nombre de prêtres : on se méfie de cette étrange religion européenne.
En attendant l’ouverture, les religieux ne restent pas inactifs. Certains donnent des cours dans les petits séminaires des M.E.P. à Kirin et à Moukden, tandis que d’autres s’installent à Kirin où ils desservent la cathédrale. En 1939, c’est leur première implantation propre dans une paroisse du futur territoire de mission. Shuang Ch’eng est située à 30 km de Harbin, au centre d’un district de 5 000 km2 qui compte 300 chrétiens. Les PP. Anselme Austal et Livier Pierron ne vivent pas dans le luxe : tout paraît à l’abandon, il n’y a ni registres paroissiaux ni titres de propriété alors que les dettes sont, elles, bien réelles. La mission s’annonce difficile…

Tunisie et Algérie

A la Mandchourie va s’ajouter la Tunisie à partir de 1934. L’archevêque de Carthage, Mgr Lemaître, a en effet sollicité le P. Quenard pour que les Assomptionnistes viennent s’installer dans son diocèse. Les catholiques sont relativement nombreux dans le pays, tous sont des Européens (Français, Italiens ou Maltais) venus s’implanter dans ce protectorat français. Initialement, les religieux devaient y développer les œuvres de presse, mais celles-ci seront vite abandonnées, remplacées par l’urgence du ministère paroissial.
Deux religieux, les PP. Tite Giraudo et Eusèbe Lavigne, ancien rédacteur à La Croix franchissent donc la Méditerranée en octobre 1934 et arrivent à Tunis. Mais au lieu de mettre en œuvre leurs talents de journalistes, les religieux prennent la responsabilité de la paroisse Notre-Dame de Bellevue. Celle-ci regroupe une population estimée à 10 000 personnes, avec quatre succursales et une multitude d’œuvres paroissiales. D’autres missionnaires les rejoignent et se mettent également au service des paroisses. Ils sont envoyés à Mégrine, sur une colline surplombant Tunis, où ils inaugurent une église dédiée à Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus. A Ben Arous, ils héritent d’un modeste poste paroissial qu’ils agrandiront par la suite. A la veille de la guerre, la présence assomptionniste est embryonnaire, mais son développement suivra la fin des hostilités.


 

 

 

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