De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
L’Œuvre de Notre-Dame des Vocations subit les conséquences directes de la guerre. Tout d’abord par les mobilisations qui touchent les religieux et les vocations tardives. Les maisons de Blou, Montéchor et Saint-Denis sont ainsi vidées de leurs occupants. Maintenant situées en territoire allemand, les maisons de Scy et de Scherwiller sont fermées et occupées pour d’autres activités. Les enfants sont envoyés à Saint-Albin-de-Vaulserre près de Miribel où ils resteront pendant dix mois. Le retour à la France de l’Alsace et de la Moselle étant alors hypothétique, il est décidé de les renvoyer chez eux, pour éviter qu’ils ne soient séparés définitivement de leurs parents. Mais un nouvel alumnat est organisé à Nozeroy, laissé vide par ses novices envoyés à Pont-l’Abbé d’Arnoult. Il permet de maintenir une présence dans la maison, pour éviter qu’elle ne soit réquisitionnée.
Au Nord, la situation n’est pas sans rappeler ce qui s’était passé vingt-cinq ans auparavant. Comme Clairmarais, Le Bizet doit être évacué, avant que ses bâtiments ne servent de refuge aux étudiants de Louvain. Saint-Denis finira par être détruit par les bombes en 1944, sonnant le glas d’une œuvre qui aura été si féconde pour l’Assomption. Une nouvelle fois, la maison d’Arras héberge un alumnat provisoire qui dure quelques mois en 1940, avec de nouvelles recrues qui sont envoyées au Sud du pays, puis entre 1943 et 1944, une fois la France totalement occupée. Mais les bombardements de cette même année endommagent la maison Saint-Antoine et les enfants sont rapatriés à Montéchor. La situation est encore plus complexe à Soisy : à peine inauguré, l’alumnat doit être vidé, réquisitionné par les Allemands. Elèves et professeurs se déplacent temporairement à Champronay et sont rejoints par une soixantaine de collégiens des alentours. Ils peuvent reprendre possession de la maison en 1941, qui devient de plus en plus peuplée. Les humanistes restent sur place et le chiffre des élèves atteint 130. L’alumnat de Saint-Maur est lui aussi en zone occupée mais ne peut plus envoyer ses alumnistes à Cavalerie. Ils restent donc sur place puis rejoignent Blou, laissé vide par le départ des vocations tardives.
Les alumnats de la zone libre échappent eux aux menaces de réquisition ou de destruction. Ils accueillent par ailleurs les enfants des alumnats de Nord qui s’y sont réfugiés. Davézieux et Vérargues servent ainsi de refuge à ceux du Bizet ou de Clairmarais, puis aux novices de la Province de Paris. Cavalerie, qui n’est plus alimenté par Saint-Maur, héberge lui aussi les novices de l’Est et de Paris, entre 1941 et 1944. L’invasion de la zone libre par les troupes allemandes en 1943 ne changera pas beaucoup la situation. Dans tous ces alumnats, comme dans le reste du pays, la vie est difficile durant cette période de guerre. Mais situés à la campagne, les alumnats ont la chance de pouvoir cultiver leurs propres légumes, parfois élever leurs petits troupeaux, ce qui permet d’enrichir la ration quotidienne.
Rémi (Victor-Clément) Kokel (1886- |
Né à Oye dans le Pas-de-Calais le 17 janvier 1886, il prend l’habit à Louvain en 1903. Secrétaire particulier du P. Bailly (1913), il est maître des novices (1919-23) puis premier Provincial de Belgique-Hollande. Il est assistant général de 1929 à 1946. Provincial de Paris en 1946, il repart à Rome pour y être procureur général (1948-1964). A la fin de son mandat, il devient aumônier des Oblates du Mesnil Saint-Denis, où il meurt le 30 novembre 1973. |
A la libération, la vie peut reprendre son cours et les alumnats retrouver leurs activités d’avant guerre. L’Œuvre des Vocations Tardives peut reprendre, à Blou et à Montéchor puisque la maison de Saint-Denis n'existe plus. Les maisons du Bizet (en partie détruite par l’explosion d’un dépôt de munitions) et Clairmarais (endommagée par l’explosion d’un missile V 1) sont elles aussi lourdement touchées. Deux nouveaux alumnats voient le jour dans l’immédiat après-guerre, conséquence directe des évènements.
En effet, le noviciat de Nozeroy doit être rendu à ses occupants, les novices de l’Est. Plutôt que d’éloigner les enfants de leur région, la Province décide de créer pour eux un nouvel alumnat. Il s’établit dans un château à Vellexon, en Haute-Saône, qui n’est autre que le village natal du fondateur des Petites Sœurs de l’Assomption. L’alumnat Etienne-Pernet ouvre donc ses portes en 1947, prêt à recevoir des jeunes franc-comtois. Quant au Bizet, il ne dépend plus de la Province de Paris, il est décidé d’implanter un nouvel alumnat de grammaire dans le Nord de la France : Soisy seul ne suffit plus à alimenter Clairmarais. Il s’établit à Lambersart, à proximité de Lille, dans une propriété de 4 hectares. Le château originel est transformé, et le P. Rémi Kokel, Provincial de Paris, a la joie d’inaugurer la nouvelle maison en 1948. Après Sainghin, Courtrai et le Bizet, l’alumnat Notre-Dame de Grâces connaît sa quatrième implantation. Enfin, en 1951, Melle rouvre après seize années d’interruption. Il s’agit cette fois de ne plus se limiter au Poitou, mais d’élargir le recrutement en Anjou et surtout en Vendée.
Alumnat de Davézieux
Les novices de Paris sont envoyés à Vérargues. Privé du recrutement de Miribel (zone libre), le noviciat de Nozeroy est déplacé à Pont-L’Abbé d’Arnoult (zone occupée), sous la conduite des PP. Broha, Escoubas puis Jaïn. Pour éviter la réquisition de l’ancien noviciat lyonnais, un groupe d’alumnistes vient occuper les murs. Un autre noviciat provisoire s’ouvre dans l’alumnat de Cavalerie, il accueille des novices des trois Provinces se retrouvant en zone libre.
Athanase (Henri) Sage (1896-1971) |
Il voit le jour le 20 août 1896 à La-Tour-du-Pin (Isère) et prend l’habit à Lumières en 1919. De 1927 à 1953, il est professeur ou supérieur de maisons d’études, à Scy-Chazelles, Lormoy, de nouveau Scy, Lyon et Valpré. Déchargé de tout enseignement à partir de 1953, il se consacre à l’étude de la spiritualité augustinienne et à l’histoire de l’Assomption. Il édite notamment les Ecrits Spirituels du P. d’Alzon, livre de chevet de tout novice assomptionniste. Il meurt à Lorgues le 13 août 1971. |
Parce que située en Moselle, la maison de Scy doit être évacuée. Les Essarts ne connaissent pas un meilleur sort et le gardien des lieux, le P. François d’Assise Becquante, ne peut empêcher un premier démembrement du domaine. Philosophes et théologiens doivent être répartis dans deux maisons, Lormoy pour la zone occupée et Layrac pour la zone libre. Par mesure de prudence, les religieux étudiants anglais, américains ou canadiens ont été envoyés en zone libre, à Chanac puis à Nîmes où ils suivent les cours au grand séminaire. La suppression de la zone libre les oblige à regagner leur pays, un noviciat et un scolasticat anglais sont établis à Bindon House.Le P. Athanase Sage doit gérer la vie quotidienne dans un Lormoy peuplé de plus d’une centaine d’étudiants, dans des conditions difficiles, avec des restrictions alimentaires, sans chauffage en hiver. Des étudiants cultivent des légumes dans le parc et font le tour de la Beauce pour trouver de quoi se nourrir. C’est l’heure des initiatives judicieuses, comme celle du jeune frère bulgare Pavel Djidjov qui se lance dans l’élevage de moutons ! On ajoute à tout cela les difficultés causées par la mobilisation des religieux, ou bien leur détention dans les camps de prisonniers allemands. Pendant cette guerre, le P. Fulbert Cayré poursuit son labeur. Il obtient en 1942 l’affiliation de l’Institut Missionnaire Saint Augustin de Lormoy à l’Institut Catholique de Paris, ce qui permet de reconnaître les études qu’y effectuent les jeunes théologiens. Ce n’est pas sa seule œuvre, puisqu’avec plusieurs membres de l’équipe professorale, il assure le fonctionnement du Centre des études augustiniennes, lancé en 1943.
Après la guerre, la vie peut reprendre son cours normal. Pont-L’Abbé d’Arnoult poursuit ses activités ininterrompues tandis que Nozeroy rouvre comme noviciat en 1947. Quant à la maison des Essarts qui a durement souffert des bombardements, elle peut de nouveau accueillir les novices de la Province de Paris. Les effectifs des noviciats vont grimper jusqu’en 1950 (pour atteindre 45 novices de chœur), puis baisser progressivement et se stabiliser autour d’un chiffre de 30. Parmi les maîtres des novices de l’époque, citons aux Essarts les PP. Pierre Coulet (1946-50) et Edmond Barthez (1950-53), à Nozeroy le P. Christophe Figuet (1947-1952) et à Pont-l’Abbé d’Arnoult les PP. Calixte Boulesteix (1947-1950) et André Tournellec (1950-1952).
Les maisons de philosophie et de théologie sont, quant à elles, organisées différemment d’avant-guerre. Le processus d’autonomisation connaît une étape supplémentaire : en 1946, Scy, Lormoy et Layrac deviennent les maisons d’études propres à chaque Province. Chacune de ces communautés doit essayer de reconstituer son propre corps professoral. L’après-guerre voit généralement un afflux dans les maisons d’études, donnant l’impression que les effectifs des congrégations vont s’accroître de plus en plus. Mais souvent, il s’agit de vocations n’ayant pu entrer dans la vie religieuse du fait de la guerre, ou de religieux mobilisés ayant dû interrompre leur formation. En 1947, sur les Provinces françaises, les philosophes sont 75 et les théologiens 110. Il devient nécessaire de trouver d’autres maisons, c’est pourquoi on achète une grande propriété à Ecully, dans la banlieue de Lyon.
Entrée du noviciat de Pont-L’Abbé d’Arnoult
[50] Polyeucte GUISSARD, Histoire des Alumnats, le sacerdoce des pauvres, Bonne Presse, 1954.
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