De l'Assomption indivise à l'Assomption des Provinces (1845-1952).
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Les trois orphelinats sont affectés différemment par la seconde guerre mondiale. Les habitants des villes sont dépendants du rationnement et doivent subir la pénurie.
Marie-Michel (Gustave) Cornillie |
Né à Armentières (Nord) le 23 avril 1896, il entre en 1921 au noviciat de Saint-Gérard. Professeur au collège de Sens (1925-30), il est envoyé à St Christophe de Javel où il devient aumônier fédéral J.O.C. de Paris-Nord. Après un passage à Arras en 1938 et 1941, il fait partie des fondateurs de la Cloche (1941-51), avant de retourner à Javel. Après un passage à Soisy, il est aumônier des Orantes à Bonnelles. Il meurt à Soisy le 27 janvier 1981. |
Mobilisation, réquisitions et bombardements sont aussi le lot quotidien des communautés, qui y résistent plus ou moins. Ainsi, la maison de Douvaine sera occupée à deux reprises : en 1940 par l’armée italienne puis en 1944 par l’armée allemande. Les dégâts les plus importants seront constatés à la ferme de Saint-Joseph du Lac, occupée à la fin de la guerre par les maquisards. Des religieux font partie d’un réseau de résistance qui permet à des hommes poursuivis par la Gestapo de passer en Suisse. Arrêté par les Allemands, le P. Christophore Figuet, supérieur jusqu’en 1946, sera finalement relâché. L’orphelinat de Toulouse est quant à lui réquisitionné pour être transformé en hôpital. Mais les blessés ne viendront jamais. Le P. Adéodat Dugachard, supérieur de 1940 à 1946, doit gérer la situation. Les orphelins sont dans un premier temps regroupés au château de Viviès, situé à une trentaine de kilomètres de la ville, lieu de la colonie de vacances de l’orphelinat. Ils pourront par la suite regagner la Grande-Allée. Les cultures de Viviès ainsi que les kermesses organisées par les dames patronnesses permettront de survivre jusqu’à la Libération.
Quant à l’Orphelinat du Père Halluin, il est une nouvelle fois touché par l’épreuve de la guerre, à l’image du Nord de la France. La déclaration de guerre surprend les orphelins alors qu’ils se trouvent dans leur colonie de vacances, à Merlimont-Plage. Les plus petits sont envoyés dans la maison de Montéchor, vidée par les vocations tardives, et tous doivent affronter le rigoureux hiver. En janvier 1941, le calme revenant, tous peuvent revenir à Arras mais l’orphelinat a durement souffert des bombardements : plus de 2000 vitres ont ainsi volé en éclat ! Un alumnat provisoire est également implanté pour la troisième fois dans la maison Saint-Antoine, sise à côté de l’orphelinat.
Il accueille les enfants recrutés qui ne peuvent plus se rendre au Bizet, détruit par les combats. La vie est rude dans la zone occupée, le supérieur et son adjoint, respectivement les PP. Michel Cornillie et Wandrille Rocchiccioli sont arrêtés et détenus par les Allemands. Le second sera relâché, mais le premier devra s’enfuir pour vivre dans la clandestinité ! C’est le P. Vincent de Paul Grimonpont qui prend alors la relève jusqu’en 1946, puis de 1949 à 1958 (avec un intérim de trois ans du P. Rodolphe Martel) . La fin de la guerre apporte aussi son cortège de malheurs : la maison est bombardée trois fois en mai 1944. Les 260 orphelins doivent fuir et sont répartis dans d’autres établissements. Ils peuvent revenir en novembre, mais les coûts de la reconstruction sont énormes.
Comme si cela ne suffisait pas, un incendie éclate en octobre 1946 à l’orphelinat Halluin et la reconstruction n’est possible que grâce à une souscription populaire d’envergure. Mais l’absence de statut officiel et la non-reconnaissance de l’établissement comme étant d’utilité publique empêchent les subventions publiques et il n’est pas possible de reconstruire tout ce qui a été détruit. Il faut donc diminuer le nombre des orphelins et supprimer pendant quelques années l’apprentissage professionnel.
A Douvaine, les religieux se rendent compte que l’insertion des orphelins dans la société est de plus en plus difficile. Car l’agriculture a besoin de moins de main d’œuvre tandis que d’autres jeunes trouvent des emplois plus citadins. Sous la direction du nouveau supérieur, le P. Paul-François Bethaz, qui a pris la responsabilité de l’établissement en 1946, l’Orphelinat décide de confier le domaine agricole à un chef de culture. La section de jardinage se maintient mais ne concernera plus que les enfants intéressés par l’agriculture. Les autres seront dirigés vers d’autres filières. A la Grande-Allée enfin, des handicapés mentaux légers, disposant de leur deux parents, commencent à être accueillis au début des années 50. Cela demande un travail de formation préalable. Le P. Jean Ramond, supérieur de 1948 à 1953, qui a succédé au P. René Gaury, milite dans ce sens et obtient l’habilitation de la maison pour recevoir ce type d’enfants.
Les membres de la Curie généralice sont, pour leur part, forcés de demeurer en France pendant toute la guerre, tandis que les services des œuvres généralices voient leur fonctionnement profondément perturbé. Plusieurs Pèlerinages Nationaux doivent être annulés pendant que quelques publications, dont La Croix peuvent reparaître, mais après avoir fui en zone libre, à Limoges.
L’après-guerre est marqué par la réinstallation d’une communauté rue François Ier. Laissés libres par la fin de l’œuvre de la Sainte Croix, les locaux peuvent être réinvestis, d’abord par la Curie Généralice qui retrouve en 1945 sa résidence d’avant les expulsions. Mais ce passage n’est que transitoire et elle regagne Rome l’année suivante. Ne restent plus que quelques religieux dont l’économe général, le P. Eudes Hanhart – il a succédé au P. Antonin Coggia en 1944 - qui demeure à Paris pour suivre de près les affaires de la Bonne Presse. La maison va cependant vite se remplir avec l’arrivée en 1948 des religieux des Etudes Byzantines qui s’y regroupent après avoir été chassés de Bucarest. Ayant récupéré leur précieuse bibliothèque, ils sont bientôt rejoints par les religieux de la Communauté N.D. du Salut. L’économe général et ses services prennent, quant à eux, la direction de l’avenue Bosquet.
Comme le reste de l’Assomption, la Bonne Presse se retrouve coupée en deux pendant la seconde guerre mondiale. Une partie des rédacteurs trouve asile en zone libre, à Bordeaux puis à Limoges où La Croix et La Croix du Dimanche peuvent reprendre leur parution. Le Pèlerin, Bayard ou Bernadette peuvent également continuer, sous de nouveaux noms. Ils s’appelleront respectivement Le Foyer, Jean et Paul et Marie-France. Plutôt que de cesser de paraître ou d’entrer dans la voie de la collaboration, tous ces journaux essaient de résister en continuant leur mission d’information, ce qui leur vaut de ne pas être épargnés par la censure. Dans la capitale occupée, René Berteaux, devenu en 1940 le Président du Conseil d’Administration de l’entreprise, lutte pour éviter la réquisition des locaux par les Allemands. De nombreuses publications doivent être arrêtées, mais les ateliers parviennent à tourner au ralenti en éditant livres et revues au compte-gouttes.
De fortes pressions existent de la part de l’occupant pour que La Croix revienne à Paris, mais Alfred Michelin, directeur, et les Assomptionnistes refusent pour préserver l’indépendance du journal. Jusque 1941, ils paraissent d’accord avec les fondements de la Révolution Nationale prônée par le Maréchal Pétain (« Travail, Famille, Patrie »), mais déchantent progressivement. Après l’invasion de la zone libre, La Croix, qui ne tire plus qu’à 40 000 exemplaires, décide de ne pas se saborder pour poursuivre sa résistance voilée au régime. Recherché par les nazis qui l’avaient placé sur la liste des personnalités à abattre en raison de ses prises de position contre le régime hitlérien et de sa fonction de Président de l’Association Internationale des Journalistes Catholiques, le P. Merklen doit se cacher à Chanac, Cavalerie puis Layrac. D’autres rédacteurs de la Bonne Presse participeront de manière active aux mouvements de résistance du Sud de la France.
A la Libération, Alfred Michelin et plusieurs rédacteurs de La Croix sont inquiétés. On les accuse d’avoir collaboré avec l’ennemi en poursuivant la diffusion du journal depuis Limoges, alors que d’autres quotidiens nationaux avaient cessé de paraître. L’honneur du journal finit par être lavé et il peut reparaître en janvier 1945.
Gunfrid (Emile) Gabel (1908-1968) |
C’est à Drusenheim, dans le Bas-Rhin qu’il voit le jour, le 1er septembre 1908. Il entre au noviciat de Taintignies en 1925. Professeur de théologie à Lormoy de 1934 à 1943, il est ensuite directeur des Editions de la Bonne Presse. Successeur du P. Merklen à La Croix en 1949, il doit laisser la place en 1955. Nommé secrétaire général de l’Union internationale de la Presse Catholique, il meurt dans un accident d’avion à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) le 5 mars 1968. |
Mais les heures fastes de l’avant-guerre sont passées. Le quotidien n’a
pas changé sa formule et ressemble trop à un journal d’avant-guerre, sa diffusion
plafonne à 75 000 exemplaires en 1949. Une nouvelle presse catholique a fleuri
au lendemain de la guerre et plusieurs concurrents sont apparus : L’Union
des Œuvres (groupe Fleurus), qui édite les revues de jeunesse Cœurs
Vaillants et Ames Vaillantes, en lien avec l’A.C.E.
[51], Témoignage Chrétien qui devient la référence des intellectuels catholiques et surtout La Vie Catholique Illustrée, lancée en 1945, beaucoup plus engagée et plus moderne que Le Pèlerin.
Celui-ci apparaît comme trop familial, trop consensuel, pas assez en phase avec la société en marche. C’est toute l’entreprise qui va devoir s’adapter à cette nouvelle époque, sans quoi elle serait condamnée. L’acquisition par René Berteaux d’un vaste terrain à Montrouge où l’imprimerie finira par être délocalisée est un premier signe de redressement. Pour le reste, ce sera l’affaire des rédacteurs, notamment du P. Emile Gabel qui succède à P. Merklen, mort en 1949.
Comme lors de la première guerre mondiale, le Pèlerinage National doit être suspendu en 1939 et 1940. Il faut attendre 1941 pour le voir reprendre. L’année suivante, les pèlerins s’y pressent, on en comptera près de 50 000, encore faut-il noter qu’ils ne viennent que de la zone libre ! Parallèlement, un rassemblement des malades et hospitaliers de la région parisienne s’organise autour de Notre-Dame de Longpont. La guerre terminée, les foules se pressent à Lourdes pour fêter la victoire sur le nazisme. En 1945, les pèlerins sont près de 60 000 et l’Hospitalité prend en charge de nombreux blessés de guerre. La France entre alors dans une période où tout est à reconstruire : les maisons bien sûr, mais aussi l’Etat, l’économie et l’ensemble de la société. L’ambition du National est de prendre part à cette œuvre, en « prenant en charge la reconstruction spirituelle de la France ».
C’est au P. Lechat que revient la direction des pèlerinages. En ces années où l’on insiste beaucoup sur la vie paroissiale, le National et Notre-Dame de Salut cherchent aussi à se positionner face à une Action Catholique devenue la référence en terme d’apostolat des laïcs. L’Association s’en voit comme un membre précurseur pour y jouer un rôle d’auxiliaire. Se définissant plutôt comme « œuvre de piété », sa vocation missionnaire s’adresse à tous, sans distinction d’appartenance à un secteur spécialisé de la société.
En 1943, le Supérieur Général des Ermites de Saint-Augustin confie à l’Assomption la direction de tout le Tiers-Ordre augustinien en France. La guerre n’empêche pas la parution du bulletin du mouvement et de nouveaux groupes voient même le jour durant le conflit. Mais après la mort du P. Marie-André Pruvost, la revue devient de plus en plus irrégulière, cessant même par moment de paraître. Cela témoigne d’un intérêt moindre pour l’œuvre, même si les groupes locaux continuent à fonctionner. Vers 1950, il rassemble environ un millier de personnes. Pouvant lui aussi apparaître comme un précurseur des mouvements de laïcs, il commence lentement à se retrouver en concurrence avec les mouvements d’Action Catholique qui ont le vent en poupe. L’heure est beaucoup plus à la conquête des milieux spécialisés, qu’à la formation spirituelle ou culturelle des chrétiens. Le mouvement noëliste connaît la même difficulté à l’heure où se développent la J.A.C.F. et la J.I.C.F. Le P. Marie-Etienne Point, qui en est le directeur depuis 1935, échappe de peu à l’absorption mais doit faire face à la disparition de nombreux comités diocésains. En 1941, en pleine zone occupée, paraît néanmoins une nouvelle revue du mouvement, intitulée Eaux Vives, qui a depuis lors perduré.
[51] Action Catholique des Enfants, mouvement auquel collaborent par ailleurs plusieurs religieux à titre individuel.
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Réalisation: Avenir Internet |
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