INTRODUCTION DU SUPERIEUR GENERAL

 

Encore des textes! Vous avez entre les mains l'édition des documents de notre récent Chapitre général. Les Capitulants ont souvent dit: "La vie avant les mots, le cœur avant la plume, la conversion avant les formules".

Des paroles. Quand je dis "paroles", je ne peux que penser aux paroles et à la Parole de l'Ecriture. Néhémie était un homme passionné de Jérusalem. Quand il est revenu de Babylone, quand il a vu les murs de sa ville en ruine, son énergie et son ambition l'ont amené à se lancer dans un projet de reconstruction (voyez le Livre de Néhémie). Mais très vite les ennemis d'Israël ont cherché à saper cet effort. Les Israélites eux-mêmes, moins passionnés et zélés que leur chef, se sont vite fatigués et se sont plaint de leur labeur. C'était une formule habituelle chez eux.

Que fit alors Néhémie? Il rassembla les Israélites, et ensemble ils écoutèrent de la bouche d'Esdras une lecture des paroles sacrées, la Loi, qui donnaient au peuple élu une identité et un objectif (Néhémie 8). Nous pouvons tirer une leçon de leur expérience. Si nous voulons à notre tour "reconstruire", nous aussi il nous faudra faire mémoire, réfléchir, faire preuve d'imagination. Les paroles de nos documents capitulaires peuvent nous aider dans cette démarche. Comme la Parole, ils peuvent être une forme de présence qui instruit, inspire, interpelle et soutient.

C'est un fait: les humains ne peuvent se passer de la parole écrite. Certains diraient que c'est ce qui nous rend humain. Mais une parole est différente selon la façon dont on la lit.

Nous pouvons lire ces mots comme des tâches d'encre sur une page ou des images sur un écran de télévision, en enregistrant d'une façon passive quelques signaux dans une région superficielle de notre conscience et en les oubliant, aussitôt le livre refermé. Lire est un art; il demande de l'effort. Un effort pour se rendre compte que les mots sur la page sont l'expression d'une expérience d'une personne, de ses joies, de ses intuitions, de ses luttes. C'est accepter de se laisser interpeller par l'expérience d'un autre. Mais lire, c'est aussi l'effort de traduire ces mots dans le langage de sa propre vie et dans sa propre expérience: il faut donner chair, notre chair, aux mots; il faut poser ses propres questions au texte. C'est alors seulement que les mots auront la possibilité de toucher et de transformer.

Bien sûr, une parole est différente selon la façon dont elle est rédigée. Une trop grande quantité de paroles risquent de confondre et d'endormir, plut¶t que de clarifier et de dynamiser. Les Capitulants ont fait l'effort d'être dynamiques, directs et brefs dans leur expression, pour pouvoir mieux attirer l'attention du lecteur. Les documents ont été rédigés comme beaucoup de logiciels d'aujourd'hui: ils veulent être "interactifs". Ce ne sont pas des produits achevés; ils demandent plut¶t une réponse de notre part. Ils nous invitent à la réflexion, à la discussion, à la recherche de l'opinion des autres, surtout des laïcs autour de nous. C'est seulement après cet effort, que nous pourrons avoir une bonne intelligence des textes et mettre en œuvre un projet d'action adapté.

Vous n'avez peut-être pas attendu ces textes du Chapitre en retenant votre souffle. Cela se comprend. Ne vous croyez pas obligés de lire tout, tout de suite. Prenez votre temps pour choisir le texte qui vous paraît le plus important pour aujourd'hui. Vous allez trouver, je pense, que les Capitulants ont traité de sujets qui s'adressent à nos préoccupations et nos désirs les plus profonds. Dans la mesure o¨ vous êtes conscients de ces désirs, je suis sûr que les paroles de ces documents seront sources de vie pour chacun et pour nos communautés. En tout cas, telle est ma prière.

 

Richard E. Lamoureux, a.a.

Supérieur Général

le 21 juin 1999

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 Page réalisée par D. Remiot

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