fiche 7 : Nos ressources financières et leur gestion
Père Robert FORTIN, A.A. (Amérique du Nord)
“La bonne gestion est à la fois une vertu, une science, et un art. Une vertu, parce qu’elle est apparentée aux vertus cardinales de prudence et de justice, puisque la prudence «dispose à discerner en toute circonstance notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l’accomplir » et la justice « dispose à respecter les droits de chacun et à établir dans les relations humaines l’harmonie qui promeut l’équité à l’égard des personnes et du bien commun » (Catéchisme, 1806). Elle est une science parce qu’elle exige des connaissances techniques importantes qui doivent être apprises : méthodes comptables (tenue des livres, préparation d’un budget prévisionnel, analyse du cash flow, préparation et lecture d’un bilan), gestion et développement de l’immobilier, assurances, relations avec les employés laïcs, recherche de fonds, tenue d’archives, et, souvent, une connaissance de la loi civile. Elle est aussi un art, car il faut savoir, entre autres, comment travailler avec les autres, comment les motiver, et comment agir lorsqu’il y a mécontentements et plaintes. Pour être un bon économe, il faut donc savoir comment administrer et gérer les personnes, l’argent, et l’immobilier selon des méthodes administratives standard, compte tenu des conseils et des valeurs évangéliques, de nos Livres de Règle, et de l’enseignement de l’Église.”
Ghislain LAFONT, laïc (Province de France)
“Si je résume ma façon de voir et de comprendre la gestion et le management, je dirais que c'est comme la parabole des talents. On m'a confié une gestion financière et économique, des personnes, des biens etc. Je dois rendre plus que ce que l'on m'a donné à gérer, comme un bon intendant. Gérer efficacement, c'est un acte de responsabilité, et aussi bien comme professionnel que comme père de famille. C'est un objectif permanent que de faire fructifier les actifs pour assurer la pérennité des générations futures. Pour une congrégation religieuse, la question est la même : comment valoriser un patrimoine dont l'origine provient de milliers de donateurs de tous âges et de toutes conditions.”
Au niveau personnel : Est-il évident, même pour ceux qui nous côtoient, que
« Dieu est notre vraie richesse » ? C’est une question qui embarrasse et dérange.
Elle laisse entendre que notre témoignage ne passe pas, soit parce que les gens ne
le comprennent pas ou parce que nous ne vivons pas en pauvres.
Comment est-ce que je vis ce qui est dit dans la Ratio : « Le sens du partage, le
renoncement aux biens propres, la vie de travail et d’étude (Ratio 80) ; la simplicité
de vie, l’ouverture aux autres (Ratio 107) ?
Au niveau communautaire : Le véritable dépouillement ne consiste pas à ne pas
dépenser, mais plutôt à soumettre ses besoins à un autre regard et à en rendre
compte. Non seulement au regard du Supérieur mais aussi à la communauté ?
Chaque année, en chapitre local, toute communauté devrait se demander comment
elle conteste la société de consommation, sans crainte des sujets tabous, comme
l’usage de l’automobile, le téléphone, internet, les vacances, les voyages, les
loisirs, l’organisation de la résidence, etc…
Ne pas oublier le niveau provincial (Conseil de Province) : situer son action à
l’intérieur d’un projet commun qui investit non seulement ses hommes, mais aussi
ses biens et ses ressources.
Il ne suffit pas de dire que l’homme vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a ; il nous faut bien être conscients du matérialisme ambiant, avide de possession, qui mesure le bonheur au niveau de l’avoir. La culture ambiante nous façonne beaucoup plus profondément que nous ne l’imaginons.
La solidarité avec les pauvres devrait conditionner notre style de vie. On n’a pas fini de s’interroger pour savoir ce que veut dire concrètement « un style de vie pauvre ». Comment harmoniser notre discours et nos actes ?
Le Chapitre général nous rappelle l’origine de nos ressources : bienfaiteurs,
placements, travail (celui de nos prédécesseurs et le nôtre). (Actes N°139)
Le Chapitre général parle ensuite de l’auto-financement (Actes 147). Pour trouver
les ressources nécessaires, il faut faire travailler l’imagination et l’esprit
d’initiative. Mais au service de quels projets nos ressources sont-elles mises ?
Le Chapitre général parle de la solidarité à propos du fonds constitué par les apports des Provinces, qui permet de soutenir les besoins et projets présentés par les Provinces. (Actes 152). La formation constitue le principal besoin actuellement, travers la demande de leur Province. Il faut vérifier que le partage de nos ressources, financières ou autres, se fait au profit de projets bien gérés, qui visent à une promotion réelle de l’être humain. Notre solidarité ne vise pas à permettre aux autres de gaspiller.
Temps de prière personnelle (en silence) :
Prendre le temps de rendre grâce pour tout ce que nous avons reçu et recevons : de nos parents, nos éducateurs, nos bienfaiteurs.
Nous laisser interroger par les questions qui nous sont posées quant à notre pratique de la pauvreté.
Nous ouvrir à l’appel à la conversion en disposant notre coeur à accepter le dépouillement, le partage, le don. Sans oublier le don de soi. « Quand on a tout donné, il reste encore à se donner. »
Temps de prière communautaire :
Prier pour nos bienfaiteurs, comme un devoir de reconnaissance, et une obligation envers les engagements pris à leur égard. Partager l’admiration du Christ pour la générosité de la pauvre veuve. (Luc 21,2).
Faire nôtre le cri des pauvres, spécialement à travers la prière des Psaumes.
Rendre grâce pour la beauté de la Création, en priant pour sa sauvegarde.
Un temps pour célébrer le don :
Par exemple autour d’une corbeille destinée à recevoir les offrandes ;
chacun y dépose un objet ou une carte sur laquelle il a écrit le nom d’un
bienfaiteur, ou une prière, etc.
Penser que la célébration eucharistique est le lieu tout indiqué pour rendre
grâce ; chercher comment le manifester.
Le Chapitre général n’avait pas à répéter ce qui est dit dans la Règle de Vie, mais à travers la Ratio (80 et 107) et l’examen des « Moyens mis au service de la communauté apostolique », il a attiré notre attention plus spécialement sur « Nos ressources financières et leur gestion ». Chaque mot compte : il ne s’agit que de moyens…, mis au service de la communauté…, en vue de la mission.
Cela nous oblige à une gestion rigoureuse et pleinement cohérente avec notre voeu de pauvreté. (Actes N°140). La gestion passe par la comptabilité, et la transparence des comptes. Cela est vrai à tous les niveaux, à commencer par le rendement personnel des comptes, et l’implication dans la gestion de la communauté. Les chiffres permettent de ne pas en rester aux intentions vagues.
Ne pas gaspiller et utiliser les biens selon nos critères et nos valeurs. Apprendre à
« compter », car les comptes révèlent où sont nos véritables priorités. Là où nous
affectons nos ressources (humaines et financières), là sont nos options apostoliques
et nos options de vie. Notre visée devrait être de bien gérer pour partager
davantage.
Un aspect nouveau, encore peu apparu dans nos échanges sur la pauvreté, mais qui
est un souci d’avenir et a des implications financières : avons-nous conscience de
la dégradation de l’environnement ? Le souci de la sauvegarde de la création doit
aussi faire partie de nos préoccupations. Les petits gestes multipliés peuvent faire
évoluer les situations.
5. BIBLIOGRAPHIE
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