Le Projet pour la Province de France
en vue du Chapitre 2005
Le Conseil de Province Paris, le 15 septembre 2002
Chers frères,
Le Père Général attire notre
attention sur l'importance pour chaque Province, de formuler un projet pour
les années qui viennent, exprimant une perspective ou une " vision
". Bien plus qu'une simple liste d'actions à mener ou d'uvres
à entreprendre, il s'agit pour nous de mener une réflexion sur
le sens de notre action et de notre vie religieuse aujourd'hui.
Le début d'un nouveau triennat pour le Provincial offre un moment propice
pour cet exercice. Il repose à la fois sur les textes capitulaires, sur
le bilan des trois dernières années et sur l'apport du Forum de
Province.
I. Discerner les " signes des temps " et les signes de l'Esprit
L'expression de notre projet s'enracine dans ce que nous observons aujourd'hui, des événements que nous reconnaissons comme appels et signes de l'Esprit :
- La réflexion sur la mondialisation lors du Chapitre
général 1999, signe d'une Assomption internationale, tant pour
nos communautés que pour nos uvres ;
et les gestes prophétiques décidés lors du Conseil de Congrégation
2000, reflet d'une Assomption qui se veut toujours hardie et généreuse.
- L'ouverture de la Congrégation à l'Asie
avec les fondations en Extrême-Orient (Corée, Vietnam, Philippines
et bientôt peut-être la Chine
), signe d'une Assomption missionnaire
devancée par l'Esprit ;
et la volonté réaffirmée de poursuivre le travail dans
la " mission d'Orient ", avec la tenue du Conseil de Congrégation
en avril 2002 à Istanbul et la béatification en mai de nos trois
frères martyrs bulgares, signe d'une Assomption éprouvée
et désintéressée.
- Mais l'on ressent aussi de plus en plus vivement la pénurie des vocations en Europe, qui nous oblige à une imagination et une espérance accrues.
- La mise en place par le Chapitre général de la Commission des Provinciaux d'Europe. Elle illustre le désir de construire une identité assomptionniste européenne pour favoriser les échanges entre Provinces et réfléchir à la mise en place de projets communs (création de l'ONG " Solide " au service du développement, élargissement du travail des commissions, perspectives nouvelles comme l'ouverture de l'Assomption à l'Inde, dans l'accueil de jeunes indiens, etc.).
- Le lancement du mouvement des " amis de l'Assomption " au cours du National lors du 150e anniversaire de la fondation et la participation de laïcs dans la Commission laïcs-religieux, signes de l'ouverture de l'Assomption. Des laïcs sont engagés avec nous dans nos uvres (Volontaires-Assomption) mais aussi dans nos structures (gestion de la Province, délégué aux affaires économiques). Et, de plus en plus, des laïcs nous demandent d'étudier avec eux des partenariats.
- Le Forum de la Province a montré l'importance d'un échange entre les générations au sein de la Congrégation, signe de notre diversité actuelle et de notre souci de transmission de notre mémoire.
- Le Forum de la Province a aussi permis de découvrir l'implication de plusieurs de nos frères auprès des pauvres et des éprouvés. Il a permis de confirmer l'attente d'un engagement plus large dans ce domaine. La réflexion sur une fondation à Lyon veut faire droit à cette requête, dans le souci d'une visibilité de l'Assomption dans le domaine social.
- Le travail et les études cuméniques ont retrouvé toute leur importance sous plusieurs formes, en particulier en lien avec l'Est.
- Une relève modeste mais vigoureuse se dessine au niveau de l'engagement de la Congrégation pour l'Intelligence de la foi. La vieille garde est toujours active, mais elle se renforce aujourd'hui avec de nouvelles recrues. Les Universités catholiques expriment aujourd'hui des demandes explicites en ce domaine.
II. Un projet en " triptyque "
La réflexion du P. Bruno Chenu lors du Forum peut nous donner la trame de notre projet de Province ainsi que ses fondements théologiques et spirituels. " Quand Jésus se met à parler de l'action de Dieu au-delà des frontières d'Israël (l'action internationale de Dieu), les choses se gâtent, écrit-il. Les auditeurs deviennent furieux et veulent précipiter Jésus du haut d'un escarpement. 'Mais lui, passant au milieu d'eux, allait son chemin' (Luc 4, 30) ". Dans la suite du document, ce sont ses réflexions qui seront citées librement.
1. " Mais lui " : Le Christ, au centre de notre vie
Selon le mot d'ordre du Père d'Alzon, il nous
faut chercher l'avènement du Règne de Dieu " en nous ".
Le chantier de la vie religieuse est d'abord intérieur. Nous ne pouvons
pas échapper à un fantastique travail sur nous-mêmes si
nous voulons être moins indignes de l'appel que nous avons reçu.
Nous n'avons pas trop de toute une vie pour nous laisser façonner par
la Parole de Dieu à l'image et à la ressemblance de Dieu, pour
trouver notre identité de fils et de fille de Dieu, pour nous configurer
au Christ serviteur.
Comment ne pas vivre la vie religieuse comme un immense chantier de construction
personnelle, de maturation personnelle ? Notre attitude spirituelle profondément
marquée par l'exemple du Christ peut alors être celle de la vulnérabilité.
Elle consiste d'abord à se laisser exposer
au frère
Nous pouvons l'appliquer à nos communautés, avec un exemple concret.
Pour qu'une communauté soit davantage apostolique, les religieux ne doivent
pas avoir peur de se montrer vulnérables, de s'exposer devant leurs frères
non pas pour se battre la coulpe ou pour étaler leur savoir, mais pour
partager leurs richesses. En effet, pour qu'un frère puisse se dire riche
de l'expérience apostolique et culturelle d'un autre frère, il
faut savoir la partager en toute humilité. Notre avenir, paradoxalement,
dépend de notre vulnérabilité, de notre capacité
à nous exposer tels que nous sommes, avec nos fragilités, mais
aussi avec nos richesses que nous n'avons pas le droit de garder pour nous.
Elle s'applique ensuite à nos uvres
La conscience de notre vulnérabilité nous évite de croire
que le Royaume serait achevé parce que nous aurions réussi quelque
chose. En fait, la vulnérabilité nous rappelle que le Royaume
est toujours en devenir. Cette conscience façonne aussi l'avenir de nos
uvres, provoquant notre capacité à changer et à nous
adapter, pour être toujours plus fidèles à notre mission
évangélique. Celle aussi de repenser notre engagement dans les
Églises locales
Ainsi, nous mesurons aujourd'hui la nécessité d'aller plus loin
encore dans notre présence auprès des jeunes.
2. " Passant au milieu d'eux " : notre vie de communauté
Nous avons besoin des frères pour devenir ce
que nous sommes, de leur encouragement, de leur stimulation, de leur interpellation.
Aucun d'entre nous ne peut assumer tout le charisme assomptionniste. Mais l'important,
c'est que chacun puisse dire sa façon d'entrer dans son identité
assomptionniste.
Sur beaucoup de questions, nous nous situons " aux côtés de
", au coude à coude avec. Nous ne sommes pas des propriétaires,
nous sommes des mendiants d'une nouvelle expérience du monde et de Dieu
Sans nier la particularité de chaque situation, nous voyons ainsi
émerger une attitude de compagnonnage.
La solidarité est ici essentielle dans le respect des différences
et de la diversité.
La Vie communautaire
Le Forum de la Province a rappelé l'importance de la relecture
de vie partagée, au niveau de la communauté et plus largement.
Le chapitre local doit être l'occasion de ré-exprimer chaque année
le projet commun, en vérifiant comment il est partagé chaque fois
que possible, avec les laïcs les congrégations féminines
de l'Assomption.
Les Rencontres
Plusieurs initiatives d'animation sont prévues : réunions
de zone pour favoriser la rencontre inter-générations, forums
thématiques (Bayard, jeunes, laïcs
), rencontres des jeunes
par nationalité, groupes de travail pré-capitulaires.
La Communication
Le Chargé de mission pour la communication dispose d'outils
tels que Internet, la revue provinciale ATLP et L'Assomption et ses
uvres.
Afin de favoriser les propositions en matière de communication (retraite,
activités jeunes etc), il y a une urgence de rendre opérationnel
le fichier commun des personnes en lien avec l'Assomption.
3. " Allait son chemin " : notre mission apostolique
À la suite du Christ, le chemin de l'Assomption
sera nécessairement théologal et pascal. C'est un chemin de force
dans la faiblesse, de résurrection dans la mort, de visibilité
dans l'effacement du service rendu. L'efficacité est à la
mesure de la gratuité vécue. Notre première " uvre
", c'est la foi (selon Jn 6, 28-29) : " L'uvre de Dieu, c'est
que vous croyiez en celui qu'il a envoyé ". Il n'est nulle part
dit qu'un des qualificatifs du Règne de Dieu est d'être assomptionniste.
Mais dans la seule définition en style direct qui soit donné dans
le Nouveau Testament, il est dit : " Le Règne de Dieu est justice,
paix et joie dans l'Esprit-Saint " (Rm 14 , 17).
Ce chemin, parce que théologal et pascal, comporte de l'imprévisible,
du non-programmable et du non-maîtrisable
. Mais nous devons rester
attentifs à l'inattendu, à l'inespéré, à
la nouveauté.
Il nous faut " négocier avec nos rêves " (Alain Marchadour).
Nous ne serions pas dans la vie religieuse si nous n'avions pas rêvé.
Notre liberté doit être celle du " pas suivant " sur
un chemin dont nous ne maîtrisons pas l'avenir.
L'ensemble de ce que nous vivons est déjà partie prenante de notre projet. Nous continuerons à innover dans nos uvres importantes que sont Bayard, les Pèlerinages et Valpré. Par ailleurs, nous dégageons, pour les années à venir, les priorités suivantes :
Chaque fois que possible, nous mettrons en uvre
nos projets en lien avec les laïcs, les Congrégations de l'Assomption,
en lien aussi avec l'Église locale, et en les ouvrant aux jeunes.
Sans oublier que l'avenir surgit parfois de l'imprévisible
Ainsi en est-il de quiconque naît de l'Esprit (Jn 3, 8)