|
L’AVENTURE MISSIONNAIRE
|
BERNARD DELPAL La mission à l’épreuve des héritages nationaux et culturelsCette façon d'interroger la mission renvoie à une question très vaste, posée à l'issue de la matinée du deuxième jour du colloque. Elle porte sur la possibilité de concevoir “une culture commune pour une Congrégation internationale et une famille religieuse plurielle”. Ce simple libellé suggère, au départ de la réflexion, une possible difficulté liée à l'articulation entre une “culture” singulière, à partager par tous les membres d'un même institut religieux, en l'occurrence les Augustins de l'Assomption, et les “cultures”, au pluriel, celles qui ont été transmises aux religieux en raison de leur histoire et de leur provenance individuelles et qu'ils emportent avec eux en quittant l'Europe. On voit bien quelle tension peut s'établir entre la conception universaliste de la mission et les inévitables empreintes laissées par des religieux venus de l'Europe des nations.Entre l'impatience à sauver en baptisant, en plantant l'Église en Afrique et en Asie, et la force du sentiment national, dont l'essor, au cours du XIXe siècle, constitue une donnée essentielle du contexte historique, il se trouve, par hypothèse, bien plus qu'une coïncidence chronologique. Si la vague missionnaire du XIXe siècle et du début du XXe siècle est contemporaine de la construction des nations européennes et de leur expansion coloniale, il est risqué et peu convaincant, par une sorte de déterminisme anachronique, de vouloir en faire un simple outil de la pénétration européenne outre-mer. Si le colonialisme n'ignore pas les ressources que peut lui procurer l'élan missionnaire, les exemples de conflits d'intérêts entre les deux mouvements sont trop nombreux pour qu'on puisse subordonner le second au premier. Il suffit, par exemple, de songer aux fortes divergences qui surgissent entre le clergé missionnaire et les planteurs aux Antilles à propos de l'esclavage, du baptême des esclaves et de la promotion des affranchis, au milieu du XIXe siècle, pour se convaincre que la stratégie des premiers ne se confond pas forcément avec l'intérêt des seconds1. 1On en trouve une bonne démonstration dans le récent ouvrage de Philippe Delisle, Histoire religieuse des Antilles et de la Guyane françaises Des chrétientés sous les tropiques ? 1815-1911, Karthala, 2000, 347 p. (pp. 221-247).
|
|
|
||
|
Réalisation: Avenir Internet |
||