L’Assomption en Bulgarie
INTRODUCTION
Le fait que l’on me donne la parole en premier, après l’exposé introductif d’Étienne Fouilloux, pour parler de l’aventure assomptionniste en Bulgarie, suffit à rappeler que cette région des Balkans est aussi présentée, à juste titre, comme la “Fille aînée de la Mission assomptionniste”. Je ne reviendrai pas sur la fameuse bénédiction publique prononcée par Pie IX un jour de juin 1862. L’orateur qui m’a précédé a suffisamment bien montré par ailleurs comment cet événement fondateur a très vite pris une dimension mythique1.
Je retiendrai plutôt ce commentaire de Charles Monsch, qui disait récemment que les Assomptionnistes avaient été “malencontreusement affectés à l’Orient par la volonté du Pape”. On sait en effet que le Père d’Alzon avait des visées sur d’autres contrées, Jérusalem et la Syrie. Mais, le souverain Pontife, aspirant à restaurer l’unité entre les chrétiens d’Orient et ceux d’Occident, invitait le fondateur des Assomptionnistes à s’occuper du mouvement des Bulgares orthodoxes vers Rome, avec la consigne plus particulière de fonder un séminaire où se préparerait pour le sacerdoce le futur clergé des “Bulgares-Unis”.
Dans cette entreprise de “destruction du schisme d’Orient”, il est clair que la Bulgarie ne représente dès le début, dans la pensée du Père d’Alzon, qu’un tremplin pour pénétrer en Russie. Il n’est pas exagéré, en effet, d’affirmer que le projet de conquête religieuse de l’immense empire des Tsars sera, jusqu’à sa mort, l’obsession d’Emmanuel d’Alzon. La Bulgarie, qui est encore province de l’Empire ottoman, ne serait, en fin de compte, que le point de départ géostratégique de cette mission aux allures de croisade.
1 Cf. Étienne Fouilloux, L’œuvre orientale du Père d’Alzon vue par ses fils (1880-1980), in “Emmanuel d’Alzon dans la Société et l’Église du XIXe siècle” (Colloque d’histoire sous la direction de René Rémond et Emile Poulat, Paris, décembre 1980), Paris, Le Centurion, 1982, pp. 199 à 220.