NOTES HISTORIQUES DE LA PRESENCE ASSOMPTIONNISTE EN GRECE
COMPOSEES A OCCASION DES 50 ANS
(1934 -1984 )
Par les Pérès Julian WALTER et Daniel STIERNON
Sommaire :
I. LA FONDATION DE LA COMMUNAUTE SAINTE THERESE
II. LES ORIGINES
I. LA FONDATION DE LA COMMUNAUTÉ SAINTE THÉRÈSE
Le 1er Novembre 1934, le jour de la Toussaint, deux Pères Assomptionnistes prirent possession de la maison sise 32, rue Heptanissou dans le quartier Kypseli d' Athènes . Le Dimanche suivant, 4 Novembre, le Père Basile Roussos célébra la messe dans l'oratoire aménagé dans cette maison. Nous commémorons, cette année , le cinquantenaire de cette fondation .
En fait , trois Assomptionnistes exerçaient déjà depuis un certain temps en Grèce 1" apostolat d' aumôniers , soit des Frères Maristes , soit des Soeurs de St Joseph : le P . Basile Roussos et le P. Athanase Raimoundos depuis 1926 et le P . Nicéphore Dounavis depuis 1933. En Septembre 1934, peu avant I' ouverture officielle de la maison, le P. Théoctiste Sommaripas était venu de Varna en Bulgarie pour les rejoindre. Toutefois , au début , ces Pères n' avaient pas de titre de résidence canonique en tant que membres d' une communauté assomptionniste . Chacun avait été engagé à titre personnel au service des écoles. Il fallut de longues tractations avec 1" archevêque catholique d’Athènes, Mgr Filippucci, qui avait posé comme condition préalable à I' autorisation d’une présence assomptionniste dans son diocèse la fondation d’un orphelinat, oeuvre que les autorités assomptionnistes hésitaient à entreprendre. En Mai 1933 , l'archevêque avait finalement consenti à ne plus imposer cette condition . Son autorisation de fonder une communauté canonique est datée du 25 Mai de cette année - là. Sans tarder, les Pères se mirent à chercher une propriété convenable. Leur choix se porta sur la maison où est installé à présent le bureau paroissial , avec le terrain situé entre la rue Heptanissou et la rue des Cyclades et une villa dont 1- entrée donnait sur cette dernière rue . Ce choix reçut l’approbation du Vicaire Provincial, le P. Malv. Le titre de la propriété est daté du 9 Août 1934. Enfin, le 21 Décembre 1934, le Supérieur Général des Assomptionnistes, le P. Gérvais Quénard, confirma la fondation de la maison.
Cet événement, point de départ du rayonnement de I' apostolat assomptionniste en Grèce, constituait le point culminant et l’aboutissement d’une longue histoire. Avant donc de suivre le développement de cet apostolat pendant les cinq dernières décennies, il convient de jeter un bref regard sur sa préhistoire .
En 1862, le P. d" Alzon reçut du Pape Pie IX la charge de s" occuper des Bulgares de rite byzantin qui, à cette époque, désiraient quitter la juridiction du patriarcat de Constantinople pour entrer en communion avec l'Eglise romaine . Plus spécifiquement, le Pape lui proposa de fonder un séminaire où serait formé le futur clergé des Bulga-res - Unis. Aussitôt, le P. d' Alzon envoya le P. Galabert à Constantinople, afin de s’informer plus exactement de l’envergure du mouvement bulgare vers Rome. Quelques mois plus tard, le P. d- Alzon lui - même prenait le bateau pour Constantinople. En Février 1863, alors que le bateau faisait escale au Pirée, notre fondateur, comme tant de voyageurs avant et après lui, profita de l’occasion pour visiter l’Acropole d' Athènes. C’était, pourrait- on dire, le premier contact des Assomptionnistes avec la Grèce.
Jugeant que le nombre des vocations bulgares ne justifiait pas la fondation d'un séminaire pour elles seules, le P. d' Alzon esquissa un projet pour un séminaire international et inter-rituel où, cependant, le rite dominant serait le rite latin. Ce projet qui n’enthousiasma pas les autorités romaines, resta en veilleuse du vivant du P. d' Alzon. Néanmoins, celui - ci ne I' a jamais abandonné. Dans sa correspondance avec le P. Galabert, resté sur place comme responsable de la mission orientale des Assomptionnistes, le P. d'Alzon revient souvent sur ce projet de fonder un séminaire , à condition de trouver pour la fondation un endroit propice . En 1874, Mgr Marango, évêque de Syra et délégué apostolique en Grèce, lui propose que le séminaire soit fondé en Grèce. En 1875, le P. Galabert propose plutôt la région entre les Dardanelles et l’Athos, afin d’être accessible et aux Grecs et aux Bulgares. Plus tard, en 1875, le P. Galabert exprime son accord pour une fondation en Grèce. En 1878, le P. d' Alzon propose Athènes nommément. En 4 1880, on lui offre une maison sur I' île de Naxos . " Les bâtiments de I' île de Naxos me séduiraient “, écrit le P. d' Alzon, cinq mois avant son décès. " Un point de repère pour rayonner en bien des endroits. "
2. L' OEUVRE GRECQUE DE CONSTANTINOPLE
Le P. d' Alzon est mort en 1880. En raison de la situation grave en France où un gouvernement anticlérical imposait des lois draconiennes visant la dissolution de toutes les congrégations religieuses, le projet de fonder un séminaire dut être reporté à nouveau. Entre-temps, le nouveau Supérieur général, le P. Picard, put négocier avec le successeur de Pie IX, le Pape Léon XIII, implantation des Assomptionnistes à Constantinople. Par son rescrit de 1895 , ce Pape confia le soin des âmes dans le quartier de Kumkapi , situé dans la vielle ville de Stamboul et naguère sous la juridiction des dominicains , ainsi que la direction du séminaire léonin établi à Kadikôy, l’ancienne Chalcédoine , de I' autre côté du Bosphore . Par là, les Assomptionnistes recevaient le mandat d- oeuvrer à la réconciliation des Grecs orthodoxes, surtout par la formation d’un clergé grec de rite byzantin.
Comme les vocations étaient rares à Constantinople.on alla plutôt déjà également en 1885. Tous trois entrèrent au petit séminaire gréco - slave installé à Kumkapi, l’année même de son ouverture en 1886 , un an après le rescrit de Léon XIII . Après ces membres fondateurs, avec d" autres, de cet établissement, il y eut Macarios Voutsinos, né à Syra en 1884 et entré à Kumkapi en 1903. Entretemps , Auxence Capellos , né à Vari ( Syra ) en 1887 , était entré au séminaire en 1900 , et Ignace Prélorentzos, natif de Constantinople ( 1890 ) en 1902 , après ses études commencées chez les dominicains de Galata . Auxence Capellos ne travaille jamais en Grèce , pas plus que Nicandre Corinthios , né à Komi ( Tinos ) en 1891 , formé à Lumière ( France ) et mort sur le front de Thessalonique en 1918. En 1908 , arrivant à Kumkapi Elpide Stéphanou , né à Syra en 1896 , et Nicéphore Dounavis , né à Vari en 1897 . Tous deux devaient à la longue rejoindre la communauté de Ste Thérèse après des itinéraires bien divers.
3 L'ÉPISCOPAT DE MGR. PETIT, ARCHEVÊQUE CATHOLIQUE D'ATHÈNES ET LA RESIDENCE D'HERAKLINON
En 1912, le Pape St Pie X nomma le P. Louis Petit (1868 - 1927) au siège archiépiscopal d’Athènes. Pour les Assomptionnistes, c’était une bonne aubaine, car sa présence en Grèce permettait la constitution d" une petite communauté à Athènes. Deux frères coadjuteurs, Gabriel Chaignon et Jules Pector, et un Père, le secrétaire de l’archevêque, composèrent sa maison épiscopale.
Avant sa nomination à Athènes, Mgr Petit, par son érudition, s" était déjà bâti une renommée internationale. Directeur du séminaire Léonin de Kadikôy depuis 1895 et fondateur de la revue " Les Echos d' Orient “, il était connu et respecté dans les milieux orthodoxes , en raison de la qualité et de I’objectivité de ses recherches sur l’ Eglise byzantine . Les moines du mont - Athos l" accueillaient dans leurs monastères et lui donnaient libre accès à leurs riches fonds de manuscrits. Avec le haut clergé orthodoxe d" Athènes, il tissait aisément des relations amicales. Le Pape aurait difficilement trouvé un candidat plus indiqué que lui pour la charge délicate de pasteur de la toute minorité de catholiques résidant sur le vaste territoire de l" archidiocèse d" Athènes.
La période de son épiscopat fut très troublée. Lorsqu" éclata la première guerre mondiale, les alumnistes de nationalité grecque ainsi que leurs formateurs durent quitter la Turquie. Mgr Petit mit à leur disposition sa maison d" été d’Héraklion, érigée provisoirement en alumnat. Parmi ceux qui y ont poursuivi leurs études , il faut nommer Elpide Stéphanou et Nicéphore Dounavis . Plus tard, Théoctiste Sommaripas , né à Naxos en 1903 , les rejoindra . Le plus distingué de leurs accompagnateurs était certainement le P. Sévérien Salaville, qui devait, à une date postérieure, fonder à Athènes un centre d" études byzantines. Le P. Salaville fut, pendant un certain temps, secrétaire de Mgr Petit, succédant au P. Alexandre Ortagio, Albanais d’origine sicilienne. A partir de 1919, cette charge fut assumée par le P. Grégoire Voutsinos qui la conserva jusqu" à la démission de Mgr Petit en 1926.
Mgr Petit aurait tout fait pour que les Assomptionnistes s’installent, pendant son épiscopat, définitivement en Grèce. Il aurait voulu qu" ils prennent en charge le petit séminaire interdiocésain pour lequel il acheta une maison à Kifissia, dans la banileu d’Athènes. Il leur aurait aussi volontiers contre la paroisse de Volos. Malheureusement, les circonstances n’étaient pas encore propices.
La guerre terminée, les autorités assomptionnistes décidèrent de reprendre apostolat de la Congrégation en Turquie. Par ailleurs, la démission de Mgr Petit enleva aux Assomptionnistes étrangers leur titre de résidence en Grèce. Toutefois, au moins un Assomptionniste grec qui avait résidé à Athènes pendant cette période, n’abandonna pas définitivement le projet de l’installation dans le pays d’une communauté assomptionniste. C’est grâce surtout à la ténacité du P. Basile Roussos que ce projet put finalement se réaliser.
4. DÉCLIN DE L' OEUVRE GRECQUE DE CONSTANTINOPLE.
Fondation de l' Église grecque uniate à Constantinople et en Grèce
Il faut avouer que oeuvre grecque des Assomptionnistes n’a pas connu I' essor espéré. Déjà en 1906, le P. Félicien Vandenkoornhuyse, alors supérieur régional à Constantinople, déclara que notre oeuvre grecque se heurtait à des difficultés apparemment insurmontables. Outre I' hostilité du Phanar, le principal obstacle était I' hésitation de la toute petite minorité des Grecs catholiques de rite byzantin à se soumettre à l’autorité d’une congrégation dont la plupart des membres étaient français. Comme le reconnaissaient eux - mêmes les Assomptionnistes les plus avisés, il y avait un préalable à la normalisation de l’Eglise grecque uniate : érection d’un exarchat. Naturellement, les Grecs uniates revendiquaient un évêque de leur propre ethnie. En 1911, un prêtre grec uniate, Isaïe Papadopoulos, fut sacré premier exarque. Selon la rigueur des canons du droit oriental, tous les prêtres, religieux ou diocésains, sont soumis à I' autorité de I' exarque. Alors qu'en Bulgarie et, plus tard, en Roumanie, les exarques uniates ont permis aux Assomptionnistes de continuer à avoir dans leur congrégation des religieux de rite byzantin, Mgr Papadopoulos refusa catégoriquement une telle dérogation. Son attitude provoqua une grave crise de conscience pour les Assomptionnistes qui avaient pris le rite byzantin. Certains partirent travailler en Bulgarie où ils purent garder leur rite sans renoncer à leur affiliation religieuse. D’autres revinrent au rite latin. D’autres encore, parmi lesquels il faut nommer le P. Eustrate Roussos et le P. Macaire Voutsinos , quittèrent la Congrégation afin de pouvoir continuer à exercer leur sacerdoce comme prêtre de rite byzantin .
Avec 1- échange des populations, en 1922, après le traité de Lausanne, un petit nombre de Grecs catholiques de rite byzantin s'installèrent en Grèce, notamment à Yannitsa en Macédoine. Mgr Kalavassy, nouvel exarque de rite byzantin en Grèce après ce transfert, ne se montra pas plus ouvert que son prédécesseur à la collaboration avec les Assomptionnistes. Le P. Eustrate Roussos , quittant la congrégation , le rejoignit en 1922 à Athènes pour être nommé en 1926 à Yannitsa où par la suite il fut vicaire épiscopal de 1927 à 1938 . Bien que les Assomptionnistes de Constantinople ne fussent plus chargés de la formation des futurs prêtres grecs de rite byzantin, les autorités romaines ne leur ont pas retiré la grande maison de Kadikoi,dite du séminaire Léonin. Ailleurs en Turquie, jusqu’à l’événement de Kemal Ataturk, ils continuèrent d’exercer un ministère pastoral auprès de catholiques des divers rites.
Il est vrai que les catholiques de rite byzantin ne fréquentaient guère I' église assomptionniste de Kadikôy . Le P. Salaville écrivait : " A Kadikôy , en fait de paroissiens grecs nous n' avons que deux melkites faisant à peine leurs devoirs et notre portier , un converti fort ignorant " . Néamoins, pendant les années qui précédèrent la première guerre mondiale et celles qui suivirent, jusqu" au transfert de l'oeuvre en Roumanie en 1936 , équipe des Echos d' Orient fit de la maison de Kadikôy un remarquable foyer d' érudition byzantine . De 1928 jusqu' à sa venue en Grèce en 1935, un des membres de cette équipe fut le P . Elpide Stéphanou. Le P Athanase Raimoundos fut membre de la communauté de 1920 à 1922 et, de nouveau, de 1924 à 1926 . Le P. Antoine - Grégoire Voutsinos, nommé à Kadikôy en 1926 , lors de la démission de Mgr Petit comme archevêque d' Athènes , ne devait pas y rester longtemps : en 1937 , il fut nommé évêque de Syra . Le P. Ignace Prélorentzos , d' abord professeur à Vinovo près de Turin de 1918 à 1920 , ensuite économe à Kumkapi de 1920 à 1928 et professeur à Plovdiv de 1928 à 1948 , passe encore trois ans à Kadikôy , de 1948 à 1951 . Des deux autres qui devaient finalement rejoindre la communauté de Ste Thérèse, le P . Nicéphore Dounavis était en Roumanie de 1928 à 1933 et le P. Théoctiste Sommaripas à Kadikôy de 1928 à 1931 et à Varna en Bulgarie de 1931 à 1934. Ainsi tous les Pères fondateurs de la communauté athénienne de Ste Thérèse contribuèrent ils largement à I' apostolat oriental des Assomptionnistes en divers pays, bien que certains d' entre eux fussent convaincus depuis longtemps que leur véritable champ d' apostolat devait être leur patrie , la Grèce .
5. L' OBSTINATION DU P. BASILE ROUSSOS
Dans le paragraphe précédent, un nom a été omis délibérément, celui du P. Basile Roussos. Membre de la communauté provisoire, installée dans la villa épiscopale de Héraklion ( Athènes ) pendant la première guerre mondiale, il y resta comme gardien , après le départ de ses confrères et des autres membres , jusqu'à la vente de l'immeuble par Mgr Petit en 1923 . Il exerça un apostolat auprès des Bavarois hellénisés qui habitaient la localité. En 1923, il partit pour Kadikôy et prit part, comme délégué , au chapitre régional . C’est à ce chapitre que I' on émit le voeu que les Assomptionnistes fondent un alumnat à Athènes pour le recrutement ° des vocations grecques. Bien que le chapitre générai des Assomptionnistes, réuni la même année, n’ait pas donné suite à ce voeu, le P. Basile Roussos n' y renonça pas. Nommé à Kadikôy, il n' y resta pas longtemps. Malade, il revint en Grèce en 1926. Pendant sa convalescence, il rendit service aux Frères Maristes, tout en reprenant son apostolat auprès des Bavarois d' Héraklion. Cette " convalescence " se poursuivit après la démission de Mgr Petit (1926). Avec I' accord de ses supérieurs, le P. Basile fut nommé officiellement aumônier de I' école des Frères Maristes de Héraklion. Quelques mois plus tard, l’aumônier du lycée des Frères Maristes de Patissia (autre banlieu d’Athènes) dut démissionner. Un poste était ainsi disponible pour un deuxième Assomptionniste. Le P. Athanase Raimoundos, alors à Kadikôy, accepte volontiers la proposition de ses supérieurs de prendre en charge cette auônerie. Evidemment, ces deux assomptionnistes désiraient reprendre à Athènes une vie de communauté régulière, mais, comme on I' a déjà noté , le successeur de Mgr Petit , Mgr Filippucci hésitait à donner son accord , malgré I' intervention des autorités romaines . En 1932, les Pères Salésiens décidèrent de fermer leur maison du Piree. Les sœurs de St. Joseph perdirent, de ce fait, leur aumônier. Un troisième Assomptionniste grec, le père Nicéphore Dounavis, alors en Roumanie, accepta de rentrer dans son pays natal . En 1933, il prit en charge aumônerie de Patissia, tandis que le P. Athanase assumait celle d' Héraklion et le P. Basile celle du Pirée. Finalement, après huit ans de tractations qui butaient chaque fois sur le refus de Mgr Filippucci, l" archevêque d" Athènes céda aux diverses pressions. Le 25 Mai 1933, il accorda aux Assomptionnistes la résidence. Grâce à la bienveillance des Frères Maristes, les trois Assomptionnistes purent constituer chez eux une communauté, en attendant leur installation rue Héptanissou.
III LES ASSOMPTIONNISTES EN GRÈCE (1934-1961)
La maison sise au n° 32 de la rue Heptanissou était, avec son sous - sol, son rez-de-chaussée et un étage, suffisamment spacieuse pour abriter une communauté de quatre religieux. Au rez-de-chaussée, deux pièces furent aménagées en chapelle. Le vice - provincial avait mis à la disposition de la communauté athénienne le matériel provenant de la chapelle assomptionniste de la banlieue d’Andrinople qu’on avait dû fermer après échange des populations. Dans la chapelle d’Athènes, un peu étroite, placée sous le vocable de Ste Thérèse de Lisieux, on célébrait la messe chaque dimanche pour les fidèles du quartier .
Les quatre Assomptionnistes qui étaient, rappelons- le, les PP. Basile Roussos , Athanase Raimoundos , Nicéphore Dounavis et Théoctiste Sommaripas , continuaient d' assurer leur ministère d' aumônier chez les Frères enseignants et les Soeurs de St Joseph . Cet apostolat imposait nécessairement des absences quotidiennes qui rendaient difficile le développement d’une oeuvre propre à la communauté. Dés le début, ils exigèrent le renfort d' un cinquième religieux . Celui - ci devait arriver de Constantinople le 3 Octobre 1935.
Le P. Elpide Stéphanou , né à Syra le 8 Janvier 1896 , avait déjà passé un certain temps à Athènes comme alumniste de Héraklion pendant la première guerre mondiale . Après ses études en Belgique, il fut nommé à la communauté de Kadikôy (1928), où il collabora à la rédaction de la revue des Echos d’Orient. Outre les articles qu’il publie dans cette revue, il prépara et assuma I' édition , pour les Studie Testi (Bibliothèque Vaticane) du Quadrivium de Georges Pachymère . En 1935, il fut donc désigné comme supérieur de la nouvelle communauté d’Athènes.
En attendant l’arrivée de leur supérieur, les membres de la communauté avaient recruté six alumnistes. Ils arrivèrent, cinq de Syra et un du Pirée, le 5 Octobre, deux jours après le P. Elpide. Ils résidaient dans la maison de la communauté et se rendait chaque jour pour leurs études au Lycée Léonin situé rue Sina. Parmi les membres de ce premier groupe on trouve Antoine Varthalitis, actuellement archevêque de Corfou. Leur horaire était assez sévère : lever à 5 h. 30, prière , études et messe suivie à 7 h. 30 du petit déjeuner , après quoi ils partaient pour le lycée . Après les cours, ils rentaient pour le dîner à 13 h. 30. L’après - midi était occupé par I' étude du latin, du français, de la musique, du dessin, de la calligraphie et du catéchisme. Ce programme rigoureux était interrompu les dimanches et les jours de fête où ils partaient en promenade à Glyphada , au mont Parnés ou ailleurs dans les environs d' Athènes . Pendant les vacances d’été ils étaient restitués à leurs familles.
La communauté gagna rapidement l'affection des catholiques de Kypseli. Ceux - ci leur rendaient bien des services. Le 5 Novembre 1936, la communauté fonde un ouvroir où un groupe de dames se dévouaient au raccommodage du linge des alumnistes. La chapelle étant trop étroite pour accueillir tous les fidèles, on projeta, dès la fondation de la communauté, une construction plus importante. Entre -temps survint un événement fâcheux. A cette époque, la minorité catholique (des pauvres pour la plupart),n’avait que le statut de tolères dans un pays où l’orthodoxie est la religion officielle. Les démarches faites pour recruter des vocations à Syra et la présence d’un alumnat avec chapelle publique à Kypseli, provoquèrent des réactions hostiles. Le 12 Février 1936, la police rend visite à la communauté. Elle ordonne la fermeture de la chapelle, ouverte, prétend- elle, en violation de la loi. Par I" intermédiaire du supérieur, le P. Elpide Stéphanou, la communauté en appelle contre cette décision. Le 9 Avril , l" appel est déposé auprès du Conseil d' Etat . Le 11 Avril, un dimanche, des policiers s" installent devant I" entrée de la maison, afin d" empêcher les fidèles d" assister à la messe. Le Conseil d' Etat n" accepte pas 1- autorisation donnée par Mgr Filippucci, archevêque d" Athènes, car celui - ci n' a pas de statut officiel , d' après la Constitution du pays . Le 11 Avril, il est décidé de constituer une commission de laïcs qui revendiqueraient une chapelle catholique pour desservir les catholiques du quartier. Le 24 Avril, on commence à recueillir les signatures des catholiques pour demander I" autorisation de construire une chapelle.
Un procès est intenté au P. Elpide sommé de se présenter devant le parquet le 8 Juin , sous 1- accusation de construction illégale de lieu de culte . En effet, I' aménagement des deux pièces en chapelle est assimilé à une construction. Le P. Elpide, sur le conseil de ses avocats, se reconnaît coupable. Il est condamné à trois mois de prison. Comme il est trop tard - c’est le soir - pour racheter sa peine, le P. Elpide passe la nuit sous les verrous, en compagnie d' un avocat et d' un médecin également condamnés . Le lendemain, la peine est rachetée et le Père libéré. On se prépare à attaquer la sentence auprès de la Cour d" Appel. Entre - temps , le Comité des défenseurs de la chapelle se présente , le 12 Juin , au ministre des cuites pour lui rappeler qu' une demande avait été déposée en vue de I" autorisation de construire une chapelle . Pendant tout ce temps, chaque dimanche les policiers viennent stationner devant l’entrée de la maison. Enfin, le 27 Août , I" autorisation est remise à la communauté , mais les policiers refusent de la reconnaître . Le 4 septembre, le chef de la police s" incline devant la permission accordée par le ministère des cultes.
Dans I" intervalle, un autre Assomptionniste grec est pressenti pour une charge importante dans le pays. Antoine - Grégoire Voutsinos, né à Syra en 1891, avait fait ses études chez les Assomptionnistes à Constantinople. Admis au noviciat en Belgique (1911), il avait été ordonné prêtre le 12 Mai 1918 et nommé, quelques mois plus tard, secrétaire de Mgr Petit en remplacement du P. Salaville qui, à la fin des hostilités, devait relancer à Kadikôy I" apostolat des études byzantines. Le P. Voutsinos était resté alors sept ans à Athènes. Puis, après la démission de I" archevêque, avait été appelé lui aussi à Kadikôy pour se charger de I" économat de la maison. C’est là que Mgr Roncalli qui cumulait les fonctions de Délégué apostolique en Grèce et de visiteur en Turquie, I' avait repéré comme candidat apte à assumer s- évêché de Syra. Sacré par Mgr Roncalli à Constantinople le 25 Juillet 1937, Mgr Voutsinos se trouvait à Athènes juste au moment où la communauté de Ste Thérèse recevait I' autorisation de rouvrir sa chapelle au public.
Le 12 septembre, Mgr Voutsinos préside la messe d" action de grâce en présence de la communauté. Le 19 septembre, la chapelle fermée au public depuis le 11 Avril, est de nouveau fréquenté par les fidèles du quartier. Le 9 octobre, la Communauté offre un dîner aux membres laïcs de la Commission du Comité qui les avaient si efficacement épaulés. Le 1 er novembre, le P. Elpide est convoqué devant la Cour d' Appel. Ses accusateurs ne se présentent pas. La sentence est donc cassée. De surcroît, la communauté obtient la permission de construire une véritable chapelle. Malheureusement, pour diverses raisons, le projet dut être P. Gervais Quénard, qui avait travaille activement pendant toute sa vie sacerdotale dans les missions assomptionnistes d" Orient avant sa nomination comme supérieur général, avait vivement encouragé la fondation athénienne. Au cours de cette visite, il put constater ce que les Pères avaient réalisé.
On poursuivit le recrutement des alumnistes, grâce à des tournées régulières dans les îles. Cette année - là (1938), à la rentrée, un certain Marios Roussos, mieux connu sous son nom religieux d" Avgoustinos, commença ses études à Athènes.
Outre leur travail d" aumônier, les Pères étaient très demandés pour les confessions et des conférences. A partir de Janvier 1936, ils organisaient I" octave de prières pour I' unité des Eglises. Le 10 Janvier 1938, ils avaient fondé une Conférence de St Vincent - de - Paul. A l’occasion de sa visite, le P. Général les félicita de leurs réussites. Il reconnut aussi leurs difficultés, notamment la dispersion qu’imposait le service des aumôneries et I" inconvénient d’une chapelle trop exigu pour contenir ceux qui la fréquentent. Surtout, il les encouragea à développer l" apostolat intellectuel et spirituel, à fonder une archiconfrérie de N . D. de I' Assomption, à ouvrir une librairie religieuse et à poursuivre leurs publications pieuses. Il rêva même de la fondation à Athènes d" une succursale de I" Institut français d" études byzantines.
De toute évidence, I" essor était remarquable qu" avait pris cette communauté au cours des quatre années qui avaient suivi sa fondation. Acceptés et même sollicités pour leurs services par le clergé diocésain, les Pères jouissaient aussi de la confiance de l" archevêque qui , une fois vaincues ses réticences °d' antan , les avait pleinement appuyés lors du procès au sujet de la chapelle . A cette époque , le recrutement semblait ouvrir de belles perspectives pour l' avenir . Outre les jeunes alumnistes, un autre candidat, Eleuthère Nowack , s" était présenté en Mars 1937 . Né â Athènes le 28 Juillet 1918 d" un père catholique d' origine autrichienne et d' une mère grecque orthodoxe , il connaissait mieux que quiconque , non seulement le drame de la désunion , mais aussi les possibilités de réconciliation entre les membres des Eglises - soeurs . C" était, en effet, sa mère orthodoxe qui 1- avait encouragé à répondre à la vocation sacerdotale catholique. Encouragé par les Frères Maristes et par son beau - frère Georges Marangos , il s" était adressé aux assomptionnistes . Après une courte période de postulat à Athènes , il fut envoyé en France pour son noviciat . C" est là qu" il se trouvait lorsque la guerre a éclaté en 939 .
2. LA GUERRE ET APRES - GUERRE ( 1939 - 9948)
Dans les débuts, la déclaration de guerre contre l" Allemagne par la France et la Grande Bretagne ne modifia pas sensiblement les conditions de vie des Grecs. C' est ainsi qu' en Juin 1940 , Grégoire Nowack , ayant terminé ses études de philosophie à Lormoy dans la grande banlieue parisienne , put rentrer à Athènes pour accomplir son service militaire . En Octobre 1941, il partit pour Rome où il fut ordonné prêtre en Mai 1945.
Mais, au fur et à mesure que le conflit s’amplifiait, la Grèce devait devenir un champ de bataille. Envahis d’abord par les italiens et ensuite par l’armée allemande, elle dut subir,non seulement les humiliations que lui imposaient les occupants , mais encore les conséquences du blocus décrété par les alliés. Les notoires remportées par ces derniers I" exposèrent à de nouvelles épreuves. Après l’expulsion de I'occupant, la guerre civile éclata. Elle devait se poursuivre au nord de la Grèce jusqu" en 1949.
Malgré tout, les Assomptionnistes purent assurer leurs fonctions d’aumônier pendant toute la guerre . Cependant, ils furent privés de I' aide du P. Athanase Raimoundos et du P. Eustrate Roussos retenus respectivement à Tinos et à Syra près de longues années comme vicaire épiscopal des catholiques de rite byzantin à Yannitsa, le P. Eustrate était rentré dans sa Congrégation et avait repris le rite latin. pourtant , il fallut fermer provisoirement I’alumnat . Les enfants réintégrèrent leurs noyers jusqu' en 1942. Pendant ces années de disette s" imposait une tâche matérielle essentielle: assurer le ravitaillement de la communauté ainsi que des indigents du quartier. Le P. Basile Roussos se mit à transformer en potager le terrain ; situé entre la rue Heptanissou et la rue des Cyclades où broutaient déjà des chèvres. Pendant I' hiver exceptionnellement froid de 1941 -1942, des centaines, peut - être les milliers de personnes moururent de faim. Alors, le Saint - Siège aidé du concours de la Croix - Rouge internationale, organisa, par I’intermédiaire de la délégation apostolique, des distributions de vivres (soupes populaires notamment).Un des centres de distribution était la maison Ste Thérèse. Par ailleurs, pendant la guerre civile, plusieurs personnes cherchèrent et trouvèrent un refuge dans cette raison, alors que le P. Théoctiste Sommaripas fut involontairement séquestré à Naxos. Un autre Assomptionniste fut particulièrement éprouvé pendant la guerre : en novembre 1943, les occupants arrêtèrent Mgr Voutsinos , évêque de Syra , expulsé Je son diocèse , il fut emmené à Athènes et incarcéré dans la prison Averoff.
Les autres confrères trouvèrent leur travail apostolique considérablement accru. A partir de 1942, le P. Elpide organisa une croisade de prières et de préparation spirituelle. Les fidèles se réunissaient à la chapelle tous les mardis pour entendre une homélie suivie du salut du St Sacrement. Pendant la guerre albanaise e P. Théoctiste fut chargé du service religieux des soldats catholiques blessés et hospitalisés à Athènes, ainsi que de celui d'environ 1500 ressortissants italiens internés dans un camp de concentration à Goudi.
A partir de 1946, la situation commença à se normaliser. Le P. Nicéphore Dounavis , depuis 1941 supérieur par la force des choses , put, au mois de juin partir pour la France où il reprit contact avec les autorités de la Congrégation . En octobre de la même année , deux alumnistes s' en allèrent en France pour leur loviciat L" un d" eux était le futur P . Augustin Roussos déjà cité. La même année, le p.Grégoire Nowack , ses études terminées , rentra de Rome . L’année suivante 1947), Mgr Voutsinos fut transféré de l'évêché de Syra à I’ archevêché de Corfou. Il resta jusqu’à sa démission en 1965. L' alumnat fut rouvert. En 1948, I' aîné des candidats au sacerdoce était Antoine Varthalitis et le benjamin Jean Gad , né à Pagos ( Syra ) le 26 Août 1937. Cette même année 1948, le P. Filliol , alors supérieur Provincial , put se rendre à Athènes pour faire la visite canoique , la première depuis e passage du supérieur générai en 1938. D" après la carte de visite du P. Filliol, on pourrait avoir I’impression que apostolat des Assomptionnistes continuerait dans a même ligne que celle suivie avant la guerre. Cette impression serait fausse. Un observateur perspicace constate du reste que la situation de I' Eglise catholique en Grèce commençait à se modifier profondément. Les Assomptionnistes, comme le reste du clergé, devaient s’ adapter à cette nouvelle situation .
3. DE 1948 AU CONCILE DE VATICAN II
La première mutation à noter est la baisse de l'effectif des prêtres due, en partie, au départ des ressortissants Italiens. Avant la guerre, un tiers des prêtres, religieux et religieuses de Grèce (compte tenu des îles du Dodécanèse réintégrées après 1945) étaient Italiens. La pénurie d’effectif fut particulièrement aiguë à I' île de Naxos où, en 1946, ne restait plus qu' un seul prêtre en activité . Cette année - là, le P. Athanase Raimoundos se rendit à Naxos. L" année suivante, il y reçut un canonicat qui devait durer jusqu' en 1958. De cette manière, à plus de soixante ans de distance, les Assomptionnistes ont pu réaliser un projet en veilleuse depuis 1880. En 1949, un noviciat fut érigé à Naxos. Un des premiers novices fut Antoine Varthalitis . Cette maison servait aussi de lieu de villégiature pour les alumnistes pendant une partie de leurs vacances d'été .
En raison de la pénurie du clergé, l'archevêque d'Athènes offrit aux Assomptionnistes, en 1949 , les paroisses de Volos et du Pirée . Le P. Eustrate Roussos accepta la charge de curé de Volos qu’il assura jusqu' à son décès en 1963. Il repose à Volos. Grâce au retour en Grèce, en 1949, le P. Macaire Voutsinos , depuis 1935 curé de Kadicôy , il fut possible aussi de prendre en charge la paroisse la plus importante du Pirée où un Assomptionniste remplissait déjà les fonctions d'aumônier des Soeurs de St Joseph et des Frères des Ecoles Chrétiennes . Le P. Macaire resta au Pirée jusqu" en son décès en 1953, il y est enterré. En 1955, cette paroisse deviendra une communauté assomptionniste indépendante.
Le deuxième changement à souligner est I' amélioration progressive en Grèce, de la situation économique au cours de cette période de l'après - guerre. Cette amélioration entraîne le départ des îles de beaucoup de jeunes en recherche de travail dans les grandes agglomérations, notamment à Athènes. Comme les îles de Syra et de Tinos fournissaient I' essentiel du recrutement de l’alumnat, le nombre de candidats éventuels diminua fatalement. Le dernier alumniste à devenir prêtre assomptionniste est le P. Alexandre Psaltis qui est né à Tinos en 1941 et est entré à I' alumnat en 1952. Il convient de noter en passant que , depuis 1935 , outre les quatre alumnistes devenus assomptionnistes , quatres autres sont devenus prêtres T diocésains : Georges Varthalitis et Andréas Voutsinos ( Athènes ) , Nicolas Prindezis ( Syra ) et Démétrios Salachas ( exarchat de rite byzantin ) . En conséquence de I' urbanisme rapide d'Athènes et de l'établissement dans cette ville de nombreux Syriotes et Tiniotes , il était urgent de développer les structures pastorales . Déjà en 1951, I' archevêque Mgr Sigaias , voulait soustraire à la vaste paroisse de St Denis tout le nord d'Athènes avec sa banlieue et y ériger trois nouvelles paroisses qui seraient confiées respectivement aux Capucins , aux Jésuites et aux Assomptionnistes . Toutefois, au préalable, il fallait réaliser le projet de construire rue Heptanissou une chapelle suffisamment vaste pour servir ensuite d’église paroissiale. L’obstacle principal à cette réalisation était la pauvreté de la communauté. Grâce à la générosité des bienfaiteurs, notamment de Grèce et de France, on commença en 1959 la construction d’une crypte, suivie de celle de la chapelle. Bénie en 1964, celle - ci fut achevée complètement en 1972. Cependant, il fallut attendre, pour I’érection des trois nouvelles paroisses jusqu' en 1975. Le père Alexandre Psaltis, ordonné prêtre le 29 juin 1968, devint le premier curé de la paroisse Sainte Thérèse. Un troisième changement à noter. Timide hésitante au début, l’amélioration s’est accentuée des relations entre les membres des Eglises - soeurs. Cette amélioration était plus sensible chez les intellectuels, de part et d’autre. D’ une part, du côté catholique, des théologiens, surtout en Belgique, France et Hollande, s’intéressaient plus assidûment aux richesses spirituelles de la tradition byzantine. Du côté orthodoxe, des théologiens particulièrement impressionnés par es études critiques des Occidentaux surtout en patrologie, désiraient avoir accès aux travaux de ces savants. Par une heureuse coïncidence, I’apostolat doctrinal des assomptionnistes belges, français et hollandais commence à prendre un nouvel essor après 'dans les années 50. Il se trouvait donc un certain nombre d’Assomptionnistes étrangers disposés à se rendre en Grèce pour prêter main - forte leurs confrères grecs.
En fait, la fondation d’un centre d'études byzantines à Athènes avait déjà été envisagée avant la seconde guerre mondiale. En raison des tracasseries de administration turque, le groupe des byzantinistes de Kadikôy, responsables de la rédaction de la revue des Echos d" Orient, cherchait un nouvel endroit comme siège e I’oeuvre. Leur premier choix se porta sur Athènes où le groupe entretenait d’excellentes relations avec I' Ecole française d’archéologie et avec un certain ombre de savants grecs. Les membres de I' Académie d' Athènes sensibles à la haute qualité de leurs recherches et au prestige dont la ville aurait joui à cause de leur présence, étaient disposés à émettre un avis favorable. Cependant, archevêque orthodoxe d'Athènes, Mgr Chyssostomos Papadopoulos, imposa son veto. Obligé de renoncer à Athènes, les Patres Chalcedonienses s’installèrent d’abord à Bucarest et, par la suite à Paris. En 1948, le P. Théoctiste Sommaripas , dans un voyage en France , rencontra à Lyon le P. Sévérien Salaville . Né en Lozère en 881, le P. Salaville fut ordonné prêtre assomptionniste à Jérusalem en 1907. Affecté à la maison de Kadikôy dont il fut pendant longtemps le responsable, il avait, nous I' avons vu, accompagné à Athènes les alumnistes de Constantinople réfugiés en Grèce en 1916 . Secrétaire de Mgr Petit jusqu' en 1920, il était retourné cette année -là à Kadikôy pour relancer I' oeuvre des Echos d" Orient suspendue pendant la guerre. En 1927, il avait été nommé supérieur du collège international des assomptionnistes à Rome. Au cours de leur rencontre à Lyon, le P. Sommaripas lui fit miroiter les avantages d’un apostolat intellectuel en Grèce, dans des conditions plus décorables que celles de I' avant - guerre.
Comme les autorités assomptionnistes ne tardèrent pas à donner leur approbation à ce plan, le P. Salaville vint à Athènes en Janvier 1949. Avec la collaboration du P. Grégoire Nowack et a l’aide d’une subvention de la Délégation apostolique, le P. Salaville installa le centre d'études byzantines à s- étage de la maison donnant sur la rue des Cyclades. Bien connu pour ses recherches sur la liturgie orientale, ainsi que pour sa connaissance des Karaman - lidika (ouvrages en ngùe turque imprimés en caractères grecs), la présence du P . Salaville à Athènes t fort appréciée dans les milieux savants. Outre les byzantinistes étrangers de mage à Athènes, ne manquaient pas de lui rendre visite un certain nombre érudits orthodoxes. C’est ainsi que la communauté de Ste Thérèse reçut à table but- la première fois des prêtres orthodoxes , dont I' archimandrite Irénée Galanaz . Celui - ci, après une année d" études à l’Institut Catholique de Paris, fut nommé recteur du séminaire orthodoxe de Crète.
Le P. Salaville cumula la charge de responsable du centre d’études byzantines et la fonction d’aumônier des catholiques francophones d’Athènes. En juin 1950, il fut nommé délégué épiscopal pour le carmel Héraklion. Il fut invité a prêter son concours à la rédaction de la Règle des Sœurs de la Sainte Croix. Pendant trois ans il fut supérieur de la communauté de Ste Thérèse.
Cependant, I' espace disponible dans les deux immeubles (rue Heptanissou et rue des Cyclades) n’étaient pas suffisant pour héberger un centre d’études, un alumnat et une équipe pastorale. Par ailleurs, la diversité de ces apostolats posait parfois de graves difficultés. En attendant I' occasion de s' installer au quartier universitaire de la ville, les deux byzantinistes essaimèrent d' abord dans un appartement à Psychico, ensuite dans une villa de la même banlieue mise à leur disposition par I' archevêque d' Athènes . Là, ils prirent en charge aumônerie du collège des Soeurs Ursulines , tout en exerçant un ministère pastoral auprès des catholiques de la région . Au fil des années plusieurs Assomptionnistes se sont agrégés au Centre pour une durée plus ou moins longue, notamment le P. Pargoire Darouzés, membre de I' Institut français d’études byzantines de Paris , le P . Jean Patinot et le P. Emile Jean.
En Octobre 1951, le P. Ignace Prélorentzos fut muté de Kadikôy à Athènes. Curé du Pirée jusqu' en 1962, il fit partie de la communauté de Ste Thérèse jusqu' à sa mort survenue en Juillet 1983, à I' âge de 93 ans. En Juillet 1953, deux jeunes prêtres, Antoine Varthalitis et Augustin Roussos, rentrèrent de France revêtus du sacerdoce. Or, ils ignoraient encore qu’au cours de la nuit du 11 Février (jour de leur ordination) au 12 (jour de leur première messe) était mort le P. Macaire Voutsinos , curé du Pirée . Un Assomptionniste belge, le P. Trudo Jouniaux, passa une année à Ste Thérèse (février 1955 - mars 1956) pour perfectionner son grec et pour rendre service à I' alumnat. Il est suivi par un Français, le p. Xavier Jacob, qui reste là de Janvier 1956 à Septembre 1957. D’autres vinrent pendant les vacances, notamment deux Hollandais le P. Arno Burg, actuellement directeur du Centre oecuménique de Nimègue et le P. Patrick van der Aalst professeur de théologie orientale à I' Université de la même ville .
A la veille du Ile Concile de Vatican, I' apostolat assomptionniste en Grèce était encore en pleine vigueur. Toutefois , alors que le centre byzantin et le réseau d' activités centré sur Ste Thérèse ne manquaient pas de dynamisme, il fut nécessaire , par manque de religieux disponibles , de résilier les engagements pris à Naxos ( 1958 ) , au Pirée ( 1962 ) et à Volos (1963) . Déjà en 1951, le visiteur délégué du supérieur général, le P. Bernardin Balfontaine, dans un rapport très détaillé, avait attiré I" attention de la communauté sur un phénomène , hélas banal dans I’Eglise contemporaine: la pyramide des âges . En 1934, I' âge moyen de la communauté de Ste Thérèse était de 42 ans, en 1951, il était de 57 ans. Il y avait, certes, deux étudiants grecs, I’un à Rome, l’autre à Lyon. Cependant, qui serait en mesure d’assurer la relève? En 1984, cette question reste toujours ouverte.
REDACTEURS :
P. JULIAN WALTER
P. DANIEL STIERNON
Assomptionnistes
ATHENES 1984.
1) MGR LOUIS PETIT
- Né à Virez- la - Siézar (Haute Savoie) le 21 Février 1868.
- Nommé archevêque d’Athènes par le Pape Pie X le 4 Mars 1912.
- Au début de I" année 1926 il donne sa démission et retourne à Rome. - Mort à Menton le 5 Novembre 1927.
2) FRERES GABRIEL CHAIGNON ET JULES PECTOR
- Deux Frères Assomptionnistes qui ont travaillé auprès de Mgr Petit à Athènes
3) P. ALEXANDRE ORTAGIO
- A travaillé auprès de Mgr Petit comme secrétaire (1912 -1916 )
4)P SEVERIEN SALAVILLE
- Né le 29 Octobre 1881 à Servière (Lozère)
- Ordonné prêtre à Jérusalem en 1907
- A travaillé comme secrétaire de Mgr Petit à Athènes de 1916 1920 - II a passé ses dernières années en Grèce (1949 - 1965 )
- Mort à Athènes le 26 Octobre 1965. Il est enterré au caveau de la communauté à Héraklion, banlieue d’Athènes . - Il a fondé à Athènes, avec I" aide du P. Nowack , le centre d' études
Byzantines d’Athènes.
- Une courte bibliographie se trouve dans " Encyclopédie Religieuse et Morale " (Orthodoxe) (Vol. 10 col. 1127)
5)P . BASILE ROUSSOS
- Né le 6 Janvier 1884 à Ano Syra.
- Ordonné prêtre le 8 Septembre 1910 à Syra.
- A travaillé à Héraklion comme curé, à Athènes et au Pirée - Mort à Lorgues le 6 Décembre 1963 où il est enterré.
6) MGR ANTOINE - GREGOIRE VOUTSINOS
- Né le 8 Mai 1891 à Galissas (Syra)
- Ordonné prêtre en Belgique le 12 Mai 1918
- Ordonné évêque par Mgr Roncalli à Constantinople le 25 Juillet 1937 - Evêque de Syra du 18 Septembre 1937 -1947
- Archevêque de Corfou de 1947 -1952
- Mort à Athènes le 23 Avril 1968. Il est enterré au caveau de la communauté
7) P. EUSTRATE ROUSSOS
- Né le 17 Novembre 1885 à Ano Syra.
- Ordonné prêtre le 1er Septembre 1912 à Constantinople.
- A collaboré avec les prêtres de rite byzantin de 1921 - 1938
- De 1938 - 1949 il se trouvait à la tête de I’alumnat de Ste Thérèse. - De 1949 jusqu" à sa mort ( 19 Septembre 1963) il était curé de Volos où il est enterré au cimetière de cette même ville .
8) P MACAIRE VOUTS1NOS
- Né en 1884 à Ano Syra
- Ordonné prêtre en 1912 à Constantinople
- En 1949 il est venu en Grèce et est devenu curé du Pirée. - Mort au Pirée le 12 Février 1953.
9) P. NICEPHORE DOUNAVIS
- Né le 5 Février 1897 'a Vari (Syra)
- Ordonné prêtre le 29 Juillet 1928 à Louvain
- Il a travaillé en Roumanie de 1928 jusqu' au 24 Février 1933.
Ensuite il est resté à Athènes jusqu" à sa mort.
- Mort à Athènes le 23 Octobre 1969
10)P . ELPIDE STEPHANOU
- Né le 8 Janvier 1896 à Ano Syra
- Ordonné prêtre avec le P. Nicéphore le 29 Juillet 1928 à Louvain . - Il a fondé une Congrégation diocésaine de religieuses
" Soeurs de la Ste Croix "
- En 1935 il est venu à Athènes où il a été plusieurs fois supérieur. - Mort le 4 Janvier 1978
11) P ATHANAS E RAIMOUNDOS
- Né le 11 Décembre 1883 à Komi (Tinos)
- Ordonné prêtre le 1er Septembre 1912 à Kadikôy
- De 1926 - 1935 il a été aumônier chez les Fréres Maristes à Patissia - De 1935 - 1946 il est resté à la rue Heptanissou
- De 1946 - 1958 il a été curé de Komi (Tinos)
- Mort à Athènes le 7 Avril 1972
12) P. GREGOIRE NOWACK
- Né à Athènes le 28 Juillet 1918
- Ordonné prêtre à Rome en 1945 - Mort à Athènes le 5 Mai 1977