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DES TÉMOINS L’AFFIRMENT. POURQUOI NE PAS LES CROIRE? DANS CERTAINES CAPITALES D’EUROPE DE L’EST, PARMI LES CANDIDATS À L’ÉMIGRATION, L’ADRESSE DE LA PÉNICHE JE SERS À CONFLANS-SAINTEHONORINE SE TRANSMET CONFIDENTIELLEMENT DE BOUCHE À OREILLE. A PARIS, ELLE SE NÉGOCIE POUR QUELQUES EUROS PAR CEUX QUI, SANS ABRI, SANS PAPIER ET SANS FAMILLE, À BOUT, EXTÉNUÉS PAR DE VAINES DÉMARCHES, CHERCHENT UN NOUVEL ANCRAGE POUR NE PAS SOMBRER. REPORTAGE.

Le P. Nicolas Tarralle, assomptionniste, et Hugues Fresneau, laïc en mission, co-responsables de l’accueil, ne s’expliquent pas ce « succès ». « C’est un mystère », avouentils chacun de leur côté. Albert, 26 ans, d’origine albanaise, sur le bateau depuis trois ans, avance, quant à lui, quelques éléments de réponse. A partir de son itinéraire. « J’ai fui mon pays, l’Albanie, à 18 ans. J’ai passé trois ans en Grèce, puis je suis venu en France comme réfugié politique. J’ai d’abord été hébergé dans un foyer d’où j’ai été éjecté. A la maison de quartier où j’apprenais le français, des amis m’ont parlé d’une péniche où il y avait un prêtre qui s’occupait des gens comme moi et leur donnait un toit. Inquiet, angoissé même, je me suis présenté. J’ai rencontré le P. Arthur. Tout de suite, il m’a trouvé une place. Les débuts ont été difficiles. A cause de la diversité des gens et des nationalités. Mais j’ai réussi à franchir le pas, à être bien avec tout le monde, à m’intégrer. Maintenant j’ai une carte de séjour, et grâce à l’ANPE, j’ai trouvé un travail dans un restaurant de Conflans. J’ai appris le français sur le bateau où j’ai d’ailleurs été baptisé avec des enfants d’autres bateaux. J’aime bien ce lieu. Ici on ne se sent pas seul, ici j’ai trouvé une famille. Quand on vient avec notre histoire et nos problèmes, on est écouté et on ne se sent pas jugé. Tout le monde se met en quatre pour trouver une solution, et il y a toujours une solution, il y a toujours une espérance. »

Un flot incessant

Sur la péniche où il prépare chaque matin le petit-déjeuner pour tout le monde et où il assure par ailleurs quelques services communautaires en fonction de ses disponibilités, Albert fait partie de ceux qui doivent rester quelque temps, souvent pour des raisons de blocage administratif, alors que pour d’autres le séjour est relativement court. « Notre objectif, assure Hugues Fresneau, n’est pas de les garder ici, mais de les aider à trouver ou à retrouver une autonomie. Avec un logement, des papiers, et si possible un travail. A les remettre dans le circuit « normal », avec le secours des organismes sociaux d’aide et d’assistance. » C’est en 1989 que le P. Arthur Hervet, assomptionniste, est arrivé comme aumônier de la batellerie sur la péniche Je sers, un chaland en béton de 70 mètres. Sensibilisé aux populations marginalisées et en difficulté, il a tout de suite élargi les horizons de la paroisse fluviale par un accueil tout azimut. D’autres bateaux, comme Le Radieuxou La Colombe, sont venus se placer à côté du navire-amiral. Amarrés flanc contre flanc, reliés par de fragiles passerelles, ils accueillent dans un flot incessant de va et vient des bateliers, des familles africaines sans abri, des réfugiés sans papier, des émigrés sans travail. Pour quelques jours, quelques semaines au plus. A l’arrière du Je sers, la timonerie a été transformée en bureau d’accueil. « Ce qui m’a d’abord surprise en arrivant, témoigne Dominique Mallet, qui a séjourné sur la péniche pour un stage d’écrivain public, c’est l’exiguïté du lieu où pourtant on observe un défilé incessant. S’y croisent et s’y succèdent les résidents du bateau (une trentaine) et beaucoup d’autres : des gens du voyage, des personnes logées ailleurs par l’association La Pierre blanche, ceux qui cherchent une solution à leurs problèmes, les bateliers, et tous les amis, comme on les appelle ici… Celui-ci vient chercher son courrier, faire remplir une demande de CMU, un chèque, un dossier ; celui-là vient apporter son aide, son enthousiasme, des vêtements, des petits pots pour bébé… Prenant un raccourci, on pourrait dire que l’on voit défiler ici toute la misère du monde, mais il n’y a rien de misérable. Au contraire. »

On fait connaissance à table

Sur Le Radieux, dans la grande salle à manger où se retrouvent les résidents, les invités et les gens de passage, Hussein, le cuisinier libanais, fait des merveilles. Avec les denrées récupérées chaque jour pour la banque alimentaire dans les marchés ou auprès des centres commerciaux.

Dehors, à hauteur des regards, les péniches, lourdes de marchandises, glissent sur la Seine. Des cygnes majestueux et familiers frappent aux hublots en quête de nourriture. Le. P. Jean-François Labrière se fait un plaisir de les satisfaire avec quelques croûtons. A table, pas de place attitrée. Ainsi chacun peut plus facilement faire connaissance avec ses voisins et avec les nouveaux. Après la prière, le P. Nicolas présente les hôtes de passage, donne quelques nouvelles de la « famille » (« Noémie a accouché d’un petit garçon. Prudence est allée la voir. La maman et le bébé vont bien », « Cet après-midi Hugues et moi allons à la mairie pour un dossier important »), et sollicite les bonnes volontés pour la vaisselle et les services communautaires.

De l’entraide paroissiale à La Pierre Blanche

Car la vie d’une telle collectivité ne s’improvise pas. Il y faut un minimum de discipline et d’organisation. D’autant plus que dans ce même espace différentes réalités s’imbriquent et se superposent. A tout seigneur, tout honneur, il y a d’abord, à l’origine de tout, le Je sers, le bateau-chapelle, inauguré par le P. Joseph Bellanger en 1935, et la paroisse fluviale qui dépend du diocèse de Versailles. Créée à l’intention des bateliers et des anciens bateliers, elle est le lieu de rencontre et de prière d’une communauté de fidèles qui aiment bien s’y rendre pour la messe, les baptêmes, les mariages, les obsèques, les fêtes, les réunions… Après le P. Arthur, le P. Nicolas Tarralle, ordonné prêtre en 2006, est chargé de maintenir le cap. Dès le milieu des années 1930, le P. Joseph Bellanger avait aussi créé en lien avec le bateau-chapelle l’Entraide sociale batelière à l’intention des « bateliers et de tous ceux qui participent au fonctionnement de la batellerie ». L’oeuvre est toujours bien vivante. Elle porte en particulier le souci d’une banque alimentaire (2 fois par semaine) et d’un vestiaire (2 fois par semaine). Sous l’influence du P. Arthur, l’accueil de personnes pauvres et démunies, s’est aussi beaucoup développé. Pour accueillir toutes ces activités, il fallait une structure adaptée. D’où la création de l’association La Pierre blanche. s La grande salle à manger Une tonne de vêtements par semaine

Jeune retraité de la commune voisine de Maisons-Laffitte, Daniel, ancien directeur de ressources humaines dans une grande entreprise sidérurgique, a accepté d’en assumer la présidence. « Venu à la messe et au repas paroissial, je me suis fait « embaucher » par Arthur, confie-t-il dans un sourire. Je suis un mercenaire bénévole. Mon travail sur la péniche et dans l’association est de permettre aux choses d’exister et d’exister dans la durée. Je représente l’association à l’extérieur auprès de différentes instances, et j’essaye de veiller au bon fonctionnement de l’ensemble. Les dossiers sont nombreux : les problèmes juridiques et administratifs, les budgets, les salariés, l’entretien des bateaux, les questions de sécurité… la gestion de la banque alimentaire, les véhicules, les autres logements… Je viens aussi régulièrement sur le bateau, au moins deux ou trois fois par semaine, pour donner un coup de main à Nicolas et à Hugues et discuter avec eux. »

A chacun son travail

L’équipe de responsables ne chôme pas. Les autres non plus. A la cuisine, Hussein, avec quelques volontaires finit de ranger la vaisselle et commence déjà à préparer le repas du soir. Sur le quai, les camionnettes chargent et déchargent. Des fruits et des légumes récupérés à la fin des marchés, des meubles ou du linge reçus lors d’un déménagement. Des livres que le P. François de Sales Besson, moine bénédictin de Flavigny et aumônier des gens du voyage du Val d’Oise, se charge chaque lundi d’échanger pour quelques euros auprès des bouquinistes parisiens. Comme souvent l’après-midi, André, le jeune volontaire québécois assure un cours de français et d’alphabétisation. Une maman africaine se promène avec ses enfants. Sur le pont, Francine, fidèle parmi les fidèles, aidée de quelques amis, anciennes batelières comme elle, rangent dans la chambre froide les restes de la banque alimentaire et nettoient la salle « Sylvain Bernard », la salle polyvalente par excellence. Dortoir la nuit, elle se transforme en marché le mardi et le vendredi, en vestiaire le lundi et le jeudi, en lieu de catéchèse pour les enfants le mercredi. Le samedi, le dimanche et les jours de fête, elle sert de parvis à la chapelle et accueille les fidèles qui viennent, nombreux, assister aux messes et aux célébrations. Après la messe, elle devient place de l’église, lieu d’échanges où tous ceux qui le veulent peuvent partager l’apéritif et le repas.

Eucharistie et service de la charité

En bon voisinage avec les autres bateaux amarrés au quai de la République, le Je sersne cache pas son identité de bateauchapelle. A l’avant une grande croix et un panneau d’annonces paroissiales indiquent clairement la nature de ce lieu d’Eglise dans le monde de la batellerie. « Ce qui me plaît ici, explique Daniel, le président de La Pierre blanche, c’est que dans ce même espace, on illustre l’encyclique « Dieu est Amour » de Benoît XVI : là, c’est la chapelle, le lieu de l’eucharistie et de l’adoration, ici c’est le lieu du service et de la charité. C’est la même réalité, l’un ne va pas sans l’autre. » « La prière est l’axe de notre vie à bord », souligne le P. Jean-Pierre Heidet, membre de la communauté assomptionniste de la péniche, mais vicaire à mi-temps à Verneuil-Vernouillet. Tous les religieux de la communauté (Yves, Jean-François, Nicolas, Jean-Pierre…) ne travaillent pas pour la péniche, mais ils y demeurent, et proposent à tous ceux qui le souhaitent leur rythme de prière. « Bien des gens qui se sentaient en délicatesse avec l’Eglise ont retrouvé ici confiance et espérance », se réjouit Daniel.

Bernard Jouanno

René veille

René, légionnaire en retraite de 69 ans, loue sa chambre au coeur du Je sers. Là, du haut de l’escalier qui descend à la troisième salle, il veille sur l’effervescence qui règne dans la pièce, à l’image de la vie quotidienne de la péniche.

« Le matin, j’allume la lumière à 7 heures. Debout les gars, tout le monde au p’tit déjeuner. Y a des paresseux qui traînent bien sûr, mais faut que les lits soient pliés avant 8 heures et demi !»
A 9 heures, on descend chercher les caisses isothermes, empilées devant la chambre froide, pour partir chercher les surplus de nourriture aux supermarchés. René, lui, commence ces va-et-vient. « Ils apportent de tout les gens, toute la journée : des vêtements, des livres, des radios, des fers à repasser, des jouets… Et moi, toute la journée, je descends, je monte, je descends…»
A 10 heures, c’est l’arrivée de Francine qui avec Marte, Carmen et d’autres transforment la 3e salle en magasin. « Le lundi et le jeudi c’est le vestiaire. On sort tous les vêtements accumulés dans le troisième placard, on trie et on installe avant que tout le monde arrive. »
Le mardi et le vendredi c’est la banque alimentaire : Jamel vide la chambre froide. Une trentaine de personnes défilent jusqu’au début de l’après-midi pour remplir leurs paniers.
A 14 heures, la foule se disperse et une chaîne de bras se forme pour vider la salle. « Ensuite on charge le camion avec les surplus pour les livrer à d’autres associations et aux gitans».
L’après-midi c’est le nettoyage, tout doit être prêt avant le dîner. A 19 heures 15, « je sonne la cloche, mais y a jamais grand monde pour mettre la table ! Alors à 19h30, pour manger ils sont là, tous !». Ceux qui ont travaillé pendant la journée se retrouvent autour des tables, avec les invités du soir et les nouveaux arrivants qui sont présentés à la fin du repas.
Après l’alléluia qui clôture le repas tout le monde s’active : les uns font la vaisselle, les autres rangent la salle pour la retransformer en dortoir. « Les gars préparent leurs lits, et puis à 22 heures je ferme la porte». Les gars ce sont ceux qui sont là pour peu de temps, les célibataires de passage, ou bien les arrivés de dernière minute, en urgence. « Toute la nuit y a pas un bruit, ils savent que je surveille de là haut !».

La deuxième salle, attenante à la chapelle, fait office quant à elle de salle de réception à la sortie des baptêmes et des enterrements dans la semaine. « Je prépare les boissons et les gâteaux sur le bar, les gens sont contents. » Le dimanche, les fidèles qui débordent de la nef emplissent la salle d’où ils peuvent suivre la messe sur écran. René, lui, suit l’office de la passerelle qui domine la chapelle. « C’est le moment de répit, avant la reprise du rythme de la semaine…».

DIFFICILE, AU PREMIER ABORD, DE COMPRENDRE L’ORGANISATION DE CE QU’ON CONTINUE À APPELER « LA PÉNICHE ». LES ACTEURS EUX-MÊMES NE SONT PAS TRÈS PRÉOCCUPÉS PAR CES QUESTIONS D’ORGANIGRAMME, CAR TOUS LES JOURS, CE SONT DE NOUVELLES PERSONNES QU’IL FAUT ACCUEILLIR POUR UN HÉBERGEMENT OU UNE AIDE D’URGENCE, LA PRÉPARATION D’OBSÈQUES OU DE MARIAGE, UNE AIDE DANS DES DÉMARCHES ADMINISTRATIVES, DE LA NOURRITURE OU DES VÊTEMENTS… EN FAIT, VIVENT HARMONIEUSEMENT QUATRE RÉALITÉS DIFFÉRENTES QUI PARTAGENT LE MÊME IDÉAL DE SERVICE ET QUI SE SOUTIENNENT MUTUELLEMENT.


La paroisse des mariniers

Le bateau-chapelle Je sers est une des deux paroisses fluviales en France. On y célèbre les cérémonies religieuses des mariniers et toutes les activités d’une paroisse : baptêmes, mariages, enterrements, catéchèse (des enfants de l’Internat de la Batellerie et des environs). Le curé est agréé par l’évêque et avec son vicaire il participe à la pastorale du secteur, aux activités et réunions du doyenné et du diocèse. Les mariniers, moins nombreux qu’au début du XXe siècle, restent très attachés à ce lieu de culte et d’histoire de la batellerie. Plusieurs lois professionnelles furent promulguées sous l’égide de l’ESB. Ce bateau est aussi un lieu de vie communautaire religieuse. La chapelle est ouverte en permanence, et chacun est invité à partager les différents moments de prière de la communauté que des chrétiens du voisinage viennent eux aussi rejoindre. La cohabitation de la communauté religieuse et de la paroisse batelière donne au bateau-chapelle une chaleur et une originalité, qui attirent de nombreux autres chrétiens, désireux d’y célébrer un moment important de leur vie.

 

La communauté des religieux au coeur du dispositif

Le départ du P. Arthur a été l’occasion pour la congrégation des Augustins de l’Assomption, communément appelés Assomptionnistes, de réactualiser son engagement dans la mission du Je sers, en particulier en renforçant la communauté. Celle-ci est actuellement ainsi composée : Père Nicolas Tarralle, supérieur de la communauté et curé. Père Yves Geneau, vicaire. Père Jean-François Labrière, aumônier du mouvement Foi et Lumière (personnes handicapées) Père Jean-Pierre Heidet, vicaire de la paroisse de Verneuil- Vernouillet, et économe de la communauté La présence et l’action de cette communauté s’inspire de la Règle de Vie des Assomptionnistes. Extraits. « L’esprit du Fondateur nous pousse à faire nôtres les grandes causes de Dieu et de l’homme, à nous porter là où Dieu est menacé dans l’homme et l’homme menacé comme image de Dieu » (n° 4) « Nos communautés veulent partager les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de leur temps, surtout des pauvres et de tous ceux qui ont faim de soif de justice » (n° 13) « Notre vocation missionnaire nous appelle à nous faire « tout à tous ». Cette disponibilité requiert particulièrement : l’ouverture d’esprit et de coeur aux valeurs culturelles, sociales, religieuses des différents milieux » (n° 20). « Le partage des biens doit s’étendre à ceux qui sont dans le besoin, à ceux qui s’organisent en vue d’un monde plus juste, car la pauvreté, dans sa dimension sociale et internationale, nous appelle à être attentifs et présents aux problèmes collectifs de la vie des hommes » (n° 31). Ils croient en la valeur humaine et évangélique de la vie communautaire pour eux-mêmes comme pour les laïcs qui souhaitent la partager avec eux. Sur La Péniche, ils la proposent aussi aux blessés de la vie comme une voie de guérison. Telle est la méthode toute simple de « La Péniche ».

L’accueil, du dépannage à la réinsertion

La Péniche est aussi un centre d’hébergement d’urgence. C’est le père Arthur qui a étendu la fonction sociale initiale du Je sers en accueillant des personnes sortant de prison et des prostitués. Aujourd’hui une quarantaine de personnes sont hébergées provisoirement, le temps de reprendre confiance dans la vie, dans l’attente d’une régularisation, ou d’un logement qui n’arrive pas. Le bureau de La Pierre blanche, situé à l’arrière du Je sers voit défiler chaque jour une dizaine de nouvelles personnes dans la précarité. Tous les matins au petit-déjeuner, deux équipes partent récolter les denrées alimentaires de la grande distribution que le cuisinier prépare. D’autres personnes sont chargées de l’entretien et de la réparation des bateaux. Des bénévoles, pour certains hébergés sur le bateau, aident les personnes dans leurs démarches administratives, de recherche de travail et de logement, et pour l’apprentissage du français. C’est uniquement par le bouche-à-oreille que les assistants sociaux, ou le SAMU social ont connu ce lieu. Ils n’hésitent pas régulièrement à demander une place pour une famille que leurs services engorgés ne peuvent aider. L’objectif de l’accueil, loin de se limiter au « dépannage », est de fixer un projet avec chaque personne, d’apprendre à la connaître, l’entourer, et lui permettre de se réadapter à la vie sociale par la vie communautaire.

Les associations font bon ménage

En outre, le bateau héberge 6 sièges sociaux d’associations. L’Entraide sociale batelière est la doyenne des associations, créée en 1935 dans un but social, éducatif et religieux, elle continue à aider les bateliers dans leurs démarches administratives. Avec l’évolution de la profession, elle est un lien social important de solidarité avec les anciens mariniers. Elle s’occupe quatre jours par semaine, de la banque alimentaire et du vestiaire. La Pierre Blanche qui supervise l’accueil de personnes, assure également la gestion d’environ 70 appartements sous-loués à des familles n’ayant pas assez de garanties pour pouvoir louer par elles-mêmes. Le Secours catholique intervient dans de multiples actions auprès des plus démunis. L’Association des familles batelièresaide plus particulièrement les jeunes bateliers. Foi et lumière est une association de solidarité avec les personnes handicapées rattachée à l’Arche. La Vie batelière édite un journal familial et social avec la participation des Aumôniers de la batellerie et de bateliers correspondants régionaux. La cohabitation de personnes de toutes nationalités et origine sociale, le va-et-vient permanent des associations et des paroissiens, s’opère dans une sérénité qui n’a comme seule explication que l’action de l’Esprit-Saint.


A L’OCCASION D’UN RASSEMBLEMENT AMICAL AUTOUR DE LUI, LE 24 FÉVRIER 2007, À CERGY, ARTHUR PREND LA PAROLE ET RACONTE L’ORIGINE DE LA PIERRE BLANCHE.

Arthur était alors en communauté à Cachan où, pendant huit ans, il a été aumônier à l’ENSET. « Beaucoup de jeunes venaient à la communauté. Il y avait beaucoup de gens qui arrivaient et on ne savait plus quoi faire. Je me suis dit : « il faut qu’on trouve des appartements pour loger tout le monde » (déjà, à l’époque). Avec des étudiants nous sommes allés voir des personnalités politiques et ils nous ont demandé :

- Qu’est-ce que vous voulez ?
- Il me faut un appartement.
- Combien de sous ?
- J’ai pas réfléchi.

Enfin, ils nous ont quand même un peu aidés et nous avons commencé avec des étudiants de l’ENSET cette association. Pour laquelle il a fallu trouver un nom. Nous avons voulu que ce soit une association qui s’enracine dans le Christ. Et après avoir prié et réfléchi on a trouvé dans l’Apocalypse qu’il y avait un passage où il est écrit que chacun d’entre nous a dans sa main une pierre blanche sur laquelle son nom est inscrit. C’est pour ça que ceux qui viendraient, il faudrait qu’ils découvrent qu’ils ont dans leur main une pierre blanche sur laquelle leur nom est inscrit. Et nous sommes allés dans le monde de la nuit, de la prostitution. Ca n’a pas été cogité dans la tête. C’est plutôt les évènements qui ont provoqué les choses, c’est l’arrivée de Marc et de bien d’autres qui sont vivants, ou morts aujourd’hui parce qu’il y a le sida, la violence, la drogue ».

Quand il est arrivé sur le bateau, il dit lui-même qu’il était en difficulté. « A force d’accueillir du monde on me disait : « Arthur, arrête ! Il faut fermer la porte », et tout le monde poussait la porte ». A Lourdes il rencontre le Père Duvalet, responsable de la paroisse batelière de Conflans qui lui propose de lui succéder. Le Provincial accepte : « Il fallait bien me caser quelque part. Je ne savais plus très bien quoi faire de ma vie. J’ai été accueilli par tous les bateliers ; vous avez accepté de me prendre tel que j’étais. Et je suis resté parmi vous pendant quatre ou cinq ans, tout seul. Et ce n’est qu’au bout de quelque temps que j’ai vu arriver Hugues, le Père Jean-François, le Père Joseph, puis après Jean-Pierre, puis le Père François de Sales… ».

Et Nicolas est arrivé. « Nicolas était intrigué par ce que nous vivions. Un jour il a dit : « Je vais faire une retraite ». « Ah bon, tu vas faire une retraite ? ». Il me répond : « Oui, une retraite d’élection ». Et quand il est revenu, il m’a dit « J’ai pris la décision de rentrer à l’Assomption ». J’ai été très étonné. Non pas que je n’aime pas l’Assomption, mais je savais que les Jésuites et le Dominicains le regardaient. Grâce à Nicolas, ce projet est devenu une réalité importante prise en charge par l’Assomption. J’en suis très heureux. Donc maintenant je peux partir, je peux fonder encore autre chose, j’ai un tas d’idées (rires), mais de temps en temps je vous demande simplement l’autorisation de venir au bateau ».

PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES, D’ICI OU D’AILLEURS, PARFOIS DE TRÈS LOIN, ACCUEILLIS, PERMANENTS, OU VOLONTAIRES VENUS PRÊTER MAIN FORTE. ILS TÉMOIGNENT DE L’IMPACT DE L’ACCUEIL REÇU OU DONNÉ SUR LEUR VIE.

Comme une famille

Je suis arrivée au bateau en septembre 2004 avec mon fils et ma fille. Je ne sais pas ce que je serais devenue si le Père Arthur ne nous avait pas accueillis.

Ici je peux mener une vie normale, rien à voir avec les foyers et l’hôtel. Il y a beaucoup de nationalités ici et on essaye de vivre comme une famille.

Elena, Ukrainienne

Venez voir

Je suis resté au bateau d’octobre 2004 à mars 2007. Maintenant j’ai un appartement et je suis en formation de boulanger. Le bateau m’a formé pour la vie en France. Ce qui est important ici, c’est la prière. Commencer par ça le matin, ça change la journée ! J’ai envie de vous dire : venez voir ! C’est impressionnant ce qui se passe ici. Manger, travailler ensemble, ça apprend à respecter les autres.

Jacob, Arménien

La communion humaine

« Je suis arrivé en France en février 2003, pour tenter de me refaire une vie. J’étais chez un compatriote mais la situation est devenue intenable ; entre lui et sa femme, j’étais devenu très encombrant. J’ai des papiers mais impossible de trouver une place en foyer pour un homme seul comme moi. Alors l’assistante sociale m’a dit qu’elle avait trouvé une place sur un bateau, sur la Seine. J’étais surpris au début. Un bateau ? Je pensais que c’était un simple hébergement d’urgence et puis j’ai découvert un lieu d’Église. On ne m’avait pas prévenu ! Je suis catholique. Dès que j’ai vu la croix sur la péniche, j’étais rassuré, je n’avais plus peur.

Je connais la vie de communauté. J’ai vécu dans un internat religieux pour mes études au pays. J’apprenais le latin et la philosophie et puis on priait. Mais ici c’est pas pareil. Il y a des gens qui viennent de partout, un peu comme en cité. Des Slaves, des Africains, des Méditerranéens (chacun sa langue, sa mentalité, sa culture) mais tous sont des hommes avant tout, on se complète les uns les autres. Je suis frappé par la communion humaine qui règne ici alors qu’elle a disparu dans la société occidentale de nos jours. Des principes universels comme « aider son prochain ». A la péniche l’entraide et la solidarité ça marche pas à tous les coups ; tout le monde ne participe pas de la même manière et autant qu’il faudrait. Mais au moins on essaye ! Mes projets ? Ils sont simples : avoir un logement à moi, un travail, une vie normale quoi. »

Christian, Congolais

Un Dieu tendre envers moi et les autres

Milad, 28 ans, étudiant. En France depuis 2002. Chrétien. Je viens d’Égypte, donc étranger ? Le territoire du Je Sers est neutre, on n’y vit pas en étranger. Venu pour vivre un temps de volontariat avec l’Assomption, je voulais me rendre utile, me lancer dans une aventure humaine-spirituelle. J’ai découvert des hommes, des femmes et des enfants qui veulent vivre, et cela me touche. J’ai aussi fait des amis.

J’ai vu un Dieu tendre envers moi et envers ces personnes qui habitent sa sainte demeure. J’ai trouvé aussi une réponse à ma question. Il m’appelle à m’engager envers Lui et envers l’Homme. C’est pour cela que j’ai demandé le postulat à l’Assomption. Ma vocation n’est pas limitée à un lieu mais est destinée à l’Église et à Dieu qui sont aussi bien à Conflans que partout où on veut bien les voir.

Milad Yacoub, volontaire Assomption

Le droit de vivre

Ca fait quatre mois que je suis au Je sers. Le bateau a tout changé dans ma vie.

Le temps passe vite parce qu’on est tout le temps occupé. La chapelle c’est très important. C’est bon qu’il y ait des prêtres et des bénévoles ici, toujours prêts à nous écouter. Je me suis fait beaucoup d’amis ici. Donner le droit de manger, de dormir sous un toit, tout simplement, c’est donner le droit de vivre. Ici on oublie pour un temps que l’on n’a pas de papier. On se sent accepté, pour ce que l’on est, des personnes avant tout.

Yan, Georgien

Ici familles et enfants vivent en paix Je m’appelle André, je viens de la ville de Québec. J’ai connu la péniche par la communauté assomptionniste de làbas. J’ai découvert à bord des gens à qui le bien-être des autres tient à coeur, des gens qui donnent de leur temps et de leur énergie au service d’autrui. Ce qui est beau au bateau, c’est la place qui est faite à l’accueil des familles en difficulté, et la bonne entente entre les enfants. Ils sont tous amis ! Alors que beaucoup pourrait les séparer, la culture et parfois des histoires de guerres récentes, eux et leurs parents vivent en paix sur la péniche. Pour moi, c’est marquant.

...

... Le Je sers m’a montré une Église d’accueil, celle qui prend chez elle les gens tels qu’ils sont et qui qu’ils soient. Ce n’est pas nouveau, mais c’est très marqué au bateau, alors que d’autres lieux d’Église cherchent comment rejoindre les gens… ».

André Turgeon, volontaire Assomption

J’ai repris confiance

Je suis de Normandie et je viens de finir mes études à l’Institut d’Etudes Politiques de Rennes. J’ai passé deux mois cet été sur la péniche. Plongée dans le doute profond qui caractérise les moments de choix de route, j’étais à la recherche d’un break humain et spirituel ; l’expérience au bateau a dépassé toutes mes espérances !

J’y ai repris confiance. Confiance en l’homme, en découvrant une communauté de vies, miracle permanent, où l’on tente de redonner à chacun une place, dans sa dignité d’être humain, quelque soit son origine, son histoire et sa situation. Confiance en l’Église, en rencontrant tous ces religieux et chrétiens laïcs qui mettent leur vie au service des autres dans la plus grande simplicité. Confiance en moi, en réapprenant à puiser au fond de moi et à partager cette lumière du Christ que je croyais enfouie si loin. Je m’apprête à préparer l’Ena. Ce concours ...

... a pris un véritable sens avec mon passage sur le Je sers. Mon projet de vie : creuser le mystère du service à l’autre et du bien commun.

Magali Martin, volontaire

Venu pour vingt quatre heures, présent depuis treize ans. Je suis arrivé en janvier 1995. J’étais venu pour 24 heures, ça fait 13 ans que j’y suis. J’étais prêtre ouvrier. Je travaillais au Secours Catholique et rencontrais le père Arthur au Noël des SDF. Une fois à la retraite, j’ai fini par le rejoindre sur son bateau. C’est ici que j’ai pu donner une suite à ce que j’ai essayé de construire toute ma vie : une proximité avec les gens simples. Rester au service c’est le défi que l’on essaye de relever ici. J’essaye de me consacrer à l’accompagnement des anciens des bateliers, des personnes dont l’âge avance et de ceux qui sont nés différents. Faire quelque chose pour eux, avec eux et à partir d’eux. La péniche c’est un lieu où l’on reprend le temps de s’apprivoiser et de se faire confiance. J’essaye tout simplement d’être une présence, un compagnon de route, à l’écoute de la vie des autres. Le reste est à la grâce de Dieu.

Jean-François Labrière, assomptionniste

LE SOUTIEN DE L’ASSOMPTION, DU DIOCÈSE ET D’AMIS FIDÈLES, L’APPROFONDISSEMENT DU SENS ET DES EXIGENCES DE L’HOSPITALITÉ, UN RÉSEAU DE VOLONTAIRES TOUJOURS RENOUVELÉ, DES COMPÉTENCES ET DU DÉVOUEMENT SONT INDISPENSABLES POUR FAIRE VIVRE L’OEUVRE ET LUI PERMETTRE D’ACCUEILLIR CES HOMMES, FEMMES, JEUNES ET ENFANTS EN SITUATION DE DÉTRESSE

Une vie toute donnée, 7 jours sur 7, une vie de veilleur de jour et de nuit, l’oreille attentive à tout appel au secours, les bras ouverts pour accueillir, la parole qui met en confiance, le sourire qui encourage. Une vie de prêtre priant, qui, du matin au soir, intercède, appelle à l’aide et rend grâces. Une vie qui interpelle et suscite de nombreux engagements de bénévoles et de bienfaiteurs.

Une organisation qui n’en est pas une, toute tendue à répondre à l’urgence.

Improvisations audacieuses qui semblent inspirées, solutions à l’emporte-pièce qui fonctionnent, colères froides qui bousculent les certitudes administratives, mais toujours avec ce frémissement de compassion pour toute misère, surtout celle qui menace des enfants.

Une mise en oeuvre concrète de l’Evangile, le service de la paroisse et de la population batelières, la compassion inconditionnelle pour ceux qui souffrent et que Dieu envoie au bateau : sortants de prison, SDF avec ou sans papiers, réfugiés arrivant de partout, mamans avec enfants jetées à la rue, Roms en déshérence, jeunes en fugue… Accueillis, logés et nourris, remis en route ou attendant des papiers.

Bref, un homme-orchestre tout entier engagé au service des plus pauvres, (et parfois sous des formes qui agacent ou irritent), mais toujours nourri de l’Eucharistie qui est le Centre de la vie sur le bateau

Combien nous ont dit : « Il ne faut pas que ça change ! » Certes, mais il n’y a qu’un Père Arthur qui maitrisait tout et nous sommes plusieurs qui ne maitrisons pas encore tout. Nous voulons maintenant consolider l’héritage, garder l’intuition fondamentale : tenir la prière au coeur du service des plus pauvres et fonder de nouvelles pratiques par un partage des tâches.

Nous ne sommes pas seuls dans cette aventure ! Et la providence nous a gâtés de bonnes nouvelles : La Congrégation de l’Assomption s’engage avec force dans le projet. Elle a nommé le Père Nicolas comme curé de la paroisse et mandaté Hugues par lettre de mission pour prendre en charge toute la partie « accueil » en binôme avec Nicolas. Elle envoie des frères et des soeurs en appui pour le service quotidien. Le Père Évêque de Versailles souhaite que le bateau accueille ses séminaristes pour des stages pendant leur cycle d’études. La Paroisse batelière et les bienfaiteurs continuent activement à soutenir l’oeuvre.

Daniel Lionet, Président de La Pierre Blanche

Nicolas Tarralle, assomptionniste

L’ESSENTIEL COMMENCE PAR LE COMPAGNONNAGE

Tu es responsable devant l’Assomption et l’Église diocésaine du projet de La Péniche. Quel sens donnes-tu à ta présence ici ?

Je dirais que c’est de témoigner d’un dynamisme d’accueil qui me précède. Il est possible de dire à des hommes et des femmes qui ne savent pas où aller : « viens ici, on va se serrer ». J’en ai été marqué il y a plus de 10 ans lorsque j’ai vécu au Je Sers avec Arthur et Hugues, et je me suis tourné vers l’Assomption pour trouver des frères avec qui creuser cet appel. C’est donc maintenant en solidarité avec toute la Province de France des Assomptionnistes que je suis revenu au Je Sers, envoyé par des frères qui attestent de la richesse évangélique de l’accueil qui s’y vit. Et le fait que je sois nommé curé de la paroisse fluviale marque le lien de la communauté d’accueil du Je Sers, religieux et laïcs, avec l’Église locale. Ce que nous sommes appelés à vivre est une promesse pour l’Église.

Souhaites-tu prendre une direction particulière?

Oui, celle que l’Esprit nous appelle à suivre ! Cela veut dire très concrètement que si j’ai bien quelques convictions, l’essentiel est dans le discernement communautaire. Et ce discernement a deux dimensions : un engagement résolu dans le mouvement de la vie qui amène son lot de situations, de questions et de réponses, et des temps de recul, d’échange, pour vérifier. Il faut commencer par le premier mouvement, sans trop savoir où l’on va, pour que la vérité de l’accueil puisse surgir. Ma première préoccupation a donc été de rendre possible la continuité de cet accueil, de l’inscrire dans la durée, d’en partager toujours plus largement les préoccupations… L’arrivée de Yves en communauté, la présence régulière en semaine de Joseph, de Myriam, de Laurence, de Jean-Marc, Marc et Marcos, de Milad et Willy, de Léon et d’autres encore est un signe que l’accueil a quelque chose de contagieux.Voilà peut-être ce que je veux : que le plus grand nombre de personnes viennent y goûter et que la contagion de l’accueil se propage ! Cela nous invite à cerner deux dimensions complémentaires qui sont mêlées au quotidien : l’accueil des personnes à bord des bateaux et le logement dans des appartements dont nous avons la charge. L’unité des personnes et de leurs histoires pour se relever invite à les tenir ensemble. Mais pour rencontrer des personnes, l’essentiel commence avec le compagnonnage: « venez manger avec nous, nous allons partager le pain».

Yves Geneau, assomptionniste

RESTER COMME L'AUBERGE DU BON SAMARITAIN

Je viens d'être appelé ici. Je connaissais le bateau depuis quelques années mais je suis venu sans idée préconçue. Pour l'instant je n'ai pas d'idée précise sur ce que je vais pouvoir apporter ici. Comment est-ce que je vois ce lieu ? Je reprendrais la phrase d'un laïc : « Il faut que le bateau reste comme l'auberge du bon Samaritain ». C'est un peu comme cela que je conçois la péniche : le lieu de la dernière chance. Quelles que soient les circonstances, on continuera ici à accueillir. Pour moi, l'évolution actuelles des conditions économiques et politiques risque de mettre en difficulté de plus en plus de personnes, de plus en plus diverses. Si face à cette situation les structures d'État se retrouvent de plus en plus démunies, j'espère que nous saurons, quant à nous, rester assez souples pour nous adapter. Ce que j'attends de mon travail ici ? J'ai toujours eu une congrégation religieuse derrière moi, je ne me retrouverai jamais à la rue. A défaut de connaître cette situation, on peut essayer de l'approcher pour mieux en être solidaire. Je souhaite que la vie religieuse sur le Je serspuisse éveiller chez ceux qui sont accueillis l'esprit communautaire. « Chaque fois que vous serez au moins trois réunis en mon nom, Je serai là, au milieu de vous » : puissions-nous être assez unis pour aider les autres à découvrir la présence du Christ en ce moment de leur vie.

Hugues Fresneau, laïc engagé avec l'Assomption

ÊTRE ACCUEILLI PAR CEUX QUE L'ON RECOIT

Être au plus près du coeur de Dieu, avec les faibles d'esprit, les opprimés, les pauvres, les prisonniers, les sans papiers, les malades, etc., c'est s'engager sur un chemin d'Évangile. Et être accueilli par ceux que l'on reçoit, comme le Christ nous accueille dans l'eucharistie, c'est être au coeur de l'évangile ! Puissent au « Je Sers » les coeurs de l'Assomption résonner de cette bonne nouvelle !

Voici les repères qui nous guident en ce moment de rentrée 2007 à Conflans.
- tout le monde peut trouver sa place ici : pas de critères a priori mais nous sommes confrontés à nos limites, personnelles, organisationnelles, matérielles : nombreuses sont les fois où nous ne pouvons pas accueillir,
- notre attention se porte sur les situations « en creux » des dispositifs existants : comme une dernière chance pour remonter la pente,
- nous faisons tout pour que les personnes puissent repartir dans des conditions meilleures qu’elles ne sont arrivées : témoignage de la tendresse de Dieu pour chacun.

Des étapes distinctes se dessinent :

1 - A bord du Je Sers
a) Accueillir sans condition : Hugues ou Nicolas, parfois un tiers, assume cette décision pour quelques jours, au nom de la communauté assomptionniste. Dans l’esprit de notre nomination et de la lettre de mission.
b) Vivre ensemble : la vie assomptionniste donne le cadre communautaire, souple et familial, augustinien : tout le monde participe à la vie commune selon ses capacités
c) Accompagner les personnes dans l’évolution de leur situation : des amis sont invités à tisser des liens et suivre des démarches (papiers, travail…) qui consolident la sortie vers le haut

2 — Dans un logement autonome
a) La Pierre Blancheloue des logements pour les sous-louer : la signature du bail est un pas décisif pour l’autonomie des personnes.
b) Les situations restent souvent précaires : des amis sont invités à continuer les liens tissés pour accompagner les personnes dans les difficultés liées à la prise en charge d’un logement, et dans la recherche d’un logement durable.
c) Les logements de La Pierre Blancheont vocation à être des passerelles vers d’autres logements : mais ils auront été l’occasion de tisser des liens et de faire grandir une amitié dont pourront peut-être bénéficier celles et ceux qui attendent d’être accueillis.

La communauté assomptionniste et Hugues ne suffisent pas à la tâche. Le besoin le plus criant est l’accompagnement des personnes. Nous avons proposé à Laurence de seconder Hugues pour cette dimension centrale de l’accueil : en lien avec Joseph et Myriam. Leur priorité ne serait plus l’urgence de l’accueil, mais l’urgence de suivre les échéances personnalisées.

Nicolas Tarralle

 

 

 

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