LA PRÉSENTATION ET L’ACCUEIL OFFICIEL DE LA COMMUNAUTÉ À SOKODÉ ONT CONSTITUÉ L’ÉVÉNEMENT FONDATEUR DE L’IMPLANTATION DES ASSOMPTIONNISTES EN AFRIQUE DE L’OUEST. ILS ÉTAIENT ATTENDUS DEPUIS LONGTEMPS. LA JOIE QU’A PROCURÉ LEUR VENUE S’EST EXPRIMÉE AVEC CHALEUR ET SPONTANÉITÉ. C’EST UN TEMPS DE FIANÇAILLES QUI COMMENCE. POUR PERMETTRE AUX RELIGIEUX DE LA PROVINCE DE COMPRENDRE LE CONTEXTE DE CETTE FONDATION, LES OBJECTIFS DE LA COMMUNAUTÉ ET DE SE SENTIR EN COMMUNION AVEC CES FRÈRES, ATLP PUBLIE UN RÉCIT DE LA JOURNÉE DU 5 NOVEMBRE 2006, QUELQUES UNS DES DISCOURS PRONONCÉS ET LES RÉFLEXIONS DE LA COMMUNAUTÉ SUR SES PREMIERS PAS.

Le dimanche 5 novembre, à la station secondaire Notre Dame de l’Assomption de Komah, nous avons été présentés officiellement — René Mihigo, Jean-Paul Sagadou, Roger Randriarinala, Jean-Baptiste Katembo et Bernard Jouanno — à l’Église famille de Dieu du diocèse de Sokodé, diocèse situé au centre du Togo entre le Nord et le Sud. C’était un jour de fête, de joie et d’allégresse non seulement dans notre station secondaire de Komah — une des stations secondaires de la Paroisse Notre Dame de la Visitation de Kouloundè — destinée à devenir tôt ou tard paroisse assomptionniste, mais aussi dans tout le diocèse, après dix ans d’attente dans la patience. La journée s’annonçait belle et pleine d’allure.

La célébration eucharistique a été précédée de la bénédiction de notre maison par l’Évêque du diocèse, Mgr Ambroise Kotamba Djoliba, entouré du Curé de la cathédrale, du Doyen de notre doyenné de Soutoubwa, de quatre autres prêtres dont le fondateur du « Puits de Jacob » (P. Bertrand Lepesant), des trois Provinciaux d’Afrique (P. Vincent Kambere), de France (P. Benoît Grière) et de Madagascar (Daniel Carton), des membres de notre communauté et d’une poignée de fidèles. De là nous nous sommes dirigés vers la station pour l’Eucharistie qui a commencé à 8heures pour prendre fin à 11 heures. Des femmes, des hommes, des élèves et des enfants, gais et détendus, sont venus de tous les coins de la paroisse de Kouloundè, de la ville de Sokodé, voire du diocèse. La célébration a débuté par la procession d’entrée, impressionnante par la fanfare, la chorale qui chantait et dansait, les enfants de choeur, les prêtres et l’Évêque qu’elle entraînait. C’était un défilé majestueux et multicolore au milieu une grande foule en liesse et au brassage ethnique, sous des bâches et les feuillages des manguiers, à l’abri des rayons du soleil sahélien.

L’Évêque, avant d’ouvrir la Célébration Eucharistique par le signe de la croix, a d’abord fait la présentation des Pères Assomptionnistes, qui a été suivie des explications de la cérémonie de « la calebasse de l’arbre » et du mot d’Accueil du Curé de la Cathédrale.

Derrière l’Autel artistiquement construit et embelli pour la circonstance, étaient assis les prêtres, les uns à gauche de l’Évêque et les autres à sa droite. Présidant l’Eucharistie, Mgr l’Évêque a fait une homélie très courte mais néanmoins riche d’enseignement, dans laquelle il a parlé de la communauté des Pères Assomptionnistes comme un don de Dieu fait au diocèse de Sokodé. « Pour que ce don nous soit bénéfique, a-t-il dit, nous avons ouvert nos coeurs pour écouter la parole de Dieu (…), qui nous invite tous à grandir et à vivre dans l’amour de Dieu et du prochain (…) » pour construire une maison vivante, viable et vivable. « Ce n’est pas nous qui construisons la maison pour le Seigneur, a martelé le père de la famille de Dieu de Sokodé, c’est lui qui construit une maison pour nous, une communauté pour nous en nous demandant d’apporter notre pierre, si petite soit-elle. Qu’il mette en nous le désir et la volonté de rester à sa disposition avec le même zèle et dynamisme qui nous ont animés jusqu’aujourd’hui ».

Il a directement fait suivre son homélie de son mot d’Accueil et d’installation officielle des Pères Assomptionnistes. Il a parlé de rassemblement des anciens et des chefs de la famille des Pères Assomptionnistes et de ceux du diocèse de Sokodé pour célébrer les fiançailles de leur fille (la communauté chrétienne de Komah) et de leur fils (la communauté religieuse des Assomptionnistes de Sokodé), en officialisant l’alliance pour la vie entre les deux familles mentionnées.

La cérémonie de « la calebasse de l’arbre », la quête en espèce et en nature, la collecte suivant les jours de naissance…, accompagnées des chants soigneusement choisis et exécutés par les trois chorales (de Komah, de la Cathédrale et de Kouloundè), ont donné un cachet spécifique, mieux un symbolisme très riche, qui a rehaussé le sens de la célébration. À la fin de la messe, trois intervenants — Mme Florence, Présidente du Comité forain de Komah, Benoît Grière, Provincial de France et René Mihigo, supérieur de la communauté a.a de Sokodé — ont respectivement adressé leurs mots de remerciements à l’Évêque, aux prêtres, aux Religieuses et aux invités, qui avaient rehaussé de leur présence la dite présentation officielle, ainsi qu’à tous les fidèles qui s’étaient mobilisés pour l’organisation de la fête et sa réussite. Après la messe, pour célébrer la vie et marquer l’unité, un sandwich a été servi à tout le monde. Un repas festif a été offert aux convives dans la grande salle du CERFORE. Dans l’après-midi jusque vers 17h30, ce fut la merveilleuse démonstration des danses traditionnelles — l’une après l’autre — de différentes ethnies de Sokodé.

La journée a été magnifiquement réussie. La joie qui s’exprimait dans les yeux et sur les lèvres par le sourire, les chants, les chants et les danses, les préparatifs de la fête ainsi que l’organisation dans son ensemble, étaient des signes plus qu'éloquents que leur rêve était réalisé : la présence de Religieux dans le diocèse et la présence de Prêtres résidant sur la station de Komah en vue d’une paroisse autonome. « Nous vous attendions impatiemment », ne nous disaient-ils pas chrétiens, prêtres… non seulement le jour de notre arrivée à Sokodé, mais aussi les autres jours chaque fois que nous les rencontrions ou qu’ils venaient nous souhaiter la bienvenue. L’Évêque lui-même, lors des Journées Pastorales Diocésaines — auxquelles nous avions participé trois jours après notre arrivée — avait qualifié notre arrivée d’aboutissement « d’une longue histoire d’amour ».

Et le jour de notre première messe à la Station de Komah, la présidente du Conseil forain de la station s’exprimait ainsi au début de son mot de remerciement : « Loué soit Jésus-Christ à jamais », avant de poursuivre: « Révérends Pères, il y a plus d’un an que cette communauté joyeuse que vous avez devant vous a fait un rêve : celui d’accueillir en son sein les Pères Assomptionnistes…

Les femmes, les hommes, les jeunes et les enfants de notre station ont prié avec confiance le Tout-puissant. Et le Seigneur qui est toujours à l’oeuvre en vue d’étendre son Règne… a entendu nos prières et les a exaucées… Votre présence parmi nous ce matin est la preuve que notre rêve est devenu réalité… Loué soit Jésus-Christ ! À jamais ».

Oui ! Loué soit notre Dieu le Père, loué soit notre Seigneur Jésus le Christ, loué soit l’Esprit Saint pour tout ce dont nous avons été témoins. Merci à l’Évêque et aux chrétiens de Sokodé. Nous sommes fiers de la station qui nous a été confiée et de nos chrétiens qui, dans un élan du coeur, ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour la réussite de cette journée mémorable. Puisse Dieu les bénir et nous avec ; puisse-t-il combler leurs attentes et les nôtres, tout en nous réservant une grande santé, indispensable pour notre mission reçue de la congrégation en général et des trois provinces en particulier. Vive le diocèse de Sokodé ! Vive l’Assomption !

Jean-Baptiste KATEMBO

En ma qualité d’ancien, Père de la maison où nous sommes convoqués, je prends la parole pour vous saluer tous, vous remercier d’avoir répondu présents à notre appel et pour vous donner la nouvelle qui nous rassemble.

Dans nos traditions africaines, quand une réunion est convoquée, c’est qu’il y a quelque chose de sérieux et d’important. Chaque fois que les anciens et les chefs des familles sont convoqués, c’est qu’il y a quelque chose de grave et d’important pour la vie du groupe, du clan, de la tribu, du village. Aujourd’hui, nous avons, ici rassemblés, les anciens et les chefs de la famille des Pères Assomptionnistes et les anciens du diocèse de Sokodé. Nous voulons ensemble conjurer un malheur qui, en Afrique, s’appelle célibat imposé et qui freine la croissance d’une famille et, à la longue, finit par la rayer de la carte des vivants.

Père de la famille diocésaine de Sokodé, je sens, depuis quelques années, qu’il faut une âme soeur à la station secondaire de Komah CERFORE (Assomption). Cette station grandit en âge, en taille, étendant ses tentacules missionnaires assez loin ; elle grandit aussi en sagesse, en maturité et sait prendre ses responsabilités dans l’Église, elle sait prendre des initiatives heureuses et ne manque pas de dynamisme. C’est ainsi que, pensant à l’avenir, elle a acquis six lots de terrain pour l’expansion de l’Eglise-Famille de Jésus-Christ afin qu’un jour Dieu puisse s’inviter chez elle et ait sa demeure parmi les hommes dans Komah.

Cette station secondaire du CERFORE peut être comparée à un jeune homme sérieux et travailleur qui n’est frappé d’aucune maladie pouvant l’empêcher de fonder une famille et d’en assumer les responsabilités.

C’est pourquoi la famille diocésaine de Sokodé qui sait que l’enfant est la promesse de continuité d’une famille, est rentrée en contact avec la famille des Pères Assomptionnistes où il y a plus de personnel apostolique, et ensemble nous voulons trouver une âme soeur à la station secondaire de Komah CERFORE Assomption, pour que cette station devienne adulte par le mariage. Aujourd’hui, c’est la rencontre officielle des deux fiancés en présence des anciens de leurs familles et sous le regard de Dieu pour poser les bases d’une alliance pour la vie. En Afrique, le mariage est d’abord une alliance entre deux familles avant d’être une alliance entre deux jeunes. Nous voulons faire les choses à l’africaine.Voilà la nouvelle qui explique notre présence à tous ici aujourd’hui. Cette nouvelle est source de joie et d’espérance. Elle est aussi une longue histoire d’amour qui a commencé en 1995. Nous attendons, du conseil des anciens et chefs des deux familles, un feu vert pour célébrer les fiançailles devant Dieu. En Afrique, tout se fait au vu et su des anciens, au vu et su des vivants en communion avec les ancêtres d’au-delà qui apportent bénédiction et bonheur.

Je saisis cette occasion pour remercier les Soeurs de l’Assomption de Sokodé qui ont bien voulu mettre une case à la disposition des fiancés, leur évitant d’aller à l’aventure. Merci à Soeur Emérentienne, Soeur de St Augustin de la Librairie bon Pasteur de Lomé, et à Monsieur et Madame Akpalo Venance qui accueillent généreusement les Pères Assomptionnistes à Lomé, leur donnant hébergement et couvert avant de leur montrer la route de Sokodé. À ce titre, ils sont tantes et oncles des fiancés. Merci aux Soeurs Orantes de l’Assomption de Sokodé par qui nous sommes passés plusieurs fois pour envoyer des billets doux au Congo Démocratique. Elles y sont pour quelque chose dans le rapprochement des deux fiancés. Elles sont aussi des tantes. Et parce que tout vient de Dieu et doit retourner à Dieu, je souhaite que la célébration de ces fiançailles soit une action de grâce au Maître de la moisson pour les ouvriers qu’il nous envoie. Merci !

Excellence, Mgr Ambroise Djoliba, Père Célestin, curé de la paroisse, chers Pères, prêtres du diocèse de Sokodé, chères Soeurs, religieuses et tout particulièrement nos soeurs de l’Assomption, les religieuses et les Orantes, chers amis, fidèles des paroisses de Sokodé, Messieurs les représentants des autorités officielles et traditionnelles

Je suis heureux de présenter aux Chrétiens du diocèse la communauté des religieux assomptionnistes. Ils sont quatre pour le moment, à constituer la première communauté assomptionniste du Togo. Quatre hommes encore jeunes, qui viennent se mettre au service du diocèse pour contribuer à l’avènement du règne de Dieu et implanter le charisme de l’Assomption masculine en Afrique de l’Ouest. Vous les connaissez déjà un peu :

Le père René Mihigo est Congolais (RDC), originaire de la région des grands lacs, à l’est du Congo, du diocèse de Bukavu. Il fut le premier maître des novices congolais avant d’être appelé à Rome, où pendant 6 ans, il fut assistant du Père général des Assomptionnistes. René a été volontaire pour participer à l’aventure togolaise. L’an dernier, à Paris, il s’est préparé sérieusement à sa nouvelle mission en suivant des cours sur l’Islam africain. Notre congrégation travaille dans le domaine du dialogue oecuménique et interreligieux. C’est un homme au caractère affirmé qui a été choisi pour être le supérieur de la communauté, c’est-à-dire dans la tradition assomptionniste, le frère qui aide chaque membre de la communauté à vivre avec bonheur sa vocation.

Le père Jean-Baptiste Katembo, lui aussi du Congo, originaire du diocèse de Beni-Butembo, diocèse fondé il y a plus de 70 ans par les assomptionnistes. Il est né dans une paroisse de montagne au climat tempéré, où tout pousse, les céréales, les légumes, etc. une terre bénie de Dieu. Il fut curé d’une grosse paroisse jusqu’au jour où il fut sollicité pour se préparer à la fondation en Afrique de l’Ouest. C’est en France où pendant 3 ans il s’initia à l’audiovisuel, à la radio, au journalisme chrétien, à Lyon, Paris et Lille. Jean-Baptiste est un homme paisible, mais qui sait se dévouer pour les grandes causes de Dieu et de l’homme.

Le père Jean-Paul Sagadou est un enfant du Sahel, un fils du diocèse de Fada N’gourma au Burkina Faso. Prêtre ordonné l’année du jubilé de l’an 2000, il souhaitait depuis longtemps cheminer avec l’Assomption. Famille religieuse qu’il connaît depuis 15 ans grâce aux Religieuses de l’Assomption et à un professeur assomptionniste du petit séminaire de Koupela. Mgr Paul Ouedraogo lui permit de tenter l’expérience de la vie religieuse et il fit son noviciat l’an dernier. Jean-Paul aime la philosophie, la théologie, le monde des jeunes. C’est un homme qui a trouvé à l’Assomption une famille religieuse, comme il le dit luimême, qui aime aux dimensions du monde. Jean-Paul aime déjà le diocèse de Sokodé.

Le frère Roger Randriarinala est un fils de la grande île de l’océan indien, Madagascar. Cette terre où influences africaines et asiatiques se conjuguent pour donner naissance à un peuple pacifique et doux. Roger est un jeune frère, discret, un peu timide, qui a terminé ses études en théologie et qui se prépare à la prêtrise. C’est un frère attentif au bien être de ses frères : un bon repas, une maison bien propre, un sourire… Mais c’est aussi un apôtre qui sera ordonné diacre prochainement.

Je ne voudrai pas oublier le frère Bernard Jouanno, Français de Bretagne, qui est ici aujourd’hui et qui s’installera à Sokodé en septembre 2007. Bernard est journaliste à Paris. Il fut rédacteur en chef religieux au magazine Pèlerin puis grand reporter au quotidien La Croix. Bernard a accepté de participer à la fondation du Togo en mettant ses compétences professionnelles au service de l’Église de l’Afrique de l’Ouest.

Voilà, Excellence, les frères assomptionnistes que vous accueillez aujourd’hui. Ce sont des hommes passionnés par le Royaume de Dieu. Je sais qu’en vous les confiant, à vous, aux chrétiens du diocèse, qu’ils seront heureux de témoigner de leur attachement au Christ. Ils sont là pour servir. Soyez patients, laissez-leur du temps pour qu’ils découvrent et comprennent votre beau pays. N’ayez pas peur de les solliciter et ne soyez pas déçus s’ils n’en peuvent pas tout faire.

Mgr Ambroise vous avez fait preuve de beaucoup de patience et de persévérance en attendant près de 10 ans pour que nous répondions à votre invitation de nous installer chez vous. Vous portez un prénom qui a beaucoup de résonance pour nous, religieux augustins. Ambroise votre patron, fut évêque de Milan. C’est lui qui en 381 a baptisé notre père saint Augustin. Augustin avait beaucoup attendu pour recevoir la grâce du baptême et c’est Ambroise qui lui donna. Vous avez patienté et nous voilà, augustins de l’Assomption, reçus par Ambroise à Sokodé. Avec vous nous savons que nous sommes bénis.

Père Benoît GRIERE a.a.

Révérends Pères Assomptionnistes,

Vous avez devant vous plusieurs symboles : l’eau, la calebasse, une femme, une petite fille et des kpandjamas.

1. L’eau est source de vie. Nous vous l’offrons pour étancher votre soif, car le chemin qui vous a conduit à Sokodé est long, très long, plein de poussière, de cailloux et de boue.

2. La calebasse : l’eau vous est offerte dans une calebasse qu’on appelle dans une de nos langues locales : « la calebasse de l’arbre ». Notre calebasse de l’arbre symbolise le coeur de l’Afrique. Vous êtes donc accueillis ce matin par l’Eglise africaine qui est à Sokodé.

3. La femme : l’eau dans une calebasse vous est offerte par une femme. Nous savons tous que la femme est source de vie. En Afrique, c’est la femme qui donne de l’eau à l’étranger. Elle lui transmet donc la vie à travers son sourire et l’eau qu’elle offre.

4. La fille exprime la prière de la communauté qui vous accueille ce matin « Seigneur, change nos coeurs de pierre en coeurs de chair pour accueillir ton royaume comme de petits enfants.»

5. des kpandjamaq : c’est ce que la petite porte au pied. Ces kpandjamas expriment la joie du peuple de Dieu qui est à Sokodé.

Révérends Pères, c’est à travers ces symboles que les fidèles de la station secondaire « Notre Dame de l’Assomption » vous disent dans une langue locale : « KAABOO »

La communauté de Komah

Que dire ? Que pourrais-je dire dans une circonstance pareille ? Je ne suis pas digne de trouver les mots qu’il faut, mais la médiatrice de toutes les grâces, celle qui intercède pour nous, même à notre insu, m’a obtenu de son Fils, le mot « Merci ».

Merci à tous ceux qui ont spontanément répondu à notre invitation. Que le miséricordieux vous comble de toutes ses grâces. Merci. Mot de remerciement ddu Conseeil forraain


À fondation nouvelle, chapitre local exceptionnel.
Le 3 novembre 2006, la toute nouvelle communauté assomptionniste de Sokodé a eu son tout premier chapitre local à Sokodé même dans l’enceinte du complexe scolaire Assomption dans les locaux des Religieuses Assomption. Nous savons, pour cette fondation, combien nous devons aux religieuses de l’Assomption. Non seulement elles nous ont préparé le terrain, mais elles nous ont aussi donné leur « terrain ». Tenir donc notre premier chapitre local dans leurs locaux avait un sens symbolique très fort. Un chapitre qui a été longuement préparé et qui a connu la présence de trois provinciaux

Construire une mémoire commune
C’est le Père Benoît Grière qui a invité les frères de la nouvelle communauté, lors du chapitre local, à construire « une mémoire commune ». À la suite du Père Jésuite Jean- Claude Guy, le Père Benoît Grière est sensible à l’idée de la vie religieuse comme « mémoire évangélique ». Pour mieux entendre la Bonne Nouvelle et mieux saisir l’identité de Jésus, des générations entières d’hommes et de femmes, au cours de l’histoire, ont ouvert leurs oreilles et leur coeur. Mais ils ont aussi fait « mémoire » pour faire place à ce qui s’est passé dans le passé et donner la chance à une vie intensément vécue en lien avec le présent. Pour les frères de la communauté de Sokodé, faire « mémoire commune », c’est prendre conscience de la diversité de nos expériences de vie, de celle de nos provenances, de nos origines, et travailler à découvrir l’histoire des uns et des autres en vue de construire ensemble une communauté apostolique. Faire « mémoire commune », c’est nous rappeler constamment les intuitions de l’Assomption en nous mettant à l’écoute de Saint Augustin et du Père d’Alzon.

Faire « Mémoire commune » c’est enfin donner du temps pour vivre ensemble. Vaincre les timidités personnelles. Prendre du temps pour raconter et se raconter. Raconter ce qu’on fait et ce qu’on est. N’oublions pas la belle affirmation du théologien allemand J.- B Metz, « Le christianisme n’est pas d’abord une communauté de l’argumentation et de l’interprétation, mais une communauté du récit ». Le récit va donc être fondateur pour notre communauté en fondation, une communauté qui perçoit déjà quelques traces de son identité.

À la recherche d’une identité
Pourquoi ne pas chercher du côté de la « mystique du semeur » d’Alphonse Quenum, avec la conscience que nous naissons dans un pays en renaissance où il nous faudra bâtir une communauté prophétique ?

Sous le signe de « la mystique du semeur »
On connaît l’optimisme radical de l’Évangéliste St Marc quand il parle de la semence. Et notre frère Jacques Nieuviarts l’a magnifiquement montré dans son ouvrage « Prier 7 jours avec la Bible »1 . La semence, c’est la Parole de Dieu dont la nature est de donner cent pour un grâce au semeur qui est le Christ lui-même. Les notions de « semeur », de « semis », de « semence », de « semailles » et « d’ensemencement » ont été mises en lumière par le théologien Béninois Alphonse Quenum, Recteur de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest (ICAO) dans un petit livre intitulé « La mystique du semeur ». 2

Ici, nous sommes dans l’univers du « rural » du « champêtre », de « l’agricole ». Le semeur apparaît comme le symbole du labeur, de la vie et de l’espoir, même si certaines terres peuvent être peu favorables à son action. L’image du semeur est très significative dans l’univers africain où tant de choses restent à faire, où tant d’incertitudes paralysent l’engagement, où tant d’urgences empêchent d’organiser les choses dans la durée. Notre communauté de Sokodé voudrait s’engager la dynamique de cette figure bucolique du semeur pour être des « hommes de foi », des « hommes d’action », des « hommes généreux, prévoyants, ouverts », des « hommes d’espérance », des « hommes de patience », « des hommes d’avenir ». Et tout cela, nous voulons l’être dans un pays en renaissance.

Une communauté naissante dans un pays en renaissance
Le Togo a connu un système politique dictatorial qui a duré presque 40 ans. Cette situation n’a pas permis à ce pays de 56 790 km2 et de 5, 7 millions d’habitants, de créer un climat favorable à l’émergence d’une véritable démocratie. La relecture de l’histoire du Togo permet de sentir aujourd’hui deux choses : d’une part, ce que peut recouvrir la situation d’un peuple en attente d’une vraie démocratie et d’autre part la colère tapie dans le coeur de ce peuple rendu presque silencieux par les événements. De cette histoire mouvementée, l’Église n’a pas été absente. Cette Église est elle-même à la recherche de son identité au sein de nombreuses sectes qui ne cessent de naître tous les jours, sans oublier les difficultés qui existent au sein de l’épiscopat togolais.

Le pays est dans un processus de « réconciliation » et donc de « renaissance ». Comme communauté assomptionniste, nous voulons « naître » dans et avec ce pays en renaissance. Ce concept de « renaissance » est cher à l’Afrique. Largement débattue en Afrique du Sud, la notion de « renaissance africaine » a été favorablement accueillie par la plupart des intellectuels Africains comme un concept ouvert, capable de servir de référentiel pour la construction d’une vision d’indépendance vis-à-vis des puissances occidentales et des institutions financières internationales (FMI, Banque Mondiale).

Depuis 1998, se déroulent sur le continent Africain des débats intenses sur les nouvelles stratégies de développement. Dans son essence, la Renaissance Africaine doit permettre une éclosion des valeurs culturelles et des systèmes de connaissance locaux, ainsi que le dynamisme des langues africaines. L’éducation, dans cette optique doit participer à libérer les enfants, les jeunes et adultes de la domination mentale et psychologique. « Renaissance », c’est aussi un terme qui apparaît dans les Lineamenta du deuxième synode pour l’Afrique. On y parle de « notre espérance en une renaissance de l’Afrique » (n° 29). Communauté assomptionniste dans un continent entre deux synodes, nous voulons nous laisser interpeller par cette notion de « renaissance » et nous voulons y travailler de manière « prophétique ».

Une communauté prophétique
C’est en réponse à l’appel d’un évêque que nous sommes ici à Sokodé au Togo. Nous répondons donc à un appel dans un pays, dans un diocèse et même dans une région. Nous ne venons pas « en mission » comme on l’a fait il y a cent ans. L’idée de mission s’est beaucoup développée depuis le Concile Vatican II et le contexte n’est plus le même. Nous voulons nous inscrire dans l’idée de mission comme prophétie. L’horizon de la mission comme prophétique de l’Église est le Royaume de Dieu, en communauté de liberté et de fraternité, de justice et d’amour. Ce que nous souhaitons vivre au Togo coïncide assez bien avec le propos de la Sr. Joan Chittister : « Ce n’est pas la perte des institutions que les religieux doivent craindre, c’est la perte du feu/chaleur du charisme lui-même. C’est la perte potentielle de la présence prophétique qui frappe à la racine de la vie religieuse aujourd’hui. La vie religieuse doit rappeler au monde ce qu’il peut être, ce qu’il doit être, ce qu’il veut le plus être : au plus profond, à son mieux, à son coeur le plus humain. La vie religieuse vit en marge de la société pour la critiquer, au fond de la société pour la soulager, à l’épicentre de la société pour lui lancer un défi. La vie religieuse est un appel de la volonté de Dieu pour le monde. Le charisme est le feu de l’oeil de Dieu qui regarde dans le nôtre. Qui demandera les pourquoi de la vie à chaque époque, sinon le religieux de l’Église ? Qui peut être appelé « religieux » s’il ne le fait pas? ».3

Au chapitre local, nous avons repris les mots du théologien Congolais Léonard Santedi Kipuku : « Annoncer, dénoncer, renoncer » : chemins d'« expression » de la vie religieuse.

Nos premiers pas dans l’apostolat
(Notre) contribution à l’avènement du Règne de Dieu va se situer à un triple niveau : la jeunesse, les médias, la paroisse et nous y sommes déjà « engagés », nous situant, plutôt dans une dynamique d’observation « active » et non « passive ».

La jeunesse
Cela passe par l’enseignement, l’action catholique, l’initiation à l’informatique et l’écoute des jeunes. À des degrés différents, tous les frères de la communauté y sont engagés. Jean-Paul pour l’enseignement du français, de la philosophie et de la formation humaine et religieuse à l’Institut Technique Commercial (ITC). Mais aussi la JEC où il retrouve ses vieux amours. L’enseignement, c’est aussi Jean-Baptiste pour la formation religieuse à l’ITC. Quant à Roger, il est assistant en informatique à l’ITC pour certaines classes. Avec tous les frères, René4 est à « l’écoute » de tous les jeunes qui veulent « parler ». Ce ministère de l’écoute va être très important ici, car les jeunes ont beaucoup de difficultés de tous ordres et ont besoin de se confier. Enfin, la jeunesse, c’est aussi ceux qui se posent des questions sur la vie religieuse et sacerdotale. Avec toute la communauté, Jean-Paul essaie de porter ce souci. La jeunesse, mais aussi les médias, car à l’Assomption, on communique. Les médias

Les médias,
c’est Jean-Baptiste Katembo. C’est le « journaliste » de la communauté. Son engagement se situe au niveau de la radio diocésaine qui porte le nom de « Sainte Thérèse ». Dans ce vaste chantier des médias, nous sommes invités, par le Père Benoit Grière, à suivre la stratégie de « la marée montante » et la méthode du « voir, juger, agir » de l’action catholique. Il s’agit d’aller très progressivement, sans faire « violence » à quoi que ce soit, mais en « nageant » quand même. Et le frère Bernard Jouanno qui doit nous rejoindre l’année prochaine, devrait nous permettre de mieux « nager » dans le domaine des médias.

La paroisse
Dans le « contrat » entre les Assomptionnistes et le diocèse de Sokodé, il y a la prise en charge d’une paroisse. En réalité, dans l’état actuel des choses, il s’agit d’une chapelle qui est appelée à devenir, avec les Assomptionnistes, une paroisse. Bien que ce soit un apostolat communautaire, Jean-Baptiste est désigné pour s’occuper particulièrement de la mise en oeuvre de cet apostolat paroissial. Mais pour l’instant, nous sommes, et c’est le cas de le dire ici, dans une phase d’observation et d’écoute. Cette « observation » est marquée par des célébrations et des prédications les dimanches dans différentes églises de la ville de Sokodé sous la direction du Curé de la Paroisse cathédrale.

Voir large, voir grand…
Le fondateur des assomptionnistes, le Père Emmanuel d’Alzon invitait ses fils à avoir un amour très large du Royaume de Dieu. Une largeur de vues qui s’oppose à l’étroitesse d’esprit. « Il faut élargir les intelligences et les coeurs dans la grande question de la cause de Dieu, il faut ouvrir des horizons… » écrivait-il (cf. Écrits Spirituels, 693). Ailleurs, il encourage ses religieux à avoir « un coeur aussi grand que cet océan qu’est l’Église » (Écrits Spirituels, 665).Voir grand, voir large, voir loin, voir profond : de Sokodé au Togo, c’est ce que nous allons essayer de faire dans l’humilité. Il est donc entendu que notre mission à court ou à long terme débordera les frontières du Togo. Avec mes amitiés. Jean-Paul Sagadou

1 cf. Jacques Nieuviarts, Prier 7 jours avec la Bible. L’Évangile de St Marc, Bayard, Paris, 2006, p. 74-76.
2 Alphonse Quenume, La mystique du semeur. Semeur d’avenir, UCAO, 2004.
3 Cf. Les religieux dans la mission évangélisatrice de l’Église (Rome, USG, 1993), p. 33, Cité par Michael Amaladoss, « La mission de religieux », in Charismes dans l’Église pour le monde. La vie consacrée aujourd’hui, USG, Rome 1993), Médiapaul, Paris, 1994, p. 134.
4 Notons que depuis notre arrivée, c’est le Père René Mihigo qui s’occupe de l’équipement de la maison, des tâches administratives et il a le souci de créer pour la communauté un réseau de relation qui ouvre la communauté à de nombreuses choses.

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