
Christiane Vanvincq - 8 novembre 2004 : lien CCFD/Congrégations
D’Osaka-
Japon, Sr Maria de l’Assomption au parc triangulaire où un comité de
liaison contre le chômage donne des repas aux sans abris.
« Depuis plus de 40 ans d’assistance technique 90% des 12 milliards
de $ dépensés chaque année en Afrique, servent à financer
des consultants non africains ! »
Olivier Lasserre - dans les sentinelles du siècle (1)
Nos dilemmes
Partager. Donner…
Il y a des façons de faire très différentes selon les
pays, l’histoire et les Instituts :
« Faut-il donner
quand on nous demande ? »
Question lancinante. Dans la préface d’un livre intitulé « charité bien
ordonnée » (2), Jean-Baptiste de Foucauld pose la problématique
:
Les dilemmes que nous rencontrons ainsi renvoient à une question centrale de justice :
Ces questions nous taraudent et nous n’en finissons pas de nous demander « comment faire », une justification en chasse toujours une autre : bonne et mauvaise conscience se succèdent. Petit don ou grand don… les questions restent ! C’est le vocabulaire utilisé par les médias et par l’homme de la rue qui permet de recenser les mobiles implicites du don et de discerner quelques-unes de ces motivations tacites… (3)
La pitié
C’est une réaction immédiate, spontanée, comme
après un choc. Par exemple quand on apprend que quelqu’un
a pu mourir de froid ou de faim… l’imagination capitule
; l’impuissance
remonte au cœur mêlée de honte et de révolte.
La
peur
Peur de devenir soi-même pauvre… le terme « nouvelles pauvretés » correspond à une
prise de conscience. L’expression suggère que le phénomène
n’est plus limité à une certaine catégorie de
population. « Personne n’est à l’abri » entend-on
dire parfois. La pauvreté se retrouve assimilée à la
maladie qui frappe en aveugle. Peur des pauvres eux-mêmes. Leur différence
crée un malaise. On peut donc, en les aidant, vouloir au moins confusément
réduire cette différence et/ou se protéger.
L’indignation
Le tiers-monde et le quart monde, comme le tiers état sous l’ancien
régime, réclament justice. Même si les idéologies
ne font plus recettes les idéaux demeurent. Les pauvres sont pour
les uns les créanciers du « droit au logement », « du
droit à la santé », « du droit à un revenu
suffisant », « du droit à l’alimentation » et
pour d’autres des imposteurs ou des paresseux qui ne veulent pas travailler,
profitent largement du système… pendant que « nous » payons
des impôts !
La bonne conscience
le donateur attend souvent, de fait, une appréciation positive de
son geste. Cette motivation est à rapprocher de celle des entreprises
qui se lancent depuis quelques années dans le mécénat
humanitaire. L’aide aux pauvres permet d’acquérir une
image enviable ; à laquelle vient souvent s’ajouter la gratitude
des bénéficiaires.
La culpabilité
Pourquoi lui et pourquoi pas moi ? Ai-je vraiment mérité les
avantages dont je jouis ? Ne serai-je pas puni un jour ou un autre, d’une
manière ou d’une autre, en ce monde ou dans l’autre, si
je ne fais pas un effort pour rétablir un peu l’équilibre
? L’aide accordée peut alors prendre confusément valeur
de réparation et aussi d’assurance contre un retour de fortune
ou d’avance sur la facture qu’il faudra bien payer au jour du
jugement.
La honte
Le discours type adressé aux usagers des transports en commun par
ceux qui font la manche dans les pays « développés » illustre
bien la diversité et l’enchevêtrement des motivations
susceptibles d’êtres mises en œuvres :
«
Mesdames et messieurs, bonjour. Pardon de vous déranger. Je ne suis
pas un voleur ni un paresseux. Mais j’ai malheureusement perdu mon
emploi. Je n’ai plus aucune ressource et plus de domicile fixe. Alors
je fais la manche pour vivre et pour nourrir mon enfant de quatre ans. Mendier, ça
ne me plaît pas. Mais je préfère ça plutôt
que de voler, parce que je veux rester honnête. Alors je vous demande
du travail, si vous pouvez m’en donner, ou une petite pièce
pour manger et pour rester propre, ou un ticket restaurant si vous en avez,
ou simplement un sourire. Je vais maintenant passer parmi vous. D’avance
merci et je vous souhaite à tous une excellente journée ».
On retrouve là, sous une humilité qui encourage le paternalisme,
l’appel à la pitié (l’enfant qui a faim) et à l’indignation
(devant un licenciement qui a brisé une vie), une peur suscitée
indirectement (dans ma situation je pourrais voler…) et enfin la promesse
d’une reconnaissance sociale.
L’apport de la sociologie et de l’ethnologie
L’écrit le plus célèbre sur la question est « l’Essai sur le don » de Marcel Mauss (4), et date de 1924. Marcel Mauss observe diverses communautés : américaines, amérindiennes, indiennes, africaines, européennes… et y repère un certain nombre d’éléments communs. Il n’est certes pas évident pour un occidental du xxie siècle de comprendre ce qui est en jeu dans les croyances et fonctionnements des sociétés « traditionnelles ». Il est utile cependant d’entrer dans ces observations pour mieux comprendre ce que vivent aujourd’hui encore certaines communautés du Sud
Les mobiles du don dans les sociétés « archaïques » selon marcel mauss
Le don signe d’alliance et de communion
Ainsi, refuser de donner, comme refuser de prendre, équivaut souvent à déclarer
la guerre. C’est refuser l’alliance et la communion. La circulation
des biens est une manière de se donner et de se rendre des « respects ».
Nous disons couramment « rendre des politesses ». Mais aussi
cela signifie qu’on se donne en donnant. Et si on se donne, soit et
son bien, c’est qu’on se doit aux autres.
Le don signe de paix
Les peuples arrivent à substituer l’alliance, le don et le commerce à la
guerre, à l’isolement et à la stagnation. Ils stabilisent
leurs rapports par le donner, le recevoir et le rendre.
Le don signe de pouvoir et de supériorité
Un chef ne peut prouver sa fortune qu’en la dépensant, en la
distribuant, en humiliant les autres, en les mettant à l’ombre
de son nom. On reconnaît ainsi le chef et on lui devient reconnaissant.
La
dette
Dans certains cas, il ne s’agit même pas de donner et de rendre
mais de détruire (c’est-à-dire de consommer) afin de
ne pas vouloir même avoir l’air de désirer qu’on
nous rende… Il est de nature de la nourriture d’être partagée.
Ne pas la partager c’est tuer son essence ; c’est la détruire
pour soi et pour les autres. La richesse est faite pour être donnée.
L’obligation de rendre
On perd la face si on ne rend pas ou si on ne détruit pas des valeurs équivalentes à ce
qui nous a été donné. La sanction de l’obligation
de rendre est l’esclavage pour dette. Le don non rendu rend encore
plus inférieur celui qui l’a accepté. Il y a obligation
de rendre.
L’invitation doit être rendue tout comme la politesse. Il ne
faut pas « rester en reste », comme on dit. Il convient souvent
de rendre plus qu’on a reçu.
Les richesses sont ainsi assez bien réparties et distribuées.
Le don est un facteur d’équilibre social.
Quand nous intervenons dans cet équilibre sans mesurer ce qui se joue,
quels équilibres sont en jeu dans la société ou la communauté… nous
jouons peut-être avec le feu. Notre don peut être une humiliation,
devenir source de conflit, et entraîner une relation de dépendance à cause
de la dette qu’elle suscite.
L’approche du philosophe
Lorsque l’on parle de solidarité deux idées essentielles s’imposent à la réflexion (5) :
Finalement, la solidité du
lien qui unit les hommes entre eux dans leur vie quotidienne, chaque
fois qu’un danger les menace ou qu’un
obstacle doit être surmonté, l’obligation morale
qui incite chacun à être responsable de lui-même
et des autres, la joie engendrée par l’échange
et le partage, le plaisir d’être utile font de la solidarité la
manifestation concrète
de la volonté d’engagement de tout homme conscient de
son humanité.
Il est difficile d’échapper aux exigences de la morale comme
il est difficile de vivre sans amour. Cette double exigence donne corps à la
notion de solidarité conçue comme acte de raison et acte d’amour.
Emmanuel Levinas s’inscrit dans cette perspective de la relation à autrui
où la voix du cœur renforce celle de la raison. Pour ce philosophe, à l’inverse
de Pascal qui faisait de Dieu le seul être à aimer, chacun doit
se mettre au service du prochain. Il s’agit d’une exigence éthique
qui place l’autre au-dessus de soi-même. Quatre textes témoignent
de cette primauté de l’autre. (6)
La présence d’autrui est « appel » à la responsabilité et « appel » à l’amour
au nom de la fraternité. Ce double « appel » montre bien
que la solidarité reste l’incomparable expression de la conscience
humaine.
La bonne nouvelle du Christ
Extraits
: Partager au nom du Christ / Évangile et solidarité -
réflexion biblique et théologique.
Conseil National de la Solidarité. 2004 - Bayard/Cerf (62
p. )
L’Évangile de Marc comprend une section qualifiée par les experts de section des pains, qui s’étend du chapitre vi au chapitre viii (6,30 — 8,21). Le récit va d’une multiplication des pains à une autre […] Le récit déploie bien la globalité de l’action de Jésus : son geste de « charité » prend en compte les besoins immédiats de la foule et cherche à y répondre ; ce faisant, il donne aux disciples, et à la foule, l’occasion de découvrir les potentialités d’un développement solidaire. La mise en scène de Marc met l’accent sur plusieurs aspects fondamentaux de la pratique missionnaire de Jésus
Il est attentif à la vie des foules et à tous
leurs besoins
Attentif à la vie des foules et à tous leurs besoins, Jésus
se refuse à n’en considérer qu’une partie et, lorsque
les disciples l’invitent à les renvoyer car elles ont faim,
il propose une alternative : nourrir les foules ne le détourne pas
de sa mission, bien au contraire. Sa réponse à l’urgence
est aussi un enseignement : elle parle d’un Dieu qui se soucie du bien-être
des siens.
Jésus n’agit pas seul
Jésus n’agit pas seul. Il n’en a pas les moyens et, s’il
les avait, il manquerait singulièrement de pédagogie. Il fait
appel aux autres.
Il cherche quelque chose à multiplier/à partager
Tout d’abord il cherche quelque chose à multiplier. Il a besoin
qu’on lui donne le peu qui se trouve là ; et, de ce peu, il
fera surgir la surabondance. Ce faisant, Jésus sort de la logique économique
des disciples : ils comptaient leurs sous : « Faudra-t-il que nous
allions acheter des pains pour deux cents deniers, afin de leur donner à manger
? ». Lui, les introduit dans une autre logique, celle du partage : « Combien
de pains avez-vous ? Allez voir » (Mc 6, 37-38).
Il part de ce qui existe
Il souhaite partir de ce qui existe. Pour répondre à l’urgence,
Jésus sollicite le peu que chacun est à même d’apporter
comme contribution. Seul l’engagement des personnes permet de répondre
au défi d’une manière adéquate et durable.
Il refuse l’assistanat
Deuxièmement, Jésus n’invite pas seulement les disciples à partager
le peu qu’ils ont. Il les fait passer à l’action,
leur apprenant à gérer activement la situation dans
laquelle ils se trouvent. Alors ils découvrent qu’ils
n’ont pas tout
seuls les moyens de résoudre le problème. Ils reconnaissent
ce qui existe déjà dans la foule. Ils n’apportent
pas tout ! Ils reçoivent en même temps qu’ils
contribuent. Ils font l’apprentissage, sur le tas, de ce
que veut dire : « annoncer
le Royaume et proclamer la Bonne Nouvelle aux pauvres ».
Jésus
ne les entraîne pas dans un assistanat, mais dans la réalisation
progressive d’un partenariat véritable.
Il fait confiance
En les mettant ainsi à l’œuvre, Jésus leur apprend à regarder
les personnes avec confiance. Le Christ lit dans les cœurs. Il y découvre
la foi des gens, leurs capacités et leurs qualités, qu’ils
soient croyants ou non, juifs ou gentils, hommes ou femmes, adultes ou enfants.
La communion se joue dans cette reconnaissance mutuelle que nous avons à nous
apporter les uns aux autres. Personne n’est si riche qu’il n’ait
rien à recevoir, et nul n’est si pauvre qu’il n’ait
rien à offrir…
Le don dans la vie religieuse
Se donner soi-même
Constitutions — vie religieuse apostolique — vœu
de pauvreté
«
Nous mettons tout en commun et refusons l’accumulation des biens. Dans
une attitude d’humilité, sachant à la fois recevoir et
donner, nous désirons vivre le partage de toutes richesses, matérielles,
culturelles et spirituelles. Ce partage se réalise en communauté et
entre les communautés, avec ceux qui nous entourent et avec ceux qui,
dans le monde, souffrent de la pauvreté et de l’injustice. »
Découvrir que l’on est soi-même
pauvre
La mise en commun des biens et le partage ne vont pas de soi « chez
nous » non plus. C’est un long apprentissage qui passe aussi
par l’accueil de l’autre dans sa différence… Se
laisser déplacer, déranger… découvrir que l’on
est soi-même pauvre, ni plus ni moins que les autres. En arriver à se
demander : qui est le pauvre de qui ? « vous connaissez
en effet la générosité de Notre Seigneur Jésus-Christ qui,
pour vous, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour
vous enrichir de sa pauvreté. » (2, Co.8,9)
Un pauvre qui s’ignore
D’abord, casser le mur qui sépare le riche du pauvre, mur objectif
mais aussi psychologique et subjectif, fabriqué par le riche et imposé au
pauvre. Ce mur sépare celui qui a de celui qui n’a pas, le fort
du faible, croit-on. Mais l’Évangile dit l’inverse : le
riche amasse non par force, mais par faiblesse, par besoin de sécurité,
par peur de l’abandon qu’implique le don. C’est un pauvre
qui s’ignore. Moins il l’ignore, plus le don lui est facile,
car ce don l’enrichit autant qu’il enrichit l’autre. Ne
pas donner appauvrit, et celui qui ne donne pas est aussi celui qui n’a
pas reçu ou ne recevra pas.
Le choix de tout donner
Tout pour les autres devient la règle de vie. Tout, c’est-à-dire
: biens, talents, temps, travaux, joies et peines disant avec Saint Paul
: « Je suis prêt à dépenser ce que j’ai,
et à me dépenser moi-même tout entier pour vos âmes » (2
Co 12,15) […] en imitation de la Kénose du Christ. (écrits
pour évangéliser — page 527-528)
Choisir de recevoir
« Personne n’est si riche qu’il n’ait rien à recevoir, et nul n’est si pauvre qu’il n’ait rien à offrir… » (8). La dignité de tout homme et de tout peuple est tellement fondamentale que la solidarité ne peut pas se concevoir en dehors de la notion de partenariat, d’échange et de mutualité… La solidarité n’est pas l’œuvre de ceux qui ont vers ceux qui n’ont pas. Dans l’acte de solidarité, chacun reçoit et donne à la fois.
Nos frères et sœurs impliqués dans les pays du Sud connaissent bien ce « partenariat » qui consiste à faire « avec » et non seulement « pour », et cela dans le respect des cultures, des projets, des décisions du partenaire. Nous savons bien, si nous avons duré un peu de temps en Afrique ou ailleurs, que nous sommes les principaux bénéficiaires de l’échange… On reçoit beaucoup !
Tout en restant libre !
Choisir de recevoir n’empêche pas parfois, au nom même
de notre vie religieuse d’avoir à refuser un don s’il
nous entraîne là où nous ne voulons pas aller.
Propos recueilli lors d’une visite de communauté au Tchad,
novembre 2000
«
un cadeau : ça ne se refuse pas ! ». À partir de cette
expérience faite par la communauté, nous avons pointé la
nécessité de parler avec le donateur pour lui expliquer les
choix que nous faisons. C’est un témoignage à donner.
Cela peut dans certains cas nous amener à refuser un don qui ne rentre
pas dans nos choix… ou à la réorienter autrement, par
exemple mettre en contact le donateur avec un autre bénéficiaire.
C’est une grande exigence pour nous… »
Chercher l’intérêt
des autres
Philippiens 2 ; 1-
Donner de l’argent n’est pas toujours la
bonne solution !
Mgr Demetrio Valentini — Évêque de Jales a abordé ce
thème lors de sa venue en France en mars 2004 : « donner
de l’argent ne suffit pas. Beaucoup de religieux au Sud sont en lien avec
des amis au Nord, ils ont leur propre réseau. Il y a toujours beaucoup
d’ambiguïté dans cette manière de faire et autour
de l’argent. Dans mon diocèse, l’Église ne donne
par d’argent, à personne. Par contre, nous étudions tous
les projets communautaires, c’est bien plus essentiel… Qui a
l’argent a le pouvoir ! Et si le pouvoir est utilisé avec des
critères subjectifs, il y a danger.
Un prêtre européen au Brésil dans un contexte communautaire
sera le bienvenu s’il n’administre pas lui-même l’argent
qu’il contribue à faire venir sur place ; il pourra alors faire
des miracles. Il faut gérer l’argent selon des critères
sociaux locaux, dans un processus où la dimension communautaire sera
présente, où les prises de décision, les mises en œuvre,
les évaluations seront prises en charge
par les personnes elles-mêmes. Pour cela il est important de travailler
avec les associations locales et de proximité… »
L’aide financière est-elle le plus grand service que l’on
puisse apporter ?
Propos recueillis lors d’une visite de communauté — Côte
d’Ivoire 1999 : « pour nous qui sommes en Afrique
la question de fond qu’il faudrait approfondir est celle du partage et de la solidarité :
qu’est-ce que le partage ? l’aide financière est-elle,
pour nos communautés, le plus grand service, la meilleure aide que
l’on puisse apporter ? comment aborder sainement ces questions en communauté.
Nous ne sommes pas forcément très au clair avec les questions
culturelles et les significations de nos divers comportements. On se rend
compte parfois que le fait de prendre du temps avec les gens, de les écouter,
de les recevoir, de chercher avec eux des solutions, de porter avec eux leurs
soucis et leurs difficultés est la meilleure aide que l’on puisse
leur apporter. La question financière peut devenir à ce moment-là une
question secondaire, perdre de son urgence, et même disparaître
totalement au profit de la relation engagée… »
Respecter
Respecter l’autre et se respecter soi-même
Ghislain Ndonji (9) fait part de son observation :
« J’ai observé un phénomène assez curieux : quand
une religieuse ou un religieux se rend au marché public les marchants
le/la traite de façon curieuse. On se comporte envers nous comme on
le fait envers tous les autres gens bien du pays, c’est-à-dire,
le marchand se frotte les mains en disant : je vais réaliser des bénéfices.
Et parfois, rien qu’à cause de la croix ou du voile, le prix
se voit galoper en une fraction de seconde. Entrant parfois dans le jeu,
nous leur montrons qu’effectivement nous avons beaucoup d’argent
ou que nous pouvons leur offrir notre générosité. Le
ridicule est allé jusqu’au point où dans certains milieux
congolais, on désigne les religieux par des termes très positifs
: « bons payeurs », « bienfaiteurs », « papa
bonheur », etc. Être bienfaiteur est une vertu hautement religieuse
et on doit s’efforcer de l’être. Mais avec quels biens
se fait-on bienfaiteur, bon payeur, papa bonheur ? »
Vers une éthique du don
Les réflexions les plus avancées à ce sujet sont d’Alain Caillé (10) et tournent autour de « l’inconditionnalité conditionnelle ». Qu’est-ce à dire ? Qu’il y a obligation de donner (inconditionnalité), mais qu’il y a des règles de proportionnalité à respecter, tant de la part du donneur que du receveur. (1)
Notes
1 Les sentinelles du siècle — le dessein de transmettre par
Olivier Lasserre (édition zone Franche) ; juillet 2004 — 231
p.
2 et 3 Charité bien ordonnée — Jean Duchesne édition
Presse de la Renaissance — 1997
4 Essai sur le don (1924). Forme et raison de l’échange dans
les sociétés archaïques, Marcel Mauss — Sociologie
et anthropologie, PUF/Quadrige éd. 1950
5 La solidarité — L’éthique des relations humaines
: PUF — Que sais-je ? Raymond Chappuis 1999
6 Par-delà le dialogue, 1967 — le mot je, le mot tu, le mot
Dieu, 1978 — La primauté de l’autre, 1986
7 Charité bien ordonnée p. 9 — Jean-Baptiste
de Foucaud
8 « Partager au nom du Christ » — Conseil National
de la solidarité
9 Colloque sur la vie consacrée — Kinshasa du 2 au 8 mars 2003
: la problématique de la pauvreté religieuse dans un contexte
de misère sociale. une question de choix et de liberté. — Par
le Père Ghislain Ndonji, ofm
10 Directeur de la revue Mauss : Mouvement anti-utilitariste dans les sciences
sociales
11 Exigences évangéliques et éthiques pour surmonter
la misère et la faim « Aliment, don de Dieu, droit de tous ».
conférence Nationale des Évêques Brésiliens — 2002