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DOCUMENT A.T.L.P N°6 

Lourdes,
être pèlerins ensemble

Intervention de Jacques Nieuviarts,
Directeur du Pèlerinage National,
lors du Forum de Valpré (11 au 13 mars 2005)

 

 

Héritiers et fondateurs

Je pense, en commençant, aux mots que nous adressait le Cardinal Marty en 1980, au centenaire de la mort du P. Emmanuel d’Alzon – c’était à l’église Saint Séverin à Paris – : «Vous êtes des héritiers, soyez des fondateurs»

Ces mots sont entièrement d’actualité au moment où nous travaillons au projet du Pèlerinage National. Conscients du chemin parcouru, nous sommes résolument tournés vers l’avenir, et conscients en particulier de l’urgence aujourd’hui d’ouvrir l’Évangile, de l’offrir, d’être des relais de la Bonne Nouvelle dans un monde qui en a une soif immense. Nous sommes ici parce que nous voulons assumer nos responsabilités à l’égard du Pèlerinage et de son histoire, et à l’égard de la soif spirituelle et de rencontre de notre époque. Parce que nous voulons assumer pleinement notre responsabilité dans l’annonce de l’Évangile, « ayant été nous-mêmes saisis » par la rencontre du Christ, comme le dit Paul quelque part. Héritiers, nous le sommes d’une oeuvre menée avec ténacité et inventivité (peut-être quelques erreurs, mais elles disparaissent dans l’épaisseur du trait comme disent les gestionnaires) par des générations successives. Fondateurs, nous le sommes. C’est notre tâche en particulier durant ce week-end, qui ouvrira des chantiers pour que nous continuions à l’être. C’est la tâche qui nous est confiée par le P. Provincial et par l’Assomption et comme telle c’est une mission reçue, dans laquelle comme disciples du Christ nous reconnaissons une convocation de l’Esprit, un appel pour l’Évangile. Héritiers et fondateurs, nous sommes responsables face à la soif de sens, de spiritualité et de Dieu aujourd’hui. Les récits de vocations dans la Bible l’attestent : quand Dieu appelle des femmes et des hommes, c’est toujours pour un projet engageant une histoire et parce qu’il s’agit d’une urgence pour son peuple. Nous sommes dans cette situation et à ce titre nous sommes serviteurs, dans toute la beauté et la grandeur de ce terme, mais aussi ses exigences.

 

Etre pèlerins

Etre pèlerin, c’est se mettre en route et partir

Je pense en vous parlant à un très beau texte du P. Raguin méditant ce que signifie partir… Car être pèlerin, c’est partir, c’est quitter – pour son bonheur – son univers familier. C’est quitter:

 

Un pèlerin est toujours solidaire

Ce que je viens d’évoquer représente une démarche très humaine, profondément humaine. Et la faisant, nous rejoignons des milliers de femmes, d’hommes, d’enfants, qui prennent la route ou se mettent en chemin :

 

Etre pèlerin, c’est apprendre à devenir frère…

Partir et nous mettre en marche aujourd’hui, c’est aussi accepter un don de Dieu : des frères nous sont donnés pour ce chemin ! Peut-être nous sont-ils donnés pour mieux marcher, pour mieux apprendre Dieu. Partir, c’est tout attendre de Dieu et des frères, solidaires...

 

 

 

 

 

A lourdes

De l’ensemble de ce que je viens d’évoquer, on peut probablement reconstituer ce qu’est une démarche de pèlerinage et à quoi il nous faut être attentifs. Mais nous sommes pèlerins de Lourdes. Et ce lieu colore, structure notre marche de pèlerins. Nous sommes héritiers de cette histoire là, nourris par la tradition propre à ce lieu. On sait l’effort déployé par les Sanctuaires pour permettre aux pèlerins, d’année en année, de se nourrir de ce trésor spirituel. Notre marche – même puissamment assistée par les moyens modernes que sont les trains et TGV – est une marche vers le rocher de Massabielle. Ce creux de rocher au coeur de la montagne accueille au fil des jours et des mois des millions d’êtres portant la couleur de Dieu, de sa recherche, et dont tant portent – comme nous-mêmes et c’est aussi le thème de cette année – des blessures. Parce qu’en ce lieu elles se guérissent. Animateurs du pèlerinage, nous voulons rendre accessible cette guérison au plus grand nombre. En particulier, en nous y livrant nous-mêmes pleinement, pèlerins de part en part, à part entière, au coeur même de notre service. C’est en étant frères de tout pèlerin que nous serons au coeur de notre mission. Car nous sommes tous chercheurs de Dieu, pauvres, assoiffés de Dieu. N’est-il pas vrai que si nous ne l’étions pas, nous ne partirions pas ? Alors nous venons avec tous auprès du rocher, pour vivre ou réapprendre à vivre, et peut-être aussi réapprendre la foi. Et nous regardons la lumière, cet autre grand signe de Lourdes, parce que nous désirons pour nos vies et pour chacun, pour tous, la lumière du Christ.

Nous écoutons chanter l’eau et venons y boire et nous y plonger, parce que nous avons soif de l’eau vive qui est le Christ lui-même et parce que cette eau même, de Lourdes, rappelle celle de notre baptême. Nous venons nous plonger ou nous replonger aux sources de notre baptême. Nous nous fondons avec humilité dans la foule, car elle est celle des chercheurs de Dieu, elle est comme le signe qu’avec nous c’est toute l’humanité qui vient cueillir Dieu comme une immense foule de pauvres. Mais nous savons aussi – et il est plusieurs moments du pèlerinage où nous le ressentons, l’émotion au coeur – que nous sommes déjà aussi la foule de l’Apocalypse, cette foule immense rachetée par l’Agneau, communion immense. En ce lieu de Lourdes, nous en avons le pressentiment.

C’est dans ce mouvement même que nous entendons le message de Marie à Bernadette, qui invite à revenir aux sources de notre foi, à la rencontre du Ressuscité qui bouleverse nos vies, à apprendre ou réapprendre l’Évan-gile pour que nos vies tout entières en soient durablement bouleversées et travaillées. Et c’est la raison pour laquelle à juste titre nous pouvons dire que nous sommes pèlerins de Lourdes. Car c’est notre vie tout entière, c’est chacun des jours de l’année, toute l’année, qui pour nous dans ce pèlerinage change de signe, pour porter la couleur de Dieu, la trace lumineuse de la rencontre du Christ. En suivant Bernadette et en écoutant Marie, n’est-ce pas Lui que nous apprenons à rencontrer ? Nous consentons peu à peu à ce qu’il nous touche, à ce qu’il nous change.

C’est pourquoi il nous faut dire aussi que Lourdes est un lieu fondateur pour nos vies.
Et notre rôle et notre responsabilité en tant qu’animateurs ou responsables de ce pèlerinage, sont – tout en demeurant nous-mêmes pèlerins, car c’est notre identité – de déployer tout ce que nous pouvons de fraternité et d’inventivité pour permettre à tous de vivre pleinement cette démarche.
C’est à cette tâche que nous voulons nous atteler ici, et pour laquelle nous nous apprêtons à imaginer large, avec inventivité et énergie, dans le travail de cet après-midi, pour parvenir à clarifier et consolider, élargir aussi notre proposition du National. Et c’est là qu’est notre joie précisément : d’être serviteurs de l’Évangile en étant, au mieux de notre possible, serviteurs de tous. Je pense que c’est cela être pèlerins pour nous.

 

Responsables de l’avenir

Notre travail aujourd’hui est simple, mais il est essentiel. Avec l’invitation à ce forum, il vous était proposé de répondre, pour vous préparer à cette rencontre, à la question : qu’est-ce que nous attendrions nous-mêmes d’un pèlerinage ? Ou encore, et c’est un peu semblable : quand, où, avons-nous été touchés au coeur, au cours de ces pèlerinages que nous avons déjà vécus ? Car il s’agit bien de faire un effort de créativité, d’imagination large, pour proposer à tous cette rencontre, proposer plus large et plus fort, plus riche, plus adapté, le Pèlerinage. Je ne développe pas plus. Des ateliers cet après-midi vous inviteront à rêver vous-mêmes aussi large que possible, à ouvrir sans crainte les pistes qui vous sembleraient importantes, urgentes aujourd’hui, dans le monde comme il va : que pourrions-nous permettre de vivre qui soit une aide pour un maximum de gens sur leur chemin ? proposition du National. Et c’est là qu’est notre joie précisément : d’être serviteurs de l’Évangile en étant, au mieux de notre possible, serviteurs de tous. Je pense que c’est cela être pèlerins pour nous. Comment être véritablement un lieu d’Évangile, un lieu d’espérance ? Finalement quel visage de fraternité, d’ouverture, d’espérance, nous aimerions donner au National. En un mot, quel visage nous aimerions donner au National ? En fils de Saint Augustin, comme assomptionniste, je rêve que nous y soyons des frères, que tout soit vécu sous le signe de la fraternité : les relations hospitaliers-malades, pèlerins malades et pèlerins valides, oui tous ensemble pèlerins. Je rêve qu’ensemble nous puissions vivre l’humilité du pèlerin, qui rend disponible à la rencontre, à toute rencontre : celle de nos frères et celle du Christ. Qu’ils soient nombreux ceux qui, croyants ou peu croyants, mal croyants, pourront dire : si c’est ça le pèlerinage, moi aussi j’aimerais y venir. Rendre le pèlerinage accessible au plus grand nombre.

À l’Assomption, dans le droit fil de la pensée de notre fondateur, le P. Emmanuel d’Alzon, on aime redire, comme on déploie la carte et la boussole du voyage, que nous travaillons dans un esprit social, doctrinal et oecuménique.

 

Conclusions

Dans un monde et une société marqués profondément par la soif de Dieu, la soif de rencontre, par des formes importantes de solitude et d’exclusion aussi, je crois profondément et l’Assomption croit que le Pèlerinage est un outil magnifique pour l’annonce ou la proposition de l’Évangile. Avec vous j’en rends grâces et appelle l’Esprit sur nos travaux pour que nous répondions à cette invitation qui ici nous vient du Christ, à partir au large, en eaux profondes et vives.
Le P. Provincial nous fixe un cap très audacieux. Il le fait en fidélité même à nos origines et dans la même audace que nos fondateurs. Mais cette audace ne serait rien si elle n’était plus profondément fidèle à l’Évangile. «Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile», disait l’apôtre Paul. C’est l’urgence de l’Évangile qui nous brûle et nous convoque ici. J’entends bien que ce cap fixé est une mission : une mission qui m’est confiée, qui nous est confiée. Je la reçois avec confiance, sûr que nous la porterons ensemble et que cette mission partagée est source de bonheur.

Répondre aux questions qui nous sont posées aujourd’hui, c’est en fait, sous une forme à peine voilée, exprimer et partager ensemble ce que le Christ saisit de notre vie dans notre démarche de pèlerins, pour le partager à d’autres de la façon la plus large. Car c’est une urgence aujourd’hui.

 

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