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Les
assomptionnistes d'hier à aujourd'hui
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Il faut parler du charisme. Pas pour clamer, dans le style de nos médias, que d'Alzon est une vedette charismatique. Le charisme est un don de l'Esprit fait à une personne pour le bien de la communauté. Il est ordonné à la prédication de l'Évangile et à la sanctification. Le mot convient à un fondateur, pour la raison que, parmi les dons de l'Esprit, celui qui appelle à faire vivre en Église une famille de fidèles pour le bien de tous présente un caractère qui ne se confond pas avec les autres. Chaque fondateur apporte quelque chose de plus à la pratique des conseils évangéliques, à la manière de suivre le Christ, ce qui est la définition même de la vie chrétienne. On n'évite pas de s'interroger sur l'originalité d'une congrégation nouvelle, sur sa raison d'être, sur le fond même du charisme, avant de voir comment il se traduit dans une réalité historique.
Qu'y a-t-il d'original à prendre comme devise: "Adveniat regnum tuum", comme l'a fait Emmanuel d'Alzon? Qui ne se dirait d'accord pour faire advenir le Royaume de Dieu? La question ne lui a, bien sûr, pas échappé. Il parvient à la réponse après avoir étudié la société de son temps. Le constat est catégorique: on veut expulser Dieu. La puissance qui est coupable s'appelle "Révolution". Le mouvement antireligieux et anticlérical, se réclamant de 1789, par la voix des plus radicaux de ses adeptes, est à l'origine de la réaction du P. d'Alzon et d'une opinion catholique majoritaire. Mais l'énergie avec laquelle d'Alzon attaque la Révolution - mot à majuscule pour personnifier le mal - vise la subversion organisée par l'athéisme, le projet de renverser "l'ordre". "Dieu est chassé des sociétés modernes, écrit-il, des États, de la famille, des murs, voilà ce qui se constate tous les jours manifestement (1)."
Ce jugement d'ensemble, il ne le reniera pas. Il faut rétablir Dieu dans ses droits; les droits de l'homme peuvent menacer ces droits, et ceux de l'Église. On n'entendra donc pas d'Alzon joindre sa voix à la philosophie des Lumières, mais il ne faudrait pas faire de lui un contempteur de l'être humain. Son pessimisme peut nous paraître excessif; il nous étonnera moins si nous relisons l'histoire des idées et si nous y apprenons comment ont progressé, dans les mentalités, les idées de démocratie, de république, de droits de l'homme. La foi du P. d'Alzon ne saurait acquiescer au règne de l'homme.
On reconnaîtra qu'en choisissant la devise du Royaume il a l'originalité de choisir l'essentiel. En son temps, il eût été facile de mettre en avant telle dévotion, telle forme de piété personnelle ou tel aspect de la théorie théologique. Ce n'est pas ce que fait d'Alzon. Que vienne le Règne en nous et autour de nous: l'optatif résume l'intuition fondatrice.
Je me rappelle un petit collégien qui inscrivait en tête de ses copies et de ses cahiers les mots latins: "Adveniat regnum tuum" ou en dessinait les initiales comme pour un insigne, nous dirions un "logo". Il était à l'Assomption avant même d'y entrer.
Alors quoi de neuf? Rien sauf qu'on en appelle au plus fort du message du Christ, à l'horizon exaltant de l'Évangile. Est-ce banal? Est-ce du lieu commun? C'est l'appel du large. Il faut croire que le souffle était vivifiant puisque des religieux et des religieuses y prennent leur raison de vivre, jusqu'à nos jours. La durée, elle aussi, avec la fécondité, peut conférer la signature de la grâce.
Pour ce qui est de l'essentiel, le surnaturel tout pur, on le voit à l'uvre quand le fondateur assigne à ses religieux, comme fondement d'un esprit propre, l'amour de Jésus Christ, de la Vierge et de l'Église: "les trois amours". De même, sa spiritualité de la Trinité, la place centrale des vertus théologales: foi, espérance, charité.