Les assomptionnistes d'hier à aujourd'hui

Partie 2 Ch. 2

Une loi. La vie de la Règle

 

Le corps a besoin d'une âme. Le Fondateur y veillait depuis les premiers jours. Ce n'est pas lui, l'apôtre toujours en action malgré les accrocs de santé et les difficultés financières, qui aurait sacrifié l'inspiration à l'organisation. Il travaillait à donner une loi à sa congrégation naissante, mais pas une loi de juriste ni de législateur patenté. Dès 1855, il écrivait les premières Constitutions sous le titre "Règle de l'Assomption"; en 1865, une nouvelle version: "Les Constitutions des Augustins de l'Assomption, précédées du texte de la Règle de saint Augustin"; à ces deux textes était joint le Directoire. Notons que le Fondateur destine les Constitutions à l'ensemble des religieux, en collectivité, avec des pratiques et des observances; et que le Directoire, recoupant souvent les Constitutions, s'adresse à chaque religieux pour sa vie spirituelle, sa démarche de sanctification personnelle.

Plusieurs formulations des Constitutions se succéderont jusqu'en 1923, date à laquelle furent imposées par Rome les "Constitutions de la Congrégation des prêtres de l'Assomption, dits Augustins de l'Assomptions". Ce texte aura force de loi dorénavant et jusqu'en 1969. Suivant les directives de Rome, à la suite du concile Vatican II et d'un élan de mise à jour de toute l'Église, la Congrégation procédera, cette année-là, à une révision de son livre de Règle, dont la version aujourd'hui en vigueur a été achevée au Chapitre de 1981 et approuvée par le Saint-Siège en 1983.

Nous l'appelons Règle de vie. L'appellation n'est pas sans portée: la sécheresse, l'éventuel formalisme lié à la notion de règle, passent après la chaleur de la vie; une Règle pour vivre ne se confond pas avec un règlement pour être en règle. Le livre qui contient la Règle, les Constitutions, et des "règles capitulaires" promulguées par le Chapitre général, porte, en finale, ces mots significatifs: "Ce livre est notre Règle de vie assomptionniste. Avec la Règle de saint Augustin, il trace un chemin où ensemble nous voulons marcher. Par notre profession dans la Congrégation, nous nous engageons à mettre en pratique cette Règle de vie. Nous la garderons en lien avec le P. d'Alzon. Nous la relirons dans la prière. Nous l'écouterons en communauté. Nous la vivrons avec le soutien de nos frères. Ainsi, elle nous rendra libres pour aimer Jésus Christ et pour étendre son règne."

Le lien avec le P. d'Alzon! Ce n'est pas une banalité; on doit même convenir que cela n'a pas toujours été clair. Après de très longues années où l'évocation, l'invocation, du P. d'Alzon était devenue quasi rituelle, où sans aucun doute le lien, affectif autant que doctrinal, était réaffirmé avec une constance délibérée, est venu le temps des révisions critiques, celui aussi d'une réticence - et le mot est faible - à l'égard d'un homme du XIXe siècle, à l'égard de son "catholicisme", à l'égard de cet homme-là précisément: Emmanuel d'Alzon. La tendance n'était pas majoritaire; elle était forte et agissante. On se souvient du témoignage du P. Hervé Stéphan, ancien supérieur général, devant l'auditoire du colloque d'historiens déjà mentionné, lorsque la discussion a porté sur l'héritage du P. d'Alzon et la manière dont l'héritage fut reçu et perçu: "Pendant dix ans, quinze ans peut-être, après le Concile, nous avons eu dans la Congrégation une zone de silence sur le P. d'Alzon. C'est une expérience que j'ai vécue, moi aussi, avec tous les frères dans les différentes communautés. En prévoyant, en 1975, le centenaire de la mort du Fondateur (1880), le Chapitre général avait dit: "Il faut que ce centenaire soit souligné." Je pense que le Chapitre a fait acte raisonnable, logique, mais pas tellement convaincu, et il ne savait pas très bien ce qui allait se passer. Moi non plus d'ailleurs... Je pressentais évidemment que c'était un homme très grand. Petit à petit, je me suis mis à dépasser la difficulté du langage. Il m'a fallu au moins deux ans d'habitude, d'apprentissage de lecture pour arriver à ce que j'appelle "le noyau" et me retrouver tout simplement, pour parler un langage humain, le frère de cet homme-là, et le trouver capable d'inspirer et de dire quelque chose aux assomptionnistes d'aujourd'hui. C'est ainsi que le travail a commencé. Ce qui s'est passé a répondu à un besoin profond à travers la Congrégation... Mais c'est quand même une redécouverte de cet homme qu'a faite la Congrégation, une relecture, une re-communion avec lui." Et Hervé Stéphan ajoutait: "Ce ne sont pas tellement les textes qui nous fondent, mais c'est cet homme-là (1)."

 

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 Page réalisée par D. Remiot

à partir du livre "Les Assomptionnistes d'hier à aujourd'hui" publié en 2000 par
Lucien Guissard, aa