Les assomptionnistes d'hier à aujourd'hui

Partie 2 Ch. 5

"Que dites-vous de vous-mêmes?"

 

La première de ces deux questions se formule autrement, pour une même curiosité: "Que dites-vous de vous-mêmes?" Et le religieux répond: prenez et lisez, en montrant un petit livre: la Règle de vie. Ce n'est pas un livre qui est sorti soudainement; il marque l'aboutissement d'une histoire: la vie de la Règle, les étapes parcourues par les Constitutions qui l'ont précédée, les rédactions successives, le point où sont arrivés les religieux dans la réflexion sur leur état de vie, dans la prière, dans le travail "législatif" des Chapitres où ont été réunis leurs délégués élus.

La procédure est de droit; tout dépend de l'esprit, encore lui, qui règne dans une assemblée comme un Chapitre qui n'est pas un parlement, qui ne peut avoir d'autre intention que d'exprimer une pensée commune et d'œuvrer pour le mieux-être spirituel d'une communauté internationale.

Parmi les textes du concile Vatican II figure celui qu'on désigne par les deux premiers mots latins: "Perfectae caritatis." Le document déclare: "Il faut réviser convenablement les Constitutions, les Directoires, les coutumiers, les livres de prières, de cérémonies et autres recueils du même genre, supprimant ce qui est désuet, en se conformant aux documents du Concile."

La Congrégation a tenu à appliquer ces directives et, en 1969, un Chapitre général, réuni à Rome, a procédé à la rédaction d'un nouveau texte de ce qui s'appellera à l'avenir "Règle de vie", plutôt que "Règle" ou "Constitutions", à la consonance trop légaliste. Pendant douze ans, ce texte a été la "loi fondamentale" de l'Institut. On était libéré de l'habitude ancienne selon laquelle les livres traditionnels étaient le "discours" familial immuable, garant de la continuité, mais menacé, comme tout texte, par la routine et les gloses répétitives. Nous pensions parfois que la tradition les fixait, les figeait, dans la lettre comme dans l'esprit.

Les années soixante récoltaient les fruits de l'Action catholique, d'une pastorale hantée par le salut du monde, énoncée dans un langage marqué. Il nous parlait de l'engagement, de la mission, du témoignage, de l'incarnation, de l'action sociale, de la valeur du politique. Il tournait l'attention vers les réalités terrestres et l'humain. On se mouvait dans une ecclésiologie rénovée. Nous avions ressenti l'Église comme une institution inamovible plus que comme une histoire, une vie. Dès avant le Concile se dessina un remuement qui nous apprenait à concevoir mieux une Église vivante, incarnée, missionnaire, attentive aux réalités du temps, soucieuse de l'homme en société. Le Concile n'a pas été un commencement absolu.

La Règle révisée en 1969 porte les traces de ce renouveau, y compris dans certain langage qui est daté, mais qui gardera un sens. Après douze années, le moment était venu d'en évaluer la richesse, d'en reconnaître les limites, de la revoir, en tenant compte de l'expérience et de l'état des esprits dans la Congrégation. Le P. Hervé Stéphan, supérieur général, organisa une consultation de tous les religieux, de toutes les communautés. La consultation fit ressortir un souhait très répandu: que l'identité assomptionniste soit mieux formulée et motivée. Cet appel venait confirmer les sentiments ranimés par la célébration du centenaire de la mort du P. d'Alzon (1880). On y croyait donc toujours et on croyait en son actualité. Le P. d'Alzon pouvait affronter la vérité de l'histoire, sortir des images trop idéalisées. L'impulsion religieuse et apostolique de la fondation nous réconciliait avec les origines, si besoin en était, conjurait les pertes de mémoire et le sentiment diffus d'une dilution sournoise. Les réactions de rejet étaient dominées; on croyait encore assez à la dynamique de l'"Adveniat regnum tuum", à une mission assomptionniste, à un visage de famille, formé dès la naissance et sans les illusions d'un avenir radieux.

Un membre du Chapitre de 1981 peut témoigner de deux choses: les mises en garde n'ont pas manqué contre la tentation des grands mots, des grandes proclamations, du triomphalisme verbal, contredit, dans la réalité historique, par les misères humaines et le peu d'efficacité visible; mais, secondement, l'âme commune s'est manifestée pour satisfaire, autant que le peut un texte collectif, le désir d'une identité réaffirmée et reformulée. On pouvait tempérer les enthousiasmes sans mettre en doute le charisme et son pouvoir rassembleur.

On n'a pas ici à commenter le texte dans le détail; prenez et lisez. On se contente de mettre en lumière quelques idées que l'on croit directrices, et qui font mesurer le chemin parcouru.

"Qui êtes-vous?" Questionnaire d'identité. La Règle de vie répond, dès les toutes premières lignes du chapitre premier, intitulé "L'Assomption", chapitre qui est à la fois le portique et le condensé doctrinal de tout ce qui suivra: "Assomptionnistes, nous sommes des religieux vivant en communauté apostolique. Fidèles à notre Fondateur, le P. d'Alzon, nous nous proposons avant tout de travailler, par amour du Christ, à l'avènement du règne de Dieu en nous et autour de nous."

Le lien avec le Fondateur est établi sans hésitation; sa deuxième devise: "Propter amorem Domini nostri Jesu Christi" complète la principale: "Adveniat regnum tuum". L'horizon du Royaume est devant nous, la clarté centrale du charisme, la pleine lumière sur l'identité, selon l'authentique tradition.

Mais plus que la tradition institutionnelle, c'est l'esprit évangélique qui éclaire et fonde le tout: une Règle ne peut jamais être plus qu'un commentaire de l'Évangile; elle ne remplace pas la Parole de Dieu. On a pu reprocher à certains livres à usage spirituel de manquer de fondements bibliques, ou d'exploiter la Bible avec une pieuse fantaisie. La Règle de vie ne multiplie pas les citations évangéliques, mais elle ne veut avoir d'autre source que l'esprit même du Christ, son Évangile. La proclamation du Royaume, d'emblée, et les nombreuses mentions qui en sont faites, plus nombreuses que dans le texte antérieur, attestent la pureté et la plénitude de la source.

La vie religieuse trouve là sa raison d'être; l'Assomption, sa grâce d'état. Signe du Royaume; vivre en vue du Royaume; être témoins du Christ jusqu'à ce qu'il vienne; établir parmi les hommes le règne de justice et de paix; préparer le jour "où Dieu sera tout en tous": autant de façons d'affirmer la vocation et la mission, l'essentiel pour la foi et pour l'action; mais on évite de faire comme si le Royaume allait être immédiatement visible aux yeux des hommes grâce à nos actes d'apostolat, entrevu nécessairement grâce à la vie en communauté, grâce à nos vœux de religion. Nous sommes dans l'annonce, dans l'ordre du signe: la bonne volonté cherche à faire advenir ce qui est signifié et qui, de toute façon, ne peut que relever du mystère de l'Avènement.

À la suite du Fondateur, le religieux s'engage pour la cause du Royaume: "Le royaume de Jésus Christ, la plus grande des causes", écrivait-il. Le Christ ne se sépare pas de Dieu. Il est au centre de la vie, pour le religieux; il est celui que l'on veut suivre, comme l'Évangile y appelle; il est celui qui rassemble une famille religieuse, comme en lui et par lui se rassemble toute l'Église.

Notre époque est très sensibilisée aux droits de l'homme, plus que celle du Fondateur. L'homme de la Révolution faisait peur; on l'accusait de vouloir supplanter Dieu. La Règle appelle à servir "les grandes causes de Dieu et de l'homme", l'une avec l'autre, l'une appelée par l'autre.

Le Royaume donne sens et élévation aux requêtes de la vie religieuse. La communauté existe en vue du Royaume, dont elle veut présenter déjà une approche terrestre; le choix de la vie religieuse "entend rappeler le sens dernier des réalités humaines et faire de nous des serviteurs du Royaume". Les trois vœux professent que les biens de la terre, tout en restant des biens, ne sont pas le dernier mot de notre rapport au monde, au bonheur, à la liberté.

La possession des richesses, aspiration générale des hommes, jusqu'à l'idolâtrie de la fortune et à la tyrannie de l'argent, trouve sa contestation évangélique dans l'allégeance à Dieu, "notre vraie richesse", et dans la solidarité avec les pauvres, par le détachement et le partage. Tout cela signifié dans la discipline volontaire que l'on impose au besoin naturel que nous avons des biens matériels, et dans un style de vie commune et personnelle, toujours à revoir, à purifier, dès lors que nous sommes dans une civilisation qui pousse à la consommation, qui exalte le bien-être et le confort.

L'amour humain, un bien sans conteste, n'est pas le seul et ultime achèvement de notre pouvoir d'aimer. Plus exigeant, plus idéal, est l'amour-charité qui nous unit à Dieu-Amour et au prochain, et nous met dans la disponibilité que réclame le service apostolique: "être tout à tous".

La liberté de la personne, autre bien commun et noble, ne s'aliène pas par l'obéissance religieuse. On entend imiter le Christ dans son obéissance au Père et témoigner de "la véritable liberté dans l'Esprit"; l'obéissance "convertit peu à peu notre penchant à la domination en volonté de service et de promotion de l'autre".

Pauvreté, chasteté, obéissance: trois expressions traditionnelles, mais actuelles, de la profession religieuse, le mot "profession" étant à comprendre comme dans "profession de foi". La fine pointe est de croire, par la foi, que le terrestre, aussi respectable qu'il puisse être, n'est pas l'absolu.

Essayons maintenant de résumer ce qui a changé: les accents nouveaux, les choix nouveaux, les mots nouveaux.

1. L'approfondissement de l'Évangile du Royaume

La lecture contemporaine du message évangélique, aidée par l'exégèse biblique et par le progrès des visées apostoliques (la pastorale), a contribué à cet approfondissement, à une purification du sens. On a définitivement évacué les réminiscences à connotation politique, attachées à l'idée de royauté, de règne conçu comme un pouvoir historique, à une conception de l'autorité qui pouvait introduire la confusion entre le règne de Dieu et une intervention monarchique de Dieu dans le gouvernement de la société. L'essentiel non seulement est sauvegardé, mais est dégagé des ambiguïtés.

2. La cause de l'homme

Le changement est flagrant, par comparaison avec les textes de la Règle d'avant 1969. Relisons le texte: "L'esprit du Fondateur nous pousse à faire nôtres les grandes causes de Dieu et de l'homme, à nous porter là où Dieu est menacé dans l'homme et l'homme menacé comme image de Dieu." La vérité chrétienne est ressaisie: Dieu ne va pas sans l'homme, mais l'homme ne va pas sans Dieu. On ne tombera pas dans l'hominisme verbeux qui aujourd'hui donne si allégrement la majuscule à Homme, ni dans un humanisme sécularisé.

3. La vie fraternelle

Dans nos anciens textes, on ne trouve rien de comparable à ce qui, dans l'actuel, traite de "la vie commune". Une table des matières figure à la fin du recueil Écrits spirituels, déjà cité et devenu le manuel de référence: on n'y trouve pas une seule fois le mot "communauté" et on y trouve une fois "vie commune". Le P. d'Alzon consacre quelques lignes à "l'excellence de la vie commune" et fait l'éloge de la Règle; il commente le "cor unum et anima una" des premiers chrétiens selon les Actes des apôtres, la constitution de l'Église primitive en communautés de fidèles, le rôle joué ensuite par les grands initiateurs du monachisme, en particulier saint Augustin, dont la Règle dit: "Avant tout, vivez "unanimes" à la maison, ayant "une seule âme et un seul cœur", tournés vers Dieu. N'est-ce pas la raison même de notre rassemblement?" Le P. d'Alzon ne renvoie pas directement au précepte augustinien; c'est simplement une amorce, mais pas plus, de réflexion sur le rapport entre communauté et évangélisation (1).

Rien donc de surprenant si on a souligné la nouveauté du texte de 1981: nouveauté dans les mots (une fois de plus); nouveauté du thème, car les mots ont leur poids de substance évangélique: de "communauté" à "vie commune", puis à "vie fraternelle", étant donné la conscience que l'Assomption a prise de la valeur chrétienne de la communauté, il y a plus qu'une simple explicitation de ce qui devait aller de soi.

Dans les années soixante, on exaltait les droits de "la base", la démocratisation, la concertation, la coresponsabilité, la communication (tout notre vocabulaire favori!), l'Église-communion. Les jeunes ont éprouvé fortement le besoin de relations humaines, vécues en groupe; on réagissait contre les institutions de grand format, contre les "appareils", on aspirait à la communauté à taille humaine; la mémoire des communautés pauliniennes renaissait plus encore qu'auparavant. Ce climat de redécouverte n'a pas été étranger au ton et au contenu de notre Règle de vie, qu'on a parfois jugée un peu idyllique. Il était bon de revivifier la communauté religieuse. Celle-ci ne livrait pas toute sa vertu de signe si elle se réduisait aux "exercices de communauté", menacés par le formalisme et la routine. Le partage des soucis, des joies, des peines; les rencontres fraternelles; l'entraide; l'attention aux frères; l'esprit de famille, remis à l'honneur, étaient recommandés pour mieux manifester la communion, image et anticipation du Royaume. Sans jamais oublier qu'un religieux est un homme.

Enfin, l'assomptionniste vit en communauté "apostolique": on n'est pas apôtre tout seul, l'œuvre apostolique est partagée avec les frères, adoptée par eux, et on espère que la communauté par elle-même "témoigne" devant les hommes de cette consécration.

4. Prière et action

La tentation de l'activisme, la satisfaction humaine qu'on en retire, guettent tous les instituts voués à l'action apostolique. On nous l'a dit et répété; c'était salutaire. Salutaire était aussi l'appel à un meilleur équilibre entre action et contemplation, entre apostolat et prière.

Dès les origines, la juste mesure s'est révélée délicate entre deux exigences que le P. d'Alzon désirait harmoniser. Les réalités ont fait voir le déséquilibre menaçant, une tension, et c'est vers l'action que penche inévitablement la balance. C'est pour cela que la Règle de vie, sans que l'incitation à la prière ait été oubliée auparavant, a tenu à redonner du souffle à l'esprit de prière. Prière en commun, et prière personnelle; prière de l'Église d'abord, mais espace réservé à la méditation personnelle, indispensable à l'homme religieux, pour sa respiration et pour sa vitalité. On a pris acte des difficultés de la prière, mais on place le religieux devant son destin qui est l'expérience de Dieu, la recherche de Dieu, tant exaltée par Augustin, la rencontre de Dieu, l'intimité avec Dieu.

À remarquer que prier ce n'est pas s'évader du monde, mais porter dans la prière les joies et les peines des hommes; et c'est unir la prière et le travail apostolique.

5. Les traits distinctifs de l'apostolat

Nous lisons dans la Règle, n° 5: "Fidèles à la volonté du P. d'Alzon, nos communautés sont au service de la vérité, de l'unité et de la charité. Ainsi, elles annoncent le Royaume." Vérité, unité, charité, les trois piliers d'une spiritualité augustinienne. Pour que l'apostolat cherche à les traduire dans les engagements et les actions, on a mis en lumière trois qualificatifs, qui répondent à la trilogie évangélique relayée par la voix d'Augustin: "Toutes nos activités seront animées d'un esprit doctrinal, social, œcuménique" (n° 16).

Nous aurons à voir comment, dans l'histoire des œuvres assomptionnistes, ce triple esprit a été compris et comment il s'est adapté aux nécessités nouvelles comme à l'évolution des idées.

6. Portrait de famille

Dans les familles, les enfants ressemblent aux parents; et ils se ressemblent entre eux. Il serait intéressant, et sans doute un peu amusant, de demander à des personnes de l'extérieur, mais qui ont la possibilité de nous observer, de nous voir vivre et nous comporter, si elles constatent entre les assomptionnistes des traits concrets de ressemblance. À défaut d'enquête fiable sur ce point - et comment y parvenir? - on a dans les textes et dans la mémoire collective des indications sur ce que pourrait être une physionomie exemplaire de l'assomptionniste. Des qualités, des vertus, des attitudes apostoliques lui sont demandées, et par le Fondateur lui-même. Il s'identifie par elles en même temps que par l'identité théologale que nous avons esquissée. Appelons cela le portrait de famille, les traits de famille. Ils avaient été presque effacés dans la Règle de 1969, peut-être comme un langage jugé caduc...

Un appel du P. d'Alzon est resté, comme une consigne traditionnelle répétée: "Soyez hardis, généreux, désintéressés." D'autres qualités viennent compléter le portrait idéal: franchise (franchise dans l'affirmation de la foi), initiative, cordialité dans les rapports humains, simplicité de vie, zèle apostolique, audace dans les œuvres à créer, amour du travail, esprit de famille.

Avec une facilité qui mérite d'être relevée, ces modes d'être et d'agir, qualités humaines et vertus, ont retrouvé place dans notre livre de raison: la Règle. Les frères non français y tenaient plus que certains compatriotes du P. d'Alzon. Sujet de réflexion qui vaut aussi pour d'autres aspects de la compréhension d'une tradition où il s'agit de souder, ou de ressouder, le présent au passé. On n'a plus consenti à faire silence sur ces caractéristiques souhaitées pour un modèle du religieux voué à l'action. Il y en a beaucoup, comme on voit; c'est le propre des chartes spirituelles de demander trop pour obtenir un peu...

7. Du côté des pauvres

"L'orientation vers les pauvres n'est pas une mode passagère; elle touche à la raison même de notre vocation assomptionniste": c'est une déclaration du Chapitre général de 1987, qui avait mis à son programme trois orientations de fond: foi, communion, justice. La déclaration mérite attention: en effet, la période du Chapitre se trouvait marquée par la découverte, du moins l'inventaire, que l'on faisait des situations de sous-développement, de pauvreté, de misère matérielle, dans le monde entier et surtout dans ce qu'on avait appelé "le tiers monde". Il existait un "air du temps", dont nous sommes toujours tributaires, et encore plus profondément conscients. Qu'un texte soit marqué par son temps ne doit pas étonner, ni chez les prédécesseurs ni chez nous. En l'occurrence, c'est l'urgence de la solidarité qui commandait "l'option préférentielle pour les pauvres", ou, si ces mots paraissent trop exclusifs, une résolution, fermement motivée, par esprit apostolique, d'être "du côté des pauvres". La Règle de vie est encore plus précise en ajoutant "et des opprimés". À ce simple mot, comme aux appels à la solidarité avec ceux qui s'engagent contre l'injustice et les structures d'injustice, on reconnaît l'actualisation du message. On reconnaît que la voix assomptionniste a changé d'inflexion sous la pression des faits et des convictions qu'ils suscitent, à la lumière de l'Évangile.

"La richesse de notre famille, écrivait le P. d'Alzon dans son Directoire, doit consister dans le détachement le plus absolu des biens de la terre", et le Fondateur rappelait le Christ "dans son dénuement de toutes choses". Il a, le premier, donné l'exemple d'une pauvreté consentie, recherchée, malgré les facilités qu'auraient pu lui permettre ses origines aristocratiques: il prêchait le respect des pauvres et le pratiquait; il les a défendus; il a encouragé et aidé les institutions qui étaient au service de la pauvreté dans la ville de Nîmes et au-delà.

Pour suggérer cependant que son action et son enseignement allaient plus loin que "l'air du temps", voici des paroles encore pleines de sève pour aujourd'hui:

"Nous tenons surtout à la pratique de la pauvreté. Nous la croyons indispensable pour le temps présent, et comme protestation contre les mœurs actuelles (2)." Et encore: "La pauvreté évangélique sera pour nous comme la preuve extérieure de la pratique de l'Espérance" (Constitutions de 1850).

Le religieux d'aujourd'hui qui se met "du côté des pauvres" prend parti pour ceux qui sont pauvres matériellement et humainement. La Règle s'exprime ainsi: "Nos communautés veulent partager les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de leur temps, surtout des pauvres et de tous "ceux qui ont faim et soif de la justice"; solidaires de leurs aspirations et de leurs efforts, nous participons à l'avènement d'un monde plus juste et plus fraternel."

Il doit être entendu que la "politique" de l'Assomption n'est pas d'engager tous ses religieux dans le monde de la pauvreté sociale, de choisir ses activités uniquement dans cette direction, ce qui reviendrait à opérer un tournant radical dans l'histoire assomptionniste et à uniformiser les champs d'apostolat. Le Chapitre de 1981 demande "que chaque province ait des communautés engagées avec les pauvres et que chaque religieux, chaque communauté, se laisse interpeller par eux". Les Orientations, publiées pour prolonger et compléter la réflexion capitulaire, déclarent nécessaire le partage des expériences vécues, afin de sensibiliser, autrement que par des exhortations, toute la famille aux situations et au travail apostolique tel qu'il s'impose "sur le terrain".

Le style de vie quotidienne du religieux, s'il requiert un contrôle régulier de l'usage des biens et de l'argent, ne s'aligne pas sur la grande pauvreté ou la misère matérielle. Il doit être guidé par la simplicité, la modestie, la sobriété. Ce ne sont pas des critères qu'on peut calculer ou mesurer strictement. Il appartient à l'esprit religieux, à l'esprit de l'Assomption, de mettre au point, pour les communautés, pour les besoins personnels, ce qui convient à une existence humainement équilibrée, à égale distance d'une ascèse rigoriste et du laxisme "embourgeoisé", dans un environnement de société qui n'est pas celui des anciens moines ni celui du XIXe siècle, quand naquirent la civilisation industrielle et la soif de progrès. Cela est affaire d'histoire et de sens religieux tout ensemble.

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 Page réalisée par D. Remiot

à partir du livre "Les Assomptionnistes d'hier à aujourd'hui" publié en 2000 par
Lucien Guissard, aa