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Les
assomptionnistes d'hier à aujourd'hui
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"Que faites-vous?" C'est la seconde question que l'on pose à une congrégation pour sa déclaration d'identité. Qui d'entre nous n'a pas eu à y répondre, et plus fréquemment encore qu'à la première: "Qui êtes-vous?", dont on sait à l'avance qu'elle restera abstraite, compliquée, aussi rebelle à la clarté que quand on demande à une personne: "Qui êtes-vous?" et qu'elle répond en donnant son nom. La réponse suppose un complément d'information.
On tient à savoir ce que nous faisons, ce que la Congrégation a fait dans le passé, afin de se former une idée de notre rôle dans l'Église, de comprendre à quoi nous servons, en quoi peut-être nous sommes originaux. On juge la foi sur les uvres, le religieux sur son apostolat, comme le citoyen sur sa profession. Le charisme en deviendra plus visible, si toutefois la Congrégation se révèle capable d'enraciner les raisons de ses activités dans l'intuition originelle, le don fait au Fondateur.
Nous pouvons bien avouer que la multiplicité et la variété des uvres lancées par Emmanuel d'Alzon, celles auxquelles il s'est dévoué de son vivant, celles qui ont été adoptées ou créées par ses fils au cours de cent cinquante années, ne rendent pas évidente, à première vue, la cohérence de l'ensemble, comme si nous avions une seule spécialité: ou l'enseignement, ou la formation des jeunes, ou les missions lointaines, ou autre chose facilement repérable chez d'autres religieux. La spiritualité du Royaume a été assez vaste, assez inspiratrice et souple pour unifier, de très haut, une histoire apostolique.
Lorsque la nécessité pratique s'est fait sentir, pour le P. d'Alzon, de fixer un cadre d'activités par quoi se définirait et se manifesterait la Congrégation (il disait aussi: la Société ou l'Ordre), il rédigea un programme, par énumération. Celle-ci a varié, de son temps et après sa mort; elle a varié quant au nombre des uvres, quant aux priorités, quant au vocabulaire utilisé pour définir chacune d'entre elles. Le vocabulaire méritera attention dans les formulations qui nous sont familières aujourd'hui.
Voici un condensé des deux programmes d'action, rédigés par le Fondateur dans les deux premières versions des Constitutions, en 1855, puis en 1865. Plusieurs uvres resteront distinctives tout au long de notre histoire. Car il y a, dans les énumérations qui varient, un noyau stable. Il subsistera, quand bien même il y aurait des évolutions, des suppressions, des adaptations, des créations, et cela jusqu'à des dates récentes. Cela fera l'objet d'une troisième partie dans notre bref survol de l'histoire assomptionniste.
Par quelles uvres faire advenir le Royaume? À coup sûr, le P. d'Alzon, homme de prière, homme de foi, s'interroge ainsi devant Dieu, mais il doit s'interroger devant ses premiers disciples s'il veut sceller le pacte de communauté et d'un apostolat concerté. Les principales activités envisagées sont:
En 1923, au cours du chapitre général important que nous avons rappelé plus haut, une nouvelle rédaction des Constitutions est promulguée, qui sera le livre de Règle pendant quarante ans; voici la liste des uvres, dans la nouvelle formulation:
Relevons le commentaire suggestif que le P. d'Alzon, en 1865, ajoutait au texte sur "les uvres de charité". Il écrivait: "Préparer les enfants à accomplir leurs devoirs de chrétiens dans le monde. On ne peut se dissimuler qu'une grande haine subsiste dans le cur des pauvres contre les riches. Elle vient soit de la perte de la foi dans les classes inférieures, soit de l'usage scandaleux que les classes supérieures ont fait de leurs biens. Pour réparer, autant qu'il nous sera possible, ce grand mal, nous nous appliquerons à persuader aux gens qui nous sont confiés l'amour et le respect des membres souffrants de Jésus Christ et à leur inculquer l'obligation de les soulager non seulement par une froide aumône, mais par leurs paroles, leurs conseils, leurs encouragements et leurs consolations."
Le P. d'Alzon avait le propos très ferme de répondre, en se fixant des uvres, aux besoins sociaux et spirituels qu'il diagnostiquait dans la société. Il obéit à ce qu'il discerne; il ne monte pas une "politique" structurée autour d'un programme définitif. D'où l'effet de disparate qu'on peut ressentir. On lui en fera grief; on le soupçonnera de vouloir en faire trop, avec trop peu de religieux (de religieuses).
Il a eu, parmi les urgences dictées par son analyse personnelle des besoins, la préoccupation de faire collaborer religieux et laïcs dans un même engagement catholique. C'était le message prémonitoire, contenu dans la fondation d'un Tiers Ordre. Sa Congrégation est née parmi les professeurs laïcs de son collège de l'Assomption. C'est avec des laïcs qu'on fait des clercs; c'est avec des laïcs, demeurés laïcs, que progresse l'avancée du Royaume dans les réalités du monde. À supposer qu'on renvoie le "Tiers Ordre" à une mentalité ancienne, l'intuition centrale garde sa pertinence et l'Église tout entière ne fera, en France et ailleurs, que s'en persuader, par la force des choses et des besoins apostoliques.
De nos jours, quel est le programme? Notre Règle de vie donne deux réponses à la question des uvres. La première formule des objectifs prioritaires et d'ordre général dans la perspective d'une Église missionnaire; la seconde, concrète, énumère des activités que les assomptionnistes considèrent comme spécifiques, sinon exclusives (Règle de vie; nos 16 et 18):
1. "Nous travaillons à l'édification de l'Église par l'annonce de Jésus Christ. Nous privilégions l'éducation de la foi, la formation de laïcs responsables, l'éveil et le soutien de vocations chrétiennes, particulièrement des vocations religieuses et sacerdotales."
2. "Depuis les origines, notre apostolat s'est réalisé sous des formes variées, notamment l'enseignement, "entendu dans le sens le plus large du mot"; les études; les moyens de communication sociale; les pèlerinages; l'cuménisme; le ministère paroissial; les mouvements apostoliques de laïcs; les uvres sociales; le service des jeunes Églises."
Les façons de penser, les façons de s'exprimer ont changé, on le voit. Nous ne parlons plus du schisme et de l'hérésie comme autrefois; les publications deviennent "les moyens de communication sociale"; les uvres de charité, "uvres sociales"; le "service des jeunes Églises" a remplacé "missions étrangères" et "conquêtes missionnaires". Les mots font parcourir la distance d'un siècle à l'autre.
Sur cette distance, on découvre en quoi et par quoi le charisme est devenu historique. Trois éléments entrent en action: ce sont l'intuition fondatrice; le "vouloir-vivre ensemble"; les uvres. Aux yeux de nos amis, de ceux qui nous observent, il se peut que les deux derniers éléments soient plus intelligibles que les discours sur le charisme... Ce n'est pas une raison pour laisser se diluer le sens du charisme, ce qui reviendrait à délaisser la source, le mouvement de l'Esprit.
Le P. d'Alzon n'eut pas, avant sa mort, le bonheur de voir grandir vite son Institut et se multiplier les réalisations. Le bilan n'est cependant pas négligeable: le collège de Nîmes est florissant; la "Mission d'Orient" fait ses débuts; à Paris, la résidence de la rue François-Ier sera le siège initial de la "Maison de la Bonne Presse"; un orphelinat, dirigé à Arras par le P. Halluin, a été adopté, et le Fondateur y attache une signification sociale exemplaire; des alumnats (1) étaient ouverts. Mais il y eut des lenteurs, peu de recrues, et quelques initiatives sans lendemain: un petit collège à Paris, qui dura à peine dix ans; une fondation éphémère, en Australie, où, écrit le P. Quenard, "un évêque irlandais avait imprudemment entraîné" l'Assomption naissante.
L'histoire des uvres fait apparaître la géographie de l'Assomption, au fur et à mesure de la répartition des communautés dans d'assez nombreux pays. On peut, je crois, admirer une aussi large diffusion géographique, eu égard au nombre relativement restreint de religieux et de surs oblates de l'Assomption à leurs côtés, même pendant la période où les assomptionnistes ont été presque deux mille.
Nous considérerons les uvres dans l'ordre fourni par les Constitutions et par la Règle de vie. L'appellation "activités apostoliques" conviendrait sans doute mieux si on trouve que le terme "uvre" fait clérical et si on oublie qu'il signifie travail et activité... En suivant l'histoire, à gros traits, sans entrer dans toutes les péripéties, nous nous sommes intéressés à l'idée que l'Assomption avait de l'apostolat et de la mission de l'Église. Le temps a produit son effet de "modernisation", d'abord lentement, ensuite de plus en plus vite au lendemain de la dernière guerre. Ce n'est que l'imitation, à petite échelle, des mutations survenues dans tous les domaines de la culture. La différence est que l'Assomption, microcosme d'Église, ne pouvait se limiter à imiter, à subir le climat, à vouloir être à la page: elle a eu le devoir de discipliner sa propre histoire, entre passé et présent.