Les assomptionnistes d'hier à aujourd'hui

Partie 3 Ch. 6

La vie intellectuelle

 

La jeune Assomption

L'histoire d'une congrégation se fait par les hommes et par les œuvres; elle se prépare chez les jeunes et par leur formation. Vingt ans après la mort du Fondateur, sous le généralat du P. François Picard, puis du P. Emmanuel Bailly, l'Assomption, qui a traversé les frontières de la France, est confrontée à ce problème décisif: la jeune Assomption à susciter, à organiser et à former. Une congrégation veille avec un soin particulier sur le noviciat (les noviciats), tout autant, et même davantage, sur le scolasticat (les scolasticats ou grands séminaires). Cela se comprend aisément. La préparation et le choix des futurs religieux des futurs prêtres, dépendent de la qualité des études en même temps que de la vie spirituelle, imprégnée de l'esprit de l'Assomption.

La guerre de 1914-1918 intervient dans notre histoire, comme dans celle de toute autre institution, et elle se charge de changer, parfois de désorganiser, le cours ordinaire des choses. On estime que près de la moitié des religieux ont été soit sur le front, soit dans les services de l'armée française; une trentaine sont morts du fait des hostilités. En Belgique, des religieux sont appelés comme brancardiers, mais en France la loi militaire de 1889, dite "curés sac au dos", soumettait les clercs à la mobilisation, faisant exception pour les recrues qui acceptaient de travailler dix ans hors d'Europe, ce dont l'Assomption profita pour créer, par exemple, un noviciat en Turquie (Phanaraki) s'ajoutant au premier, qui avait voyagé d'Espagne en France, enfin en Belgique. Pendant la guerre, il se trouvait au grand-duché du Luxembourg.

Trois scolasticats ont joué un rôle central dans notre histoire. À Louvain (Belgique) s'est imposée, à partir de 1900, la brillante personnalité du P. Pierre-Fourier Merklen, doué d'un indéniable prestige sur les étudiants et sur beaucoup de professeurs, un homme qui sut s'assurer des amitiés et dut affronter des inimitiés. Il dirigera plus tard La Croix. Il fut à l'origine d'une création originale: La Revue augustinienne qui, dans le voisinage de la célèbre université catholique, refléta une intense activité intellectuelle, en théologie et en philosophie, avec la particularité de permettre à des étudiants non encore en fin d'études de publier des articles, ce qui provoqua quelques fortes réticences. Nous pouvons regretter que cette revue ait été en apparence oubliée; elle donnera pourtant des idées à des successeurs résolus à montrer l'Assomption agissante dans le domaine des études et de la recherche. Le scolasticat de Louvain a formé un grand nombre de nos étudiants en théologie, de diverses nationalités.

Autre scolasticat influent, en quelque manière concurrent: celui de Jérusalem (jusqu'en 1914) où se fit remarquer le P. Joseph Germer-Durand, figure tout aussi prestigieuse. Fils d'un agrégé d'université, il avait été l'assistant du P. d'Alzon; il possédait un très beau talent d'écrivain, de journaliste, et s'est signalé par des travaux archéologiques à Jérusalem et en Transjordanie. On lui doit des reconstitutions de la topographie de la Ville sainte et la découverte de vestiges d'un sanctuaire élevé sur le site appelé Saint-Pierre-en-Gallicante (in galli cantu: au chant du coq) où on honore la mémoire de saint Pierre et de son repentir avant la Passion du Christ.

Les scolasticats des congrégations se trouvèrent en première ligne pendant la crise du modernisme. L'autorité ecclésiastique surveillait de près l'enseignement des matières en controverse: l'exégèse biblique, l'interprétation des dogmes, les origines du sentiment religieux, la nécessité pour l'Église de "moderniser" sa doctrine. Louvain n'a pas échappé aux suspicions qui étaient alors monnaie courante comme les condamnations hâtives et les emballements non moins hâtifs. Sur cette très grave crise, on n'a plus le droit de parler à la légère, et on ne saurait trop recommander de s'adresser aux historiens. Le P. Merklen fut amené, au Chapitre général de 1912, à s'expliquer et à se justifier au sujet de l'enseignement donné au scolasticat. La Revue augustinienne avait cessé de paraître.

Un troisième scolasticat avait été institué à Rome à la fin du siècle. Le P. Emmanuel Bailly disait à son sujet que, s'il était bon d'envoyer des jeunes religieux à Jérusalem pour se familiariser avec la Bible et avec la Terre sainte, il n'était pas moins souhaitable d'en envoyer à Rome. En 1929 a été officialisé le "Collège international". La tradition était créée de choisir des étudiants pour qu'ils suivent le cycle des études théologiques à l'Université pontificale des dominicains, dite l'Angélique, en hommage à saint Thomas d'Aquin, le "Docteur angélique". La tradition s'est maintenue et pour des études plus diversifiées (théologie orientale notamment).

En 1934, les assomptionnistes français quittent Louvain pour regagner leur pays et installent un scolasticat à Longpont (Lormoy), qui sera plus tard affilié à l'Institut catholique de Paris. La même année s'ouvre à Layrac (Lot-et-Garonne) un autre scolasticat. En 1959 est inauguré celui de Lyon-Valpré, construit à neuf, de sorte que chaque province française aura sa propre maison d'études.

La maison de Louvain a été bombardée en mai 1940. Les étudiants se regroupent à Saint-Gérard (diocèse de Namur, Belgique) où les assomptionnistes occupent la très ancienne abbaye de Saint-Gérard-de-Brogne, qui commença d'abord par abriter un noviciat interprovincial, avant d'être un scolasticat international de philosophie, puis, pendant et après la guerre, le scolasticat de philosophie et de théologie pour la Belgique. Les religieux hollandais étaient rentrés dans leur pays pour cause de guerre et avaient leur scolasticat à Bergeyk, dans le diocèse de s'Hertogenbos (Bois-le-Duc).

En France, en Belgique, en Hollande, l'Assomption faisait l'option des scolasticats autonomes, un par province. Elle dut résoudre le problème majeur: constituer le corps professoral avec ses propres religieux, aménager les études, assurer une cohérence intellectuelle et spirituelle. Ce fut là une des charges les plus lourdes, mais en accord avec l'esprit de corps entretenu à l'Assomption.

Les scolasticats ont disparu, non pas les noviciats. Un nouveau style de formation intellectuelle a été mis en pratique, en liaison avec les universités. Mais la Mission du Congo (ex-Zaïre) a un scolasticat sur le modèle classique; Madagascar a un foyer pour scolastiques.

Hautes études orientales

À Paris, en 1883, un journal quotidien et une centrale de presse à l'horizon; à Constantinople (Cadi-Keuÿ), en 1895, une revue: Échos d'Orient, dont la couverture porte ces mots: "publiée par l'École pratique des hautes études de l'Assomption". Ce sont des réalisations qui peuvent surprendre, venant d'une seule et même congrégation. Où est la cohérence? La première réponse est simple: une congrégation comme celle-là est par fondation vouée à des activités multiples. Mais la vraie réponse est ailleurs: dans une vision dynamique de la mission, et dans les occasions offertes par l'histoire.

La presse est née du désir apostolique de rejoindre le peuple; la revue d'études orientales est née du grand dessein: l'unité des chrétiens; l'apostolat intellectuel entend accompagner et compléter l'action. C'est ce qui est bien exposé dans le numéro de juin 1898 de la revue, fondée par le P. Louis Petit. L'auteur de l'article est le P. Edmond Bouvy, dont on a dit qu'il fut l'initiateur des premiers "byzantins" de l'Assomption. Il faut le citer, parce que ce texte est un programme et parce qu'on y discerne un esprit proche de ce que nous considérons, de nos jours, comme l'œcuménisme. Le P. Bouvy rappelle l'œuvre d'union des Églises souhaitée par Léon XIII et explique que la revue ne sera pas exclusivement d'archéologie, de liturgie, de littérature byzantines; elle se situe dans un triple mouvement de prière, d'étude et d'action. Pour les études, voici les idées du P. Bouvy: "L'Orient est maintenant plus ignoré que l'Inde, la Chine, le Japon, que le Klondike, que l'Alaska. Son souvenir se confond dans presque tous les esprits avec celui de l'islamisme qui l'oppresse... Cet oubli est souverainement injuste et, pour nous chrétiens, nous savons que l'histoire de l'Orient est en quelque sorte l'histoire même de la religion, que sa littérature pendant huit siècles est entrée tout entière dans notre tradition dogmatique, que ses docteurs ont été les oracles de notre foi dans les conciles... que sa liturgie possède encore toute l'efficacité sacramentelle que possède la nôtre; enfin, qu'ignorer l'Orient, c'est presque ignorer l'Église... Nous voudrions qu'il y eût des hellénistes par zèle apostolique comme il y en a par goût, par sympathie, par fantaisie profane."

La revue Échos d'Orient n'a pas été créée subitement, et n'est pas une création isolée; "elle s'inscrit dans un mouvement général d'intérêt pour les Églises chrétiennes d'Orient et pour leurs rites. L'inspiration vient du pape Léon XIII, qui sut utiliser le Congrès eucharistique de 1893 à Jérusalem pour diffuser son projet. Le Congrès, dont l'organisation matérielle dut beaucoup aux assomptionnistes, traita des rites orientaux, dont les partisans triomphèrent des tenants de la latinisation de l'Orient (1)." Les Échos d'Orient ont d'abord été présentés comme la suite des Échos de Notre-Dame-de-France de Jérusalem, revue ayant pour but de maintenir le contact entre les pèlerins de Jérusalem, conduits par l'Assomption. Les Échos d'Orient deviendront la Revue des études byzantines après qu'en 1937 l'Institut français d'études byzantines se sera installé à Bucarest jusqu'en 1949, année de son déménagement à Paris.

L'élan scientifique annoncé par la revue dès son début aurait-il convaincu le P. d'Alzon? Il ne prêchait pas la spécialisation et la technicité, mais, s'agissant des connaissances religieuses, il voulait une solide culture et, d'une manière générale, il insistait sur la nécessité de l'étude, pour tous les religieux. Il a eu cette phrase restée célèbre: "L'étude n'est pas l'unique condition du salut; mais on peut dire que, lorsqu'on n'étudiera plus dans la Congrégation, c'est qu'elle aura fait son temps et reçu la malédiction de Dieu (2)."

D'Alzon concevait l'étude comme une obligation, une façon de travailler comme les pauvres travaillent, une condition pour entrer dans "l'élite" d'hommes d'Église dont il rêvait; comme le remède radical à l'oisiveté qui, disait-il, a provoqué la décadence de beaucoup de couvents; il mettait en garde contre la "science qui enfle", et contre la "frénésie" du savoir; mais l'alliance dont il donnait l'exemple entre l'action et la formation de l'esprit est une consigne féconde de son héritage de Fondateur.

Le mouvement déclenché par le P. Louis Petit et la revue Échos d'Orient a produit des résultats que la communauté scientifique internationale reconnaît. La recherche fondamentale, la spécialisation dans toute sa rigueur, ont trouvé des ouvriers de grande qualité à l'Assomption, et on est en droit d'admirer ce fait historique, car il n'était pas écrit que l'Assomption envoyée en "mission" en Orient compterait autant de scientifiques - et si éminents - au service des Églises orientales et du byzantinisme. La plupart d'entre eux n'ont pas eu besoin d'une préparation universitaire pour s'affirmer auprès des universités et des sociétés savantes.

J'ai vécu sous le même toit que plusieurs de ces "byzantins", à Paris. Je revois le P. Venance Grumel, sa modestie aussi grande que sa science, son apparente ingénuité, sa piété; le P. Raymond Janin, et son visage austère; le P. Vitalien Laurent, qui fut longtemps directeur de l'Institut d'études byzantines, avec son allure romaine, son langage châtié, son autorité intransigeante. Le P. Jean Darrouzès, aussi bon bricoleur qu'étourdissant spécialiste en épigraphie, amateur de littérature, virtuose des langues anciennes, esprit libre et franc. Nous, de la presse, dans cette maison abritant deux communautés, nous étions intimidés devant ces hommes qui, pour certains, ne portaient pas très haut l'estime de la vulgarisation journalistique, mais nous lisaient, parce que l'Assomption a aussi le talent de faire des journaux.

D'autres noms illustrent cette "école" de la recherche sur l'Orient chrétien: Martin Jugie, Sévérien Salaville, Joseph Germer-Durand, Jules Pargoire, Romuald Souarn, Fulbert Cayré, Siméon Vailhé. Et on ne dira rien ici de la Revue des études byzantines, dont le contenu ne peut être apprécié à sa juste valeur que par les spécialistes, des ouvrages publiés, des collaborations aux dictionnaires et encyclopédies, aux collections, aux ouvrages collectifs, etc.: cela dépasse de trop haut la petitesse du présent livre. Une revue destinée à un public plus large paraîtra sous le titre: L'Union des Églises.

Les accusations de "modernisme" n'ont pas épargné les Échos d'Orient; on en était à la hantise. En 1898, dans son numéro 6 (février), la revue publie un article dans lequel le P. Siméon Vailhé se permet de faire une lecture critique d'un épisode de la Bible. Les réactions des supérieurs religieux sont rapides et tranchantes. On incrimine les "chercheurs téméraires", et "l'esprit d'indépendance intellectuelle"; on en appelle aux directives du Saint-Siège en matière de théologie et d'Écriture sainte. La position était de ne rien faire, de ne rien autoriser qui pût donner à penser qu'on transigeait sur l'obéissance au pape. En 1907, sous le nom de "modernisme", Pie X condamnera une série d'erreurs, par son encyclique Pascendi.

Quant au P. Siméon Vailhé, il fit amende honorable, devint plus tard professeur au scolasticat de théologie de Lormoy et biographe quasi officiel du P. d'Alzon.

La revue n'avait pas tardé à se faire remarquer dans le monde universitaire. Mgr Battifol, recteur de l'Université catholique de Toulouse, deux ans après le premier numéro, écrivait: "Depuis quelque temps apparaissent dans diverses revues d'excellents articles qui viennent d'un même atelier. Il semble que cet atelier où l'on travaille selon les règles de la meilleure critique ait pris la résolution de se consacrer à l'étude de l'ancien Orient chrétien... Nous signalons avec joie ces études, qui sont l'indice d'un éveil. La forte culture ecclésiastique est manifestement en progrès, et ce ne sera pas une des moindres surprises de cette fin de siècle... que de voir des jeunes congrégations comme l'Assomption donner l'exemple d'un si vif progrès (3)."

Le directeur de l'École française de Rome, l'abbé Duchesne (4), lui aussi âprement suspecté par les tenants "intégralistes" de l'enseignement théologique traditionnel, écrit, le 24 mars 1900, au P. Louis Petit: "Je suis très heureux de vous féliciter de votre revue. Votre érudition et votre entrain sont pour me plaire. Il y a telle page signée Pargoire ou autrement que je voudrais avoir écrite."

La grande génération a disparu. Mais si une relève ne peut plus se faire, comme le demanderait la tâche scientifique, en équipe, la page n'a pas été tournée absolument. Le trait d'union entre les anciens et le présent n'a pas été effacé: pour ne citer qu'un exemple, le P. Daniel Stiernon, en enseignant dans les universités romaines, a suivi les traces du P. Martin Jugie. Et la France n'est pas seule en cause. Le P. Stiernon est de nationalité belge; la Hollande, comme on va le voir, est entrée, à compétence égale, dans la tradition scientifique de la Congrégation.

L'institut de Nimègue

Hors de France, c'est aux Pays-Bas que l'Assomption a fait naître un deuxième centre important d'études orientales. Dans ce pays à majorité protestante, le climat œcuménique s'est heureusement développé. Le P. Frans Wijnhoven, assomptionniste, a laissé le souvenir d'un apôtre de l'œcuménisme. En 1948, l'année même où était érigé à Amsterdam le Conseil mondial des Églises, est née une revue: Het Christelijk Oosten (L'Orient chrétien). Un groupe international d'assomptionnistes avait participé à cette fondation: les PP. Vitalien Laurent (France), Jérôme Cornélis (Belgique), Adulf van der Wal et Garcia van den Berk (Hollande). Le siège de la revue fut fixé à Nimègue, ville universitaire. Le premier rédacteur en chef était le P. Olaf Hendriks, ancien professeur au scolasticat de Louvain, entre les deux guerres.

En 1950, un groupe de religieux part en mission à Charfé (Liban). Ils y seront chargés d'un grand - ensuite d'un petit - séminaire du patriarcat syrien catholique où, jusqu'à leur départ en 1958, ils ont formé dix prêtres, dont cinq sont actuellement évêques et un est patriarche. Ils ont pris des photocopies de manuscrits syriens, et ces copies sont venues constituer le fonds ancien de la bibliothèque de Nimègue: les religieux en ont fait l'objet de leurs études.

En 1952, l'équipe de rédaction s'organise et forme l'Institut d'études byzantines et œcuméniques; les religieux appartiennent aux communautés de Nimègue, de Charfé, de Boxtel, et veulent travailler sur le modèle de l'équipe française, à laquelle ils sont affiliés. La fondation officielle de l'Institut date de 1955. Le but est double: scientifique (études, enseignement, publications) et pastoral (conférences, liturgie orientale, information), afin de sensibiliser une population qui ne connaît que deux partenaires de l'œcuménisme: le catholicisme et le protestantisme, et ignore le troisième: l'Orthodoxie. Le P. Edward van Montfoort succède à Olaf Hendriks, qui aura comme successeur le P. Arno Burg, jusqu'en 1991 (5).

De 1962 à 1971, des assomptionnistes néerlandais vivent à Jérusalem (Saint-Pierre-en-Gallicante) pour l'accompagnement des pèlerins et pour des études sur les "petites Églises orientales" (Lesser eastern Churches); ils apprennent les langues orientales; ils constituent une bibliothèque. Un des membres les plus en vue de l'Institut de Nimègue, le P. Patrick van der Aalst, est nommé professeur de théologie orientale à l'université de Nimègue et il y enseignera de 1966 à 1986; il a enseigné également en Pologne, à l'université de Lublin.

Aux Pays-Bas, comme en France, le personnel fait défaut, et cela dans une province assomptionniste qui, après la guerre, comptait un grand nombre de religieux, au point d'avoir à chercher des débouchés à l'étranger. On tenait cependant à ce que l'œuvre continuât. Il y eut des contacts étroits avec la faculté de théologie de Nimègue. En 1990, la fusion se réalise et on crée l'Institut pour la chrétienté orientale (Institut voor het Oosters Christendom). L'objectif est de sauvegarder la nature propre d'un Institut pour l'étude de l'Orient chrétien en liaison avec l'université. Les tâches seront l'enseignement, la recherche, l'entretien de la bibliothèque, l'édition de la revue, l'information. L'Institut a son siège à l'université et se compose d'un directeur, de deux assistants, d'un secrétaire et d'un bibliothécaire. Trois assomptionnistes (ou des personnes choisies par l'Assomption) font partie de la direction générale. L'ouverture officielle du nouvel organisme a eu lieu le 15 novembre 1991.

La revue Het Christelijk Oosten, tout en maintenant l'exigence d'érudition, a une formule plus souple de contenu et étend parfois ses centres d'intérêt au-delà de l'Orient chrétien, à condition qu'ils aient un lien avec lui: c'est ainsi que, dans un numéro de 1995, on trouve un article sur "les thèmes chrétiens dans la littérature arabe moderne". La revue a respecté l'objectif majeur: faire connaître les recherches spirituelles des autres traditions chrétiennes.

Le bilan scientifique de l'Assomption, particulièrement dans le domaine byzantin et singulièrement pour la France, la plus engagée depuis longtemps, a fait ressortir des points délicats appelant réflexion: l'utilité pastorale des études spécialisées, compte tenu de l'expérience; le temps et les énergies que la recherche exige du religieux comme de tout scientifique; la tendance de la science à devenir une fin en soi; la baisse de l'intérêt pour l'érudition, au bénéfice des autres formes de l'apostolat intellectuel, de l'apostolat tout court (6).

À l'école de saint Augustin

Le P. d'Alzon avait eu le projet d'une université Saint-Augustin, mais le projet ne s'est pas réalisé. En 1902, le scolasticat de Louvain crée la Revue augustinienne (voir ci-dessus). En 1921, le P. Fulbert Cayré, que nous avons vu à la rédaction des Échos d'Orient, relance l'œuvre, avec deux collections: Bibliothèque augustinienne et Études augustiniennes. En 1943, dans le scolasticat de Lormoy, est créé le Centre des études augustiniennes, dirigé par le P. Cayré. Celui-ci a aussi créé la revue L'Année théologique et s'est fait une réputation par ses écrits sur les Pères de l'Église. En 1956, le Centre devient Institut d'études augustiniennes, selon la loi de 1901 sur les associations, et le titre officiel spécifie qu'il s'adonne à "l'étude du Bas-Empire et du haut Moyen Âge, plus spécifiquement des écrivains chrétiens, en particulier saint Augustin". L'Institut édite la Revue des études augustiniennes et est dirigé par le P. Georges Folliet.

Là encore, impossible de détailler tous les travaux. Retenons la collection Bibliothèque augustinienne, qui offre en traduction les œuvres de saint Augustin (texte latin, texte français, introductions, notes). Au moment (1998) où saint Augustin fait son entrée dans la prestigieuse collection littéraire La Pléiade (chez Gallimard), qui présente, dans le premier volume des œuvres, une nouvelle traduction des Confessions, on en profite pour rappeler que deux assomptionnistes ont traduit ce chef-d'œuvre de la littérature autobiographique: ce sont les PP. Tugdual Tréhorel et Guillem Bouissou.

Une autre collection de traductions est dirigée par le P. Goulven Madec, spécialiste reconnu de l'œuvre d'Augustin; il est directeur de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et a enseigné à l'Institut catholique de Paris, où il succédait à un autre assomptionniste, le P. Jérôme Beckaert, alors titulaire de la chaire d'histoire de la philosophie patristique, chaire dont le premier titulaire avait été, en 1945, le P. Fulbert Cayré.

L'Assomption ne dispose plus du personnel ni des moyens financiers nécessaires pour assurer la gestion et l'animation des Instituts. L'Institut augustinien a quitté la rue François-Ier, à Paris, en mai 1979. Le fonds ancien de sa bibliothèque appartient désormais à l'Institut catholique de Paris, lequel abrite également la bibliothèque de l'Institut byzantin, cette dernière restant propriété de l'Assomption. Ainsi se réalise le vœu de la Congrégation que ces richesses culturelles demeurent dans une institution d'Église.

L'étude de saint Augustin n'était pas réservée à la province de France, on s'en doute. Il faut rendre justice, en particulier, aux assomptionnistes américains qui, comme le P. Edgar Bourque, ont puisé à la doctrine augustinienne pour inspirer la vitalité de ce qu'ils ont appelé une sorte de refondation.

Une politique intellectuelle

Comment la Congrégation, consciente du vide creusé par le changement de statut des Instituts, compte-t-elle honorer l'étude et les hautes études? Le P. Claude Maréchal aura à son actif d'avoir franchement et efficacement posé la question. Une double question, en réalité: l'une qui concerne la minorité des scientifiques; l'autre qui concerne l'ensemble des religieux: s'ils ne sont pas tous appelés à de hautes études, ils doivent, tous et chacun, pourvoir à leur culture par une formation permanente et faire honneur aux appels du P. d'Alzon en faveur de l'étude.

En vue du Chapitre de 1999, le P. Maréchal a organisé à Rome, du 2 au 7 janvier 1997, une rencontre sur le thème des études spécialisées. Il a rédigé un rapport intitulé "Pour une politique intellectuelle à l'Assomption", et proposé, à la suite de ses consultations, des moyens à mettre en œuvre.

Le titre même du rapport dit exactement de quoi il s'agit: une politique, c'est-à-dire une action programmée, à tout le moins dans les lignes maîtresses et les principes, ce qui n'a pas toujours été vrai par le passé, lorsque le scientifique était souvent un ouvrier solitaire. Ce n'est pas parce que l'Assomption se trouve dans des conditions nouvelles, impliquant des réductions d'effectifs et des réorientations apostoliques, qu'elle oubliera son ambition d'être une congrégation doctrinale. Elle a, dans sa Règle de vie, entériné les trois caractères de son apostolat: doctrinal, social, œcuménique; elle n'entend pas atténuer le premier au seul profit des deux autres qui, du reste, n'auraient pas leur pleine valeur sans lui. L'Assomption a une tradition bien établie; elle a montré que ce n'était pas la magie d'un mot gratifiant; il y eut des moments de crise et il y eut des freinages, l'histoire le montre, mais la direction est certaine et ne peut être perdue sans altérer la fidélité de l'Assomption à son apostolat triple et unique. Sur les méthodes et les moyens, certes, la politique doit aviser, compte tenu de la situation cent cinquante ans après, cent ans après la fondation des Échos d'Orient.

À cette politique, le rapport assigne des objectifs: la connaissance approfondie de la tradition ecclésiale, l'intelligence de la foi, l'œcuménisme, le dialogue interreligieux. Saint Augustin est le maître, avec saint Thomas d'Aquin, deux figures non contestables d'intellectuels chrétiens.

Le choix des spécialisations se fera en fonction des besoins de l'Église et du savoir-faire acquis par la Congrégation: la spécialisation, en effet, ne se limite pas à la spéculation ni à la technicité universitaire; elle s'acquiert aussi par une expérience, nourrie de formation actualisée: communication sociale, conception du pèlerinage, retraites, enseignement, recherche, problèmes de société...

Dans la réalité actuelle, l'Assomption peut, avec une certaine satisfaction et sans omettre la modestie que lui imposent les faits, constater qu'elle a des représentants parmi les spécialistes de l'exégèse biblique, de la théologie, de la philosophie, de la patristique, de la catéchèse, de la presse et de la communication, de l'œcuménisme. La tradition des études religieuses ne se perd pas et, en cela, les volontés expresses du Fondateur sont respectées. "Pas de spécialisation détachée de la foi", lit-on dans le rapport. On n'est pas pour autant confiné dans la théologie; on est resitué dans l'histoire vivante de l'Assomption: "Sans vie intellectuelle, pas d'Assomption vigoureuse."

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 Page réalisée par D. Remiot

à partir du livre "Les Assomptionnistes d'hier à aujourd'hui" publié en 2000 par
Lucien Guissard, aa