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Les
assomptionnistes d'hier à aujourd'hui
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L'histoire des uvres dont l'intuition revient au P. d'Alzon lui-même, et qui constituent l'essentiel de l'archipel apostolique construit en un siècle et demi, a permis de découvrir déjà la géographie du monde assomptionniste. Mais tout n'est pas encore apparu. Regardons-y d'un peu plus près pour repérer des points significatifs du paysage international, bien que l'inventaire complet des activités et des engagements individuels échappe à un survol.
Partout, la paroisse
Dans tous les pays où l'Assomption a essaimé, dans toutes ses provinces, un constat s'impose: partout, et depuis toujours, le ministère paroissial. La paroisse est très souvent la première des uvres fondées. Elle est le lieu d'ancrage pour un ou plusieurs religieux, pour une communauté: de là partent d'autres uvres, au service de l'Église locale ou pour accueillir des jeunes pouvant s'orienter vers la vie religieuse.
La France assomptionniste a compté des paroisses qu'on pourrait dire symboliques, par la durée, par leur valeur pastorale: Saint-Christophe à Paris; Sainte-Thérèse à Montpellier; Notre-Dame-de-Salut à Bordeaux; d'autres à La Rochelle, Toulon, Angoulême, Marseille; dans les campagnes peu christianisées de l'Aisne, où ont travaillé des religieux belges, ou de la Meuse, où il y eut un groupe de pères hollandais. Ce ne sont que des exemples. Hors de France: Bethnal Green, à Londres, ou Hitchin; à Bruxelles La Madeleine (Sainte-Marie-Madeleine), dans la vieille ville mais près des hôtels "européens" tout neufs, et de la gare centrale; à Madrid, une église dédiée à la Vierge Marie, dans un quartier populaire. En Belgique (Wallonie), un groupe de religieux en paroisse forment une "communauté régionale"; de même en Allemagne pour un groupe de Hollandais.
En Italie, à Florence, ce n'est pas d'une paroisse qu'il s'agit, mais d'un sanctuaire dédié à sainte Marie-Madeleine de Pazzi, qui fut le rendez-vous religieux de la colonie française et où viennent des fidèles du voisinage ainsi que les touristes curieux d'admirer la peinture du Pérugin. Sur les bords du lac Majeur, des religieux italiens ont bien mérité du diocèse de Novarra en desservant des paroisses de montagne; et de l'Assomption en animant une maison d'accueil à Cannero Riviera.
À New York, l'apostolat paroissial pour les hispanos (immigrés de langue espagnole) a été à l'origine d'une extension au Mexique, en 1947. Une église en l'honneur de Notre-Dame de Guadeloupe, patronne du pays, a été construite à Mexico. Une communauté vocationnelle est ouverte.
Au Canada, le Montmartre canadien, comme son nom l'indique, est un sanctuaire en l'honneur du Sacré-Cur. L'apôtre de la dévotion fut le P. Marie-Clément Staub: il obtint du Parlement canadien une loi constituant la Congrégation en "corporation civile", habilitée à fonder des uvres. Il n'a pas pu voir l'érection de la basilique au-dessus du Saint-Laurent.
L'Action catholique
Le sens des mots se déplace; une "certaine idée de l'Église", dominante, quasiment "pensée unique" au temps du P. d'Alzon, cède la place à celle qu'on voit se formuler au concile Vatican II. Le P. d'Alzon exhortait avec vigueur à une "action catholique"; il pensait à des laïcs agissant sur la société pour la rendre chrétienne, à des laïcs unis dans un tiers ordre mais sous la direction indiscutée du clergé. En 1922, le pape Pie XI publiait l'encyclique Ubi arcano instaurant l'Action catholique comme participation des laïcs à l'apostolat hiérarchique; les laïcs ont leur vocation de baptisés; ils ont droit à un apostolat qui soit le leur, un droit et une mission.
L'Assomption, lors d'un Chapitre au lendemain de la dernière guerre, appelait les religieux à prendre part à cette Action: "Afin de nous maintenir dans l'esprit et les intentions de notre fondateur, le P. d'Alzon, et pour répondre aux demandes qui nous seraient adressées par le secrétaire général de la JOC (1), ou pourraient l'être par d'autres mouvements, le chapitre demande que l'Assomption participe officiellement à l'Action catholique, dans une organisation propre à chaque province."
Chaque province a interprété selon ses besoins et objectifs pastoraux cette directive claire. Une initiative française mérite d'être remise en mémoire. Le 9 octobre 1946 s'ouvrait à Sèvres, dans la banlieue parisienne, la mission ouvrière Saint-Étienne, à proximité des usines Renault. Le projet de la fondation précisait que la résidence abriterait trois religieux participant à la JOC, qu'ils vivraient de leur travail et, en partie, du traitement que pourrait leur offrir le mouvement. Ils allaient vivre une situation de pauvreté et d'austérité qu'ils considéraient comme normale et nécessaire pour l'apostolat populaire. La mission s'appellerait "mission Saint-Étienne" en souvenir du P. Étienne Pernet, fondateur des Petites Surs de l'Assomption, modèle du religieux simple, clairvoyant, qui voulait mettre la vie religieuse féminine du côté du monde ouvrier.
À cette époque, on lisait, on commentait beaucoup le livre de Henri Godin et Yvan Daniel France, pays de mission? L'Action catholique spécialisée était organisée, l'Action catholique ouvrière s'affirmait; le mot "mission" cessait de désigner uniquement les territoires éloignés; les esprits s'habituaient à une Église missionnaire, à la mission de tous les baptisés, à la responsabilité de tous dans l'évangélisation des milieux de vie.
Vie de travail, vie de quartier, vie en communauté, vie missionnaire, tel était le choix des trois assomptionnistes, parmi lesquels le P. Paul Charpentier qui sera supérieur général. De Sèvres à la rue Bourret (Paris), la Mission ouvrière a indubitablement introduit dans l'Assomption française ce que nous appellerons une "sensibilité", mais le mot est faible, de nature à faire prendre conscience des questions posées à l'Église par le monde ouvrier français, par les mentalités d'incroyance, d'indifférence ou d'hostilité à l'égard de l'Église, par le devoir de justice sociale et de promotion populaire.
L'option prise par nos "missionnaires" n'a pas rencontré que des approbations à ses débuts. Elle appartient désormais à l'histoire d'une Église "en pays de mission", et elle a été un des exemples de recherche d'un autre style de vie en communauté, une communauté qu'on espère mieux perçue comme signe d'apostolat et de pratique évangélique.
De Lourdes aux favelas
Ce n'est pas par artifice de mode qu'on donne à voir une Assomption fidèle au Fondateur dans son souci du peuple, et active dans des zones de pauvreté matérielle ou culturelle. La convergence est frappante, pour peu qu'on rapproche les engagements, en Europe et beaucoup plus encore en Amérique latine. Je me rappelle cette paroisse de São Paulo (Brésil) tenue par les pères hollandais: j'y ai visité un foyer pour jeunes handicapés; ces garçons, ces filles, avaient été trouvés abandonnés dans la rue. Doublement disgraciés. Je repense à eux en écrivant.
À Madrid, le P. Luis Madina a fondé la "Ciudad de los muchachos" (la Cité des enfants), maison d'accueil, école populaire, qui se double d'un collège classique. Ce religieux espagnol a étendu son uvre en faveur des enfants à plusieurs pays d'Amérique centrale. À Cali, en Colombie, le centre éducatif "Mi Casa" porte son nom (2). On y reçoit des enfants parmi les plus délaissés. Ils sont formés à prendre eux-mêmes en main leur avenir, dans un contexte de société que gangrènent la guérilla et les violences mafieuses. Ce climat très dur, les religieux et les laïcs travaillant avec eux le subissent plus que d'autres, à cause de leurs contacts avec une jeunesse que guettent les narcotrafiquants. Plusieurs jeunes ont été assassinés; en 1985, le P. Daniel Gilard, un religieux belge de trente ans, a été tué dans des circonstances restées inexpliquées.
La mission de Colombie fut fondée par l'Assomption de Belgique. Les deux premiers religieux arrivèrent à Cali le 4 octobre 1946; ils ne savaient que peu de chose, semble-t-il, du pays où ils débarquaient, même pas la langue... L'Assomption répondait à un appel lancé par les Petites Surs de l'Assomption, dont l'action était déjà remarquée. Ils ont assumé des tâches trop lourdes pour eux seuls: service paroissial, direction d'un petit séminaire, et même d'un périodique, La Voz catolica. Un nouveau contingent ne tarda pas à venir de Belgique. En plus de Cali, on se fixa à Manizalès, que l'on dut quitter en 1952, et à Bogota, où on est toujours. L'apostolat se fait dans une population socialement très mélangée. Au collège d'Alzon, à une certaine période, par attention envers les plus pauvres, les heures de scolarité et les méthodes pédagogiques ont été aménagées selon la classe sociale des élèves. Le P. Albert Henry s'est fait l'ami des Indiens de la région, et ses reportages dans la presse belge ont été remarqués.
Descendons vers le sud. Parce que, en 1890, un évêque du Chili a observé les assomptionnistes à l'uvre durant un pèlerinage national, on peut voir aujourd'hui à Santiago une réplique grandeur nature de la grotte de Lourdes. L'Assomption chilienne, composée à l'origine de religieux provenant de l'Ouest de la France (alors province de Bordeaux), est donc âgée de plus de cent ans. C'est par là que nous sommes arrivés dans le sous-continent. Quand on est reçu à Santiago, on a le bien agréable sentiment de respirer l'air de famille; sentiment que l'on n'éprouve pas autant partout: les noms inscrits sur une dalle funéraire sont là pour attester que l'histoire est présente. Au Chili, l'Assomption continue à se montrer active dans divers centres paroissiaux (Santiago, Valparaiso, Rengo, Lota) auprès d'une population où la vraie pauvreté ne peut pas se cacher. Le noviciat se trouve non loin de la capitale, à Pomaire, un village de potiers d'origine indienne.
En Argentine, le fondateur fut le P. Romain Heitmann. Mort en 1941, il a administré la paroisse de Belgrano et y a créé une école Sainte-Anne, une école d'Alzon, une académie Sainte-Thérèse; le collège de garçons s'est agrandi d'un institut Saint-Romain, inauguré en 1959. Les assomptionnistes ont édifié, comme à Santiago du Chili, une grotte de Lourdes à Santos Lugares; ils ont desservi jusqu'à une date récente la paroisse Saint-Martin-de-Tours. L'histoire politique les a touchés douloureusement: quatre religieux, trois frères et un père, ont disparu, comme on disparaît sous les régimes de dictature.
La mission du Brésil a débuté en 1935, fondée, elle aussi, par les religieux de la province de Bordeaux qui a porté l'Amérique latine dans son cur comme une parenté très chère, et toute l'Assomption française partage la même sollicitude.
Une particularité de cette mission du Brésil est que les Pays-Bas s'y sont rencontrés avec la France. Les assomptionnistes hollandais, qui ont trouvé là-bas des compatriotes immigrés à accompagner spirituellement et moralement, ont pris en charge des paroisses dans les États de São Paulo et de Minas Gerais. Le diocèse de Jalès a été créé, dont le premier évêque était un religieux hollandais, Mgr Arthur Horsthuis (1912-1979).
La mission du Brésil comportait, depuis 1993, une viceprovince, dans laquelle se trouvent des maisons avec une majorité de religieux hollandais, et une région comprenant Rio et Eugenopolis. En 1999, une province à part entière a été érigée. La langue portugaise fait le lien entre les nationalités, ce qui résout un problème épineux, mal résolu ailleurs.
Parti de la dévotion à Marie, qui n'est pas abandonnée, l'itinéraire de l'Assomption est arrivé aux "communautés de base" et n'a pas pu ignorer les remous soulevés par la "théologie de la libération" (il vaudrait mieux dire: les théologies); la piété populaire a été et reste un des points sensibles pour une pastorale rénovée. Si on se risque à récapituler rapidement cette histoire apostolique, on dira que l'Assomption a tenu une route d'ouverture et d'équilibre: pas de révolution, mais pas de crispation sur des structures et méthodes que bousculent les faits de société et l'idée conciliaire de l'Église, "peuple" de Dieu.
Les religieux vivent dans la proximité des "favelas", ou bidonvilles, et parfois dedans, comme, pendant des années, l'infatigable Breton qu'est le P. Paul-Henri Riou à Rio de Janeiro. Nous n'en sommes plus à la grotte de Lourdes, mais en plein cur d'une société que les Européens ont découverte avec retard. À Campinas, vous passez en quelques minutes de l'église au bidonville. À São Paulo, vous sortez de la paroisse assomptionniste (il y en eut deux naguère) et vous longez, un peu plus bas, au cur de cette conurbation gigantesque, écrasante, une favela en train de se construire (!) sous un viaduc. Et vous songez au peuple que voulait rejoindre le P. d'Alzon, un autre monde.
En Asie, en Océanie
On ne sait plus guère que l'Assomption a été présente pendant dix-sept ans en Mandchourie. J'y ai fait allusion précédemment, mais c'est justice de rafraîchir les mémoires en évoquant les bouleversements historiques sans précédent qui attendaient la Chine. On était en 1935. Une fois de plus, l'Assomption allait au-devant des tempêtes et se condamnait, sans s'en douter, à ne pas rester très longtemps. Les missionnaires que l'Assomption avait envoyés en grand nombre dans un Orient proche avaient été forcés de regagner l'Europe occidentale; l'occasion s'est offerte d'aller en Extrême-Orient. Le vicaire apostolique de Kirin, Mgr Gaspais, demande aux assomptionnistes de venir seconder les pères des Missions étrangères, débordés par le travail dans un pays faisant trois fois la France. La Congrégation accepte et bâtit un grand séminaire à Chang-Chun (Hsing-King) pour la formation d'un clergé indigène; elle prend des postes de mission plus éloignés dans le pays.
La Mandchourie a été occupée par les Japonais de 1931 à 1945. Les communistes chinois l'ont libérée, et les religieux ont fait l'expérience de ce genre de libération. L'Assomption chinoise aura finalement pour centre la ville de Harbin, au nord; il faudra le reconstituer après les spoliations et les pillages. La nationalisation de l'Église de Chine est au programme des autorités communistes. L'entretien du séminaire devient aléatoire, et il doit fermer pendant un an et demi; il rouvre le 17 septembre 1946. Son sort, en tant qu'école supérieure, dépend du nouveau pouvoir, qui menace de mobiliser tous les jeunes. Le système D, la résistance des jeunes et des pères ne font que prolonger le provisoire, et la fin du séminaire est proche; les pères finiront par se laisser évacuer. Restent trois religieux en "brousse": les PP. Austal Anselm et Livier Pierron, près de Harbin, le P. Sylvère Pellicier à Kirin. Les deux derniers à quitter la Mandchourie seront Austal, en 1953, et Livier, en 1954, celui-ci après avoir passé six mois dans les prisons communistes. C'en était fini de l'Assomption en Chine, cette Chine vers laquelle allaient nos rêves anciens, comme dans l'Église tout entière.
On reviendra en Asie en 1991. Deux religieux, un Belge, un Américain, vivent en Corée du Sud et, en collaboration étroite avec les surs oblates, ont la lourde tâche de représenter l'Assomption en Extrême-Orient. Ils ont eu à apprendre la langue, ce qui n'est pas le moindre des obstacles pour des Occidentaux; ils ont l'espoir d'aider le catholicisme coréen, d'une vitalité certaine, à s'ouvrir davantage à la conscience d'une Église vraiment internationale. L'archevêque de Kwangju a confié aux pères une paroisse et trois dépendances, dont un village de lépreux.
En 1952, trois religieux hollandais avaient gagné la Nouvelle-Zélande, à la suite d'émigrés, après accord de l'archevêque de Wellington avec l'évêque de Roermond, chargé des problèmes d'émigration de catholiques hollandais. En 1953, ils ont un couvent indépendant. Ils publient un mensuel, trait d'union entre eux et leurs compatriotes. Ils rayonneront à partir de quatre centres: Wellington, Auckland, Christchurch et Dunedin. Un collège est édifié en 1966 à Porirua.
Le service des jeunes Églises
Deux terres de mission lointaine s'inscrivent dans notre histoire comme deux secteurs apostoliques de forte signification: la République démocratique du Congo (ex-Zaïre; ex-Congo belge) et Madagascar.
En 1929 partent de Belgique les premiers missionnaires envoyés dans la vaste colonie que le roi Léopold II a "donnée" à son pays, assez peu préparé à la chose. Les assomptionnistes prennent la suite des prêtres du Sacré-Cur, au nord de ce qui était protectorat belge: le Ruanda-Urundi (ancienne appellation), entre les lacs Édouard et Albert. À la fin de 1935, des surs oblates rejoignent les pères et travailleront avec eux. Le nombre des religieux a augmenté; ils se sont aventurés dans une mission qui avait à être pour le moins réveillée et organisée, et ils l'ont fait avec une foi, un courage, que nous tenons toujours à saluer. La mission a été érigée en vicariat apostolique par le Saint-Siège en 1938. Les religieux se dévouent aussi bien dans les paroisses en brousse que comme bâtisseurs, enseignants, formateurs de séminaristes ou de religieux congolais, éducateurs dans le domaine technique et professionnel, secondés par des laïcs, dont un grand nombre de catéchistes.
Nous avons tous en mémoire plusieurs de ces missionnaires. Mgr Henri Piérard, premier vicaire apostolique de Béni, est de ceux-là. Il a ouvert la voie au clergé indigène, aux vocations assomptionnistes, qui ont pris une place de plus en plus grande, par le nombre et les capacités. De l'évêché érigé par Jean XXIII, sous la conduite de Mgr Piérard, pour faire suite au vicariat apostolique, est née une Église locale vivante et une vice-province assomptionniste, récompensant les efforts des pionniers d'avant la guerre et d'avant l'indépendance du pays. Depuis lors, il est vite apparu que les Européens devaient se préparer à passer le relais pour que les responsabilités soient confiées aux séculiers et aux religieux congolais. C'est maintenant chose faite. La mission en RDC fait partie de la province d'Afrique, avec les communautés du Kenya et de Tanzanie. À Nairobi, il y a une maison pour étudiants en théologie; en Tanzanie, les assomptionnistes congolais ont en charge une paroisse (Arusha) et un noviciat (Arusha).
À Madagascar, c'est la province de France qui est engagée comme telle. Le diocèse de Tuléar a été érigé en 1957 et confié à l'Assomption en la personne de Mgr Michel Canonne, qui était le "chef" de l'équipe fondatrice de la mission: il sera sacré le 25 octobre 1959. Il y avait six ans que les Pères étaient arrivés, sur un territoire auparavant administré par les lazaristes. Ils essaiment dans d'autres postes et, dans un pays qui connaît une situation économique et sociale difficile, ils ont construit une mission active, avec l'aide de bienfaiteurs français. La scolarisation, la formation des jeunes, la préparation à la vie religieuse, les uvres sanitaires et sociales, la catéchisation populaire en ville et à la campagne, sont les activités essentielles. Madagascar a acquis en 1998 le statut de vice-province.
Fondations et refondations
C'est ce qu'on pourrait appeler le paradoxe du petit nombre. Le P. d'Alzon faisait trop de projets avec un petit nombre de religieux; et il en est resté quelque chose. Aujourd'hui, sa Congrégation compte un nombre de religieux en diminution, sans toutefois que soit tari le recrutement, et elle fonde des communautés nouvelles, dans le même temps qu'elle doit fermer des maisons. La Corée, le Kenya, la Tanzanie et l'Équateur, où, partie du Chili, une communauté s'est créée à Riobamba, ce sont des initiatives qui ont de quoi surprendre. On se resserre sur des points traditionnels qu'on juge toujours prioritaires, représentatifs de l'Assomption, mais on prend le risque d'une expansion. C'est qu'on refuse de céder aux seuls arguments du nombre et à des calculs trop terre à terre; on offre aux assomptionnistes autre chose que les considérations moroses; le positif doit apparaître au bilan comme un défi au négatif. C'est le pari sur la volonté de vivre et d'aller de l'avant pour le Royaume.
On fonde et on refonde. La "Mission d'Orient" a retrouvé son actualité. Un noviciat a été ouvert à Margineni (Roumanie). Il ne suffirait pas de retourner en Bulgarie, en Russie, en Roumanie par attachement affectif au passé. Un Chapitre général (1993) a clairement indiqué la motivation: "La mission assomptionniste en Orient est à recréer. Elle consiste toujours à travailler à l'unité de l'Église, mais dans l'esprit de Vatican II." Le P. Claude Maréchal, devant des religieux réunis à Plovdiv (Bulgarie), déclare, en se recommandant de l'encyclique de Jean-Paul II: Ut omnes unum sint (Qu'ils soient tous un), qu'il fait de l'cuménisme "un trait déterminant pour l'identité assomptionniste en Orient, un aspect essentiel de la mission". Il ajoute: "Je sais toutes les difficultés dans les pays où vous êtes et je souffre comme vous de tous les raidissements et des critiques injustifiées. Je devine tout ce qu'il faut de patience et de foi pour persévérer. Mais la parole du pape, qui est bien informé et n'ignore rien des difficultés, est claire: il nous faut avancer résolument dans cette direction. Si nous, assomptionnistes, profondément marqués par l'Orient chrétien, ne faisons pas de cette encyclique notre point de référence, qui donc le fera?"
Fondations et refondations ont un trait commun qui a du sens: les communautés sont internationales. On l'a vu pour la Corée; au Kenya, des religieux américains sont en activité; en Tanzanie, les assomptionnistes du Congo démontrent que le nombre permet maintenant à une "jeune Église" d'envoyer, comme les "vieilles", des missionnaires hors frontières. En Équateur, il y a un Français, un Colombien, un Brésilien, un Chilien. Ce ne sont que de petites équipes, encore dans la période des incertitudes, des mises au point, mais leur composition montre que nous sommes sortis, au moins pour une part, d'une histoire missionnaire où chaque province avait son territoire, et lui fournissait presque exclusivement les religieux. L'internationalité vécue dans un engagement missionnaire commun est un aspect de l'évolution culturelle d'une congrégation. Le premier et banal obstacle de la langue parlée est surmonté d'une façon ou d'une autre, comme il doit l'être. Les mentalités se rencontrent et se confrontent dans la réalité quotidienne, les psychologies tout autant.
Les jeunes, d'une manière générale, y sont plus disposés qu'on ne l'était autrefois, et ils sont très demandeurs de ces rencontres qui ouvrent l'Assomption à elle-même en même temps qu'elles éduquent les esprits à une catholicité que le P. d'Alzon désirait, avec les idées de son temps, mais dans une perspective non contestable d'universalité évangélique.
On arrête là le survol de la géographie assomptionniste, non sans avoir ajouté cependant que l'apostolat, tel que le vivent les assomptionnistes pris individuellement, se disperse encore en de nombreuses tâches d'aumôneries - étudiants, prisons, mouvements, hôpitaux, mariniers, groupes d'action catholique, maisons pour personnes âgées, etc. - et d'animation de ce qui est devenu une forme de reconversion pour beaucoup d'instituts masculins ou féminins: les centres d'accueil pour retraites spirituelles, sessions, séminaires.