Les études universitaires de Jean Calvin (1509-1564) ne portaient pas sur la théologie, mais sur le droit et la philosophie, et ceci à la manière de la renaissance, qui voulait rénover toutes les connaissances à partir de de l'antiquité, censées mieux connues grâce à la philologie et à une pratique nouvelle du latin classique, du grec voire de l'hébreu. Il commença donc sa carrière, non comme théologien mais comme philosophe humaniste, quand il publia une édition avec commentaire du De Clementia de Sénèque, ceci étant un ouvrage pédagogique et politique écrit pour l'éducation du futur empereur Néron.
Calvin fut initié au cours de ses études aux écrits latins de Luther, qui circulaient sous le manteau. Il s'interessa tôt à la Réforme de l'Eglise, et s'engagea peu à peu dans le mouvement réformateur.
Son premier écrit théologique, Psychopannychia, une dissertation sur l'immortalité de l'âme, traitait d'un sujetà la mode chez les humanistes de la Renaissance. Composé, à la demande de quelques amis, en 1534-1535 et publié en 1542, cet ouvrage était dirigé contre un groupe d'anabaptiste qui affirmaient la mort ou le sommeil de l'âme dès la séparation de son sorps. L'argumentation de Calvin en faveur de l'immortalité de l'âme était avant tout scripturaire, mais elle notait aussi que la doctrine des Pères, notamment de saint Augustin, était tout à fait conforme à l'Ecriture.
Ce fut au cours de cette enquête, ou peu après que Calvin décidait de consacrer sa vie à la cause de la Reforme. Dans sa pensée, il s'agissait, non de quitter l'Eglise traditionnelle, ou encore moins d'en créer une autre, mais bien de transformer la seule Eglise qui soit pour en faire ce qu'elle devrait être.
Cette décision prise, Calvin composait aussitôt le travail qui a fait sa renommée et assuré son influence. L'Institution de la Religion chrétienne. Ecrit d'abord en latin et remis sans cesse sur le chantier, cet ouvrage passait par des éditions successives, en latin et en français, allant de 6 chapitre en 1536 à 80 chapitres en 4 parties en 1559 (latin) 1561 (français). Dès les premières lignes de la première édition une note augustinienne caractérisée s'y faisait entendre: le but et le fondement de la théologie ne sont autree que la connaissance de dieu et de soi-même. C'était, inversé, le souhait d'Augustin dans les Soliques: . Noverim me, noverim te (Que je me connaisse, que je te connaisse) Dans l'ambiance plus Platonicienne qu'Aristotélicienne qui était celle de la Renaissance, "soi-même" signifiait "son âme". Il s'ensuivait dans la théologie de Calvin un souci du spirituel qui persistait à travers toutes les éditions de l'Institution. D'où un accent expérientiel qui rapproche la pensée de Calvin de celle de saint Bonaventure et de Jean Duns Scot plus que de celle de saint Thomas. L'insistance sur l'Esprit Saint et son action dans l'âme chrétienne prenait une nouvelle ampleur. Le Père de l'Eglise le plus cité par Calvin est d'ailleurs saint Augustin, l'auteur médiéval le plus cité étant saint Bernard, écrivain spirituel plus que théologien.
Georges TAVARD (AA)
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