![]() |
En choisissant le temps pour ce premier numéro de lan 2000, les Itinéraires augustiniens nentendent pas céder à la frénésie qui règne en ce début de millénaire. On voudrait rendre justice à Augustin, en insistant sur la nouveauté de sa réflexion, et sur sa valeur permanente. Sa réflexion, dabord dans les Confessions, puis dans la Cité de Dieu, maintes fois reprise au fil des siècles, est restée inégalée. On relèvera ici trois axes, que les contributions de ce numéro développeront.
Augustin sinterroge dabord sur la nature du temps. Cest par là quil suscite lintérêt des modernes. Quest-ce que le temps ?« Si personne ne me pose la question, je sais ; si quelquun pose la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus. » (Confessions XI, 14, 17). La réponse est restée célèbre. Si le temps relève de lexpérience immédiate, il résiste à une mise en idées. Pourtant, Augustin na pas reculé devant la tâche. Il est allé aussi loin que possible, tant pour appréhender le temps de la conscience que le temps de lhistoire.
A vrai dire, il ne sintéresse guère au temps comme tel. Ce qui lui importe, cest lusage que nous pouvons en faire. Cest laxe essentiel de sa pensée sur le temps. Par sa nature même, le temps est un fleuve au cours irréversible, qui sécoule vers le néant. Un tel spectacle ne lui fait cependant nullement conclure, comme Qohélet, que tout ce qui arrive est vanité. Il laccueille comme une invitation à lâme de déplacer son centre de gravité de ce qui passe vers ce qui ne passe pas. Le temps coule non vers le passé, mais vers léternité. Il a une portée qui sétend au-delà du temps, puisquil sy joue le destin éternel de chacun.
A cet égard, le temps est une épreuve où se vérifie la qualité des âmes. Cest un troisième axe quil développera surtout en méditant sur la chute de Rome et le désarroi qui sen est suivi. « Nos parents avaient des jours meilleurs , disaient les païens. Cest à lépoque chrétienne que se produisent toutes ces épreuves : le monde est dévasté, il défaille. » Oui, répond Augustin, le temps est une épreuve. Mais loin de laisser les événements dériver au gré des forces aveugles, Augustin presse chacun à y uvrer en vue dy instaurer la paix et la justice.
Le temps, cest de largent, dit-on. A cette logique financière, qui mesure le temps à la rapidité avec laquelle il fait gonfler le compte en banque, Augustin substitue une logique spirituelle, qui mesure le temps à son poids déternité. On a beau aménager le cours du temps, lhomme ne sy retrouvera jamais totalement. La seule façon déchapper au flux temporel, cest de se tenir au Christ, léternel dans le temps en vue douvrir le temps à léternité.
«Tu es emporté par le courant ? tiens-toi à larbre. Lamour du monde te roule dans son tourbillon ? Tiens-toi au Christ. Pour toi, il sest fait temporel, afin que tu deviennes éternel ».
Marcel
NEUSCH
Augustin de lAssomption
|
Réalisation: Avenir Internet |
||