Augustin, maître spirituel

La préparation des catéchumènes
au baptême à Hippone

" Je m'adresse donc à vous, jour unique,
enfants mal nés d'Adam, bien nés à nouveau dans le Christ.
Voyez, vous êtes jour; voyez, le Seigneur vous a faits.
Il a chassé de vos cœurs les ténèbres de vos péchés,
il a régénéré votre vie. " (Guelf. 18)

Lorsqu'il descend dans la piscine baptismale de la basilique d'Hippone, le samedi soir, au cours de la veillée pascale, le catéchumène arrive au terme d'un parcours exigeant. C'est une " lente gestation " (1), qui l'a conduit à la nouvelle naissance donnée par l'Eglise mère, dont il est devenu un enfant : " Ceux qui étaient appelés 'catéchumènes'… on leur donne maintenant le nom d' 'enfants', parce qu'à présent ils sont nés au Christ, eux qui, auparavant, étaient nés au monde " (Sermon Mai 92).

Pasteur attentif, Augustin a suivi de près et accompagné toutes les étapes de ce cheminement. Le parcourir avec lui sera pour nous d'un grand intérêt, d'autant plus que le catéchuménat des adultes s'est considérablement développé, ces dernières décennies, dans nos Eglises de post-chrétienté. C'est principalement à travers la prédication de l'évêque d'Hippone que nous évoquerons la préparation des catéchumènes au baptême.

Les catéchumènes

Au temps d'Augustin, le baptême des petits enfants est devenu courant dans l'Eglise d'Afrique. Cependant, nombreux sont les adultes qui se présentent à l'Eglise pour demander le baptême. Des étapes bien spécifiques leur seront alors proposées. Mais avant d'être devenus des " competentes " - littéralement, ceux qui " demandent (le baptême) avec d'autres " - les catéchumènes auront souvent attendu plusieurs mois, voire plusieurs années. Encore du temps d'Augustin, la discipline pénitentielle est telle que beaucoup préfèrent différer le baptême - parfois jusqu'au lit de mort - de crainte de pécher après l'avoir reçu. Augustin juge sévèrement cette disposition, mais il condamne, avec encore plus de vigueur, l'attitude des chrétiens qui encouragent les catéchumènes qui estiment pouvoir s'adonner au péché sans retenue, comptant sur le baptême pour en être lavés :

" Nous entendons résonner de toutes parts à nos oreilles : 'Laisse-le faire, car il n'est pas encore baptisé'. Et cependant, pour la santé du corps nous ne disons pas : 'Laisse-le se blesser davantage, car il n'est pas encore guéri' " (Conf. I, 11, 18).

Après avoir été interrogé sur les intentions qui l'animent, le candidat participe à une célébration durant laquelle il est soumis à un certain nombre de rites qui marquent l'entrée en catéchuménat. Augustin, lorsqu'il écrit ses Confessions, fait mémoire de ces signes qui lui ont été conférés alors qu'il était enfant : " J'avais entendu parler, en effet, quand j'étais encore enfant, de la vie éternelle qui nous est promise par l'humilité du Seigneur notre Dieu, descendant vers notre superbe : et l'on me signait déjà du signe de sa croix et l'on me salait de son sel déjà au sortir du sein de ma mère, qui avait mis beaucoup d'espoir en moi " (Conf. I, 11, 17).

Il s'agissait d'abord d'un exorcisme, comportant une imposition des mains et une " exsufflatio " destinée à chasser le Malin. Ce geste, qui nous paraît aujourd'hui étrange, était familier aux contemporains d'Augustin. C'était un signe de mépris, " de sens intermédiaire entre notre 'siffler' et notre 'cracher sur' " (S. Poque, op. cit., p. 27.). Il s'agit d'accumuler, contre Satan, " les malédictions que mérite sa méchanceté " (Sermon 216, 6).

L'imposition du sel est un signe typique du catéchuménat. Augustin n'hésite pas à le désigner du nom de " sacrement " (sacramentum), mais on sait que le terme n'a pas alors la portée restrictive qu'il comporte aujourd'hui : " Ce qu'ils reçoivent, bien que ce ne soit pas le corps du Christ, est néanmoins saint, parce que c'est un sacrement " (De peccatorum meritis, II, 26, 42.). Ce signe pourra d'ailleurs être renouvelé plusieurs fois durant le catéchuménat.

Enfin, le rite solennel de la signation sur le front fait du catéchumène un chrétien. Il est désormais " conçu par l'Eglise, mais pas encore né " (Sermon Mai 94,1). Augustin exhorte fermement à porter le signe de la croix dans son cœur, et pas seulement sur le front. Ce signe n'est-il pas, plus que tout autre, celui de l'humilité du Christ ? Et cependant, n'est-il pas, désormais, porté sur le front même par des rois ? (En. Ps. 36, 2, 4).

Etre marqué de la croix suppose une configuration au Christ, que la préparation au baptême va s'employer à susciter de plus en plus. Augustin ne voit pas d'un bon œil ceux qui continuent, comme si de rien n'était, à s'adonner à des plaisirs peu compatibles avec leur nouvelle condition. Ainsi, à ceux qui ne veulent pas se priver des spectacles du théâtre :

" Et voilà ce que des chrétiens se permettent ! Je ne dis pas des baptisés, car les catéchumènes en tireraient prétexte pour s'y croire autorisés. Je suis seulement catéchumène, dis-tu. - Ah ! oui, catéchumène ? - Parfaitement, catéchumène ! - Alors, tu as un front pour porter la croix du Christ, et un autre pour aller au théâtre ? Tu veux aller au théâtre ? Bien, mais commence par changer de front (…) Comment peut-on oser prétendre porter sur son front cette croix que l'on a chassée de son cœur ? S'ils portaient vraiment la croix dans leur cœur, ils se garderaient bien d'aller au théâtre " .(Sermon Denis 17,8 ; en. Ps. 85, 14 et en. Ps. 50, 1, cités par van der Meer, Saint Augustin pasteur d'âmes, vol. II, p. 125.)

La catéchèse

Les catéchumènes sont admis à participer à la liturgie de la Parole lors des assemblées eucharistiques, raison pour laquelle ils sont aussi appelés " audientes " (auditeurs). Une place spéciale leur est attribuée dans l'église. En outre, ils bénéficient d'une catéchèse particulière. Il s'agit essentiellement de leur enseigner " ce qu'est la foi et comment doivent vivre les chrétiens " . (De fide et operibus, 9.)

Un ouvrage rédigé par Augustin dans les premières années de son épiscopat, le De catechizandis rudibus, fournit d'intéressantes indications sur la manière dont l'évêque envisage cette formation (6). On a parfois traduit le titre de ce livre par " La catéchèse des simples ", laissant ainsi supposer qu'Augustin s'intéresse à des catéchumènes intellectuellement ou culturellement peu développés. Tel n'est pas le cas. D'ailleurs, l'ouvrage donne certains conseils spécifiques destinés à la catéchèse des candidats particulièrement instruits ou cultivés (cf. VIII, 12 et IX, 13). En fait, le terme rudis, qui signifiait à l'origine " brut " ou " grossier ", a acquis au IVe siècle le sens de " non dégrossi " ou encore " inexpérimenté ". C'est ainsi, par exemple, que l'on désigne par l'expression rudis rei militaris ceux qui sont inexpérimentés dans l'art militaire. Le livre s'intéresse donc à la catéchèse des " débutants ".

Quelles sont les motivations relevées par Augustin chez les catéchumènes ? Presque toujours, note l'évêque, le candidat se présente " sous le coup d'une certaine crainte de Dieu ". Il faudra cependant rechercher ses véritables motivations. Peut-être cherche-t-il, dans le fait d'être chrétien, à obtenir quelque avantage humain ou matériel. Cependant, note Augustin, même la feinte peut être le point de départ d'un cheminement utile. En effet, " souvent, la miséricorde de Dieu intervient par le ministère du catéchiste et fait que le candidat, ébranlé par l'entretien, se met à vouloir réellement devenir ce qu'il avait décidé de feindre. Et, conclut le pasteur, considérons le moment où il a commencé à vouloir réellement comme l'instant où il est venu à nous " (De catechizandis rudibus V, 9).

Il peut aussi arriver que ce soit " un avertissement ou un effroi venus de Dieu " qui ait poussé le candidat. Ce sera là une bonne entrée en matière, mais il faudra s'empresser de " faire passer son attention des miracles et des songes de ce genre, à la voie plus solide des Ecritures et à leurs oracles plus certains " (Ibid. VI, 10). L'importance qu'Augustin attache ainsi à un enracinement ecclésial et scripturaire de la foi et de l'expérience chrétienne pourrait être utilement médité par certains de nos contemporains, trop friands de visions et d'apparitions de toutes sortes…

En quoi consiste la catéchèse préconisée par Augustin ? Pour l'évêque, le contenu essentiel de la catéchèse est l'histoire du salut, à travers laquelle le catéchumène doit être amené à découvrir l'œuvre de Dieu et à se laisser toucher par lui. L'expérience d'Augustin l'a conduit à la conviction qu'il n'y a pas de vie chrétienne véritable sans conversion du cœur et sans expérience de l'amour de Dieu. Le savoir transmis, si bien ordonné qu'il soit, n'est pas un système abstrait, mais la trace concrète de l'agir de Dieu dans l'histoire, agir qui atteint chacun dans sa réalité personnelle. L'utilisation de deux registres - celui de la " narratio ", qui s'adresse d'abord à l'intelligence, et celui de l'" exhortatio ", qui interpelle plutôt la volonté - assure l'unité de la démarche catéchétique : tout se résout dans la charité, par laquelle l'homme accède à Dieu.

Narratio

Il s'agit de présenter au catéchumène un récit " complet " de l'histoire du salut, c'est-à-dire partir du 1er verset de la Genèse pour aboutir à la période actuelle de l'Eglise, sans pour autant - cela va de soi - être exhaustif. Il faut choisir les faits les plus remarquables et prendre le temps de s'y arrêter pour capter l'intérêt de l'auditeur. Tous les événements du récit doivent s'expliquer par la charité. Tous, en effet, annoncent ou préfigurent la venue du Seigneur Jésus-Christ, et " quelle raison plus grande y a-t-il de la venue du Seigneur que l'intention que Dieu a eue de montrer son amour pour nous, en le manifestant avec force ? " (Ibid. IV, 7). Dès la première catéchèse, Augustin invite donc à mettre en œuvre le principe fondamental de son exégèse biblique : le primat de la charité, clé de l'interprétation spirituelle de l'Ecriture. C'est pourquoi il recommande au catéchiste : " Propose-toi donc cet amour comme fin à laquelle tu rapporteras tout ce que tu diras ; et quoi que tu racontes, raconte-le de telle manière que ton auditeur en entendant croie, en croyant espère, et en espérant aime " (Ibid. IV, 8).

Exhortatio

Avant d'être une parénèse ou un enseignement moral, l'exhortatio doit ouvrir l'auditeur à la dimension eschatologique de la foi. Il s'agit " d'inculquer l'espérance de la résurrection " et de " célébrer avec l'ardeur du désir le royaume des justes et des fidèles, ainsi que la grande Cité d'en haut et sa joie ". Il faut bien sûr, ensuite, mettre en garde contre " les tentations et les scandales, soit au dehors, soit à l'intérieur de l'Eglise ", puis " rappeler de façon brève et appropriée les règles de conduite de la vie chrétienne et honnête " (Ibid. VII, 11).

Pour instruire ses catéchistes, Augustin ne se contente pas d'indiquer des principes. Il propose également deux exemples de discours catéchétiques, l'un long, l'autre bref. On y trouve de magnifiques passages, typiques du génie augustinien. Par exemple, sur le péché et la grâce : " Pourquoi donc Dieu n'aurait-il pas créé l'homme, bien qu'il sût d'avance qu'il pécherait, puisqu'il le couronnerait s'il se tenait debout, qu'il le redresserait s'il chancelait, et qu'il l'aiderait s'il se relevait, toujours et partout glorieux dans sa bonté, sa justice et sa clémence ? " (Ibid. XVIII, 30). Ou encore l'admirable " Vie du Christ sur terre " (Ibid. XXII, 40), d'une étonnante concision.

L'inscription au baptême

On sait, par les Confessions (IX, 6, 14), qu'après sa retraite à Cassiciacum, Augustin est revenu à Milan, au début du carême de 387, pour " donner son nom " en vue du baptême, en compagnie d'Adéodat, son fils, et d'Alype, son ami. Nul doute que ce souvenir habite la mémoire et le cœur de l'évêque lorsqu'il s'agit de conduire ses catéchumènes au baptême.

En effet, à l'approche des célébrations pascales, l'évêque adresse aux catéchumènes une invitation pressante à s'inscrire pour recevoir le baptême. Il excite leur désir en leur faisant éprouver l'ignorance qui sera la leur jusqu'au jour où, baptisés, ils seront devenus des " fidèles ".

" Comme nous l'avons entendu, à la lecture du saint Evangile (le chapitre 6, versets 55-57 de saint Jean), le Seigneur Jésus-Christ nous exhorte à manger sa chair et à boire son sang, en nous promettant la vie éternelle (…) Cependant, ceux qui, parmi vous, sont encore appelés catéchumènes ou écoutants (audientes) ont bien pu entendre les paroles qui ont été lues, mais les ont-ils comprises ? (…) Que ceux qui mangent déjà la chair du Seigneur et boivent son sang considèrent ce qu'ils mangent et ce qu'ils boivent, pour éviter, selon les paroles de l'Apôtre, de manger et de boire leur propre condamnation (cf. 1 Co 11, 29). Quant à ceux qui ne mangent et ne boivent pas encore, qu'ils se hâtent, invités qu'ils sont à pareil banquet (…) Pourquoi donc, ô écoutants, voyez-vous la table et n'accédez-vous pas au banquet ? Et peut-être, durant la lecture de l'Evangile, vous êtes-vous demandé en votre cœur ce que veulent dire ces mots : 'Ma chair est vraie nourriture et mon sang vraie boisson (Jn 6, 55) ? Comment peut-on manger la chair du Seigneur et comment peut-on boire son sang ? Que veut dire cela ? ' Qui t'en a fermé l'accès, que tu l'ignores ? Cela reste voilé pour toi. Mais si tu veux, cela te sera révélé. Viens à la profession de foi et la question sera résolue, car ce que dit le Seigneur Jésus, les fidèles le savent bien. Mais toi, qu'on appelle catéchumène, toi qu'on appelle écoutant, tu restes sourd. Les oreilles de ton corps sont ouvertes, puisque tu entends les paroles qui ont été dites, mais les oreilles de ton cœur demeurent fermées jusqu'à présent, puisque tu ne comprends pas ce qui est dit (…) Voici la Pâque, donne ton nom pour le baptême ! " (Sermon 132, 1).

Il est vrai que le secret, la discipline de l'arcane, s'attachait particulièrement au sacrement de l'Eucharistie. " Qu'y a-t-il de secret chez nous, demande Augustin, uniquement les sacrements du baptême et de l'eucharistie " (en. Ps. 103 1, 14). Ainsi, après la liturgie de la Parole, les catéchumènes étaient renvoyés : " Voici qu'après ce sermon, les catéchumènes vont être renvoyés et les fidèles resteront " (Sermon 49, 8).

Ceux, parmi les catéchumènes, à qui Augustin aura réussi à donner soif du baptême, vont manifester leur " désir " (Sermon 216, 1) en donnant leur nom pour le baptême. Ils vont " frapper les entrailles maternelles comme pour demander d'être enfantés " (Sermon 228, 1). L'inscription va faire d'eux des " competentes ", des " postulants ". Pour eux, la préparation va entrer dans une phase plus active, au caractère pénitentiel très accentué, qui va durer tout au long du carême.

Dans la prédication qu'il leur adresse, Augustin les invite à renoncer au monde, dans le jeûne, les veilles et la continence. " Le Seigneur commence à faire un pacte avec vous. Vous avez vécu pour le monde, vous vous êtes livrés à la chair et au sang, vous avez porté l'image de l'homme terrestre. De même, donc, que vous avez porté l'image de celui qui vient de la terre, portez maintenant l'image de celui qui vient du ciel " (Sermon 216, 2). " Si vous voulez étouffer dans vos bras ce funeste adversaire de votre foi, qui lutte contre vous, terrassez le mal et embrassez le bien (…) Si vous voulez lutter ainsi, ne cognez pas dans les airs, mais frappez courageusement l'ennemi. Châtiez votre corps et réduisez-le en servitude " (Ibid., 6).

Les catéchèses pré-baptismales

Mais l'essentiel de la préparation, durant ces semaines qui précèdent le baptême, consiste en une triple instruction, sur la foi, sur la prière et sur le baptême. Augustin y fait allusion dans un sermon prononcé le jour de Pâques : " Nous avons traité devant eux du sacrement du Symbole : ce qu'ils doivent croire. Nous avons traité du sacrement de la Prière du Seigneur : comment ils doivent demander. Et du sacrement de la source et du baptême. Tout cela, ils l'ont entendu commenter et ils en ont reçu la transmission " (Sermon 228, 3).

L'instruction sur la foi - " sacramentum symboli " - consiste à faire apprendre le Symbole, dans lequel les éléments essentiels de la foi sont contenus : " Ces paroles (…) disséminées dans les divines Ecritures, ont été recueillies et rédigées en un seul ensemble, pour ne pas épuiser la mémoire des hommes lents et pour que tout homme puisse dire et posséder ce qu'il croit " (De Symbolo ad catechumenos 1, 1). Cette instruction sur le Symbole, la " traditio ", se situait trois semaines ou quinze jours avant Pâques. Augustin s'adresse ainsi aux competentes :

" Recevez, mes enfants, la règle de la foi, qu'on appelle le Symbole. Et, lorsque vous l'aurez reçu, gravez-le dans votre cœur et redites-le à vous-mêmes chaque jour. Avant de dormir, avant de sortir, munissez-vous de votre Symbole. Personne n'écrit le Symbole en sorte qu'il puisse être lu, mais pour le répéter, que votre mémoire soit votre livre, afin que l'oubli ne détruise pas ce que vous a confié la bonne volonté. Ce que vous allez entendre, c'est ce que vous allez croire, et ce que vous aurez cru, votre langue doit le redire. Comme le dit l'Apôtre : 'La foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut' (Rm 10, 10). Tel est le Symbole qu'il vous faut répéter et que vous devrez réciter " (De Symbolo ad catechumenos 1, 1).

Les rites ultimes

Les catéchumènes sont donc invités à apprendre le texte du Symbole et à le répéter en vue d'une première " redditio ", qui doit avoir lieu une semaine plus tard. Aux yeux d'Augustin, il est très important de retenir le Symbole par cœur. Il s'agit de mettre en œuvre, en vérité, un signe de la nouvelle alliance prophétisée par Jérémie : " Tout ce que vous entendrez dans le Symbole est contenu dans les divines lettres des Saintes Ecritures. Mais ce qui est ainsi rassemblé et mis en forme (dans le Symbole), il n'est pas permis de l'écrire, en mémoire de la promesse faite par Dieu, lorsque, par son prophète, il prédit un Testament nouveau en disant : 'Telle est l'alliance que je ferai avec eux après ces jours-là, dit le Seigneur, je mettrai ma loi dans leur esprit et je l'écrirai dans leur cœur' (Jr 31, 33). Voilà pourquoi, lorsqu'on entend dire le Symbole, on ne l'écrit ni sur des tablettes, ni sur un autre matériau, mais dans son cœur " (Sermon 212, 2).

Au terme d'une nuit passée en prières, a lieu la première cérémonie rituelle : exorcisme solennel, avec " exsufflatio ", renonciation à Satan et reddition du Symbole se succèdent. L'épreuve est particulièrement impressionnante. Les candidats, fatigués par le jeûne et le manque de sommeil, se tiennent debout, dévêtus, sur le cilice (cilicium), un tissu grossier de poils de chèvre. Autour d'eux, les prêtres, au nom de la sainte Trinité, ordonnent au démon de les quitter : " Lorsque vous étiez soumis au scrutin et que de justes imprécations étaient adressées, au nom de la toute-puissante Trinité, à celui qui veut vous persuader de fuir et d'abandonner Dieu, vous n'étiez pas revêtus du cilice, mais vos pieds le foulaient en mystère. Il vous faut piétiner les vices et les toisons de chèvres… " (Sermon 216, 10-11). Ce rite, qui manifeste l'intention de renoncer au péché symbolisé par le cilice, exprime la dimension négative de la conversion, qui est passage des ténèbres à la lumière. La reddition du symbole va en déployer la dimension positive.

A cette occasion, Augustin s'adresse aux candidats : " Vous étiez tombés, relevez-vous. Relevés, restez debout. Debout, tenez ferme. Fermes, persévérez (…) Brisez les liens (des ennemis) et rejetez leur joug. Ne reprenez plus le fardeau de la servitude. 'Le Seigneur est proche, ne soyez inquiets de rien' (Ph 4, 5). Nourrissez-vous maintenant d'un pain de douleur ; un temps viendra où à ce pain d'amertume succédera le pain de la joie " (Sermon 216, 10).

C'est normalement au terme de cette première célébration du scrutin et de la " redditio " du Symbole que les catéchumènes vont vivre le " sacramentum orationis ". L'évêque leur transmet l'oraison dominicale. La prière du Notre Père sera, elle aussi apprise par cœur et fera l'objet, le dimanche suivant, d'une " redditio " qui sera réitérée solennellement au cours de la vigile pascale :

" Vous avez rendu le Symbole qui contient le résumé de la foi. Je vous ai déjà dit ce que l'Apôtre affirme : 'Comment peut-on prier celui en qui on ne croit pas ?' (Rm 10. 14). Or, vous avez reçu, retenu et rendu ce qu'il faut croire de Dieu ; recevez donc aujourd'hui comment le prier. Le Fils de Dieu en personne, ainsi que vous l'avez entendu pendant la lecture de l'Evangile (Mt 6, 9-13), a enseigné cette prière à ses disciples et à ses fidèles. Nous avons donc bon espoir d'obtenir gain de cause, puisqu'un tel expert de la loi nous a dicté cette prière. Assesseur du Père, comme vous l'avez confessé, il est assis à la droite du Père ; il est aussi notre avocat, lui qui sera notre juge. Il viendra, en effet, pour juger les vivants et les morts. Retenez donc aussi cette prière, pour la rendre dans huit jours. En effet, tous ceux qui parmi vous n'ont pas bien récité le symbole ont le temps de le retenir. Car samedi, tous ceux qui seront présents vous écouteront le rendre. Ce sera le dernier samedi, celui de votre baptême. Mais dans huit jours à partir d'aujourd'hui, vous rendrez la prière que vous recevez aujourd'hui " (Sermon 58, 1).

Les liturgies de l'exorcisme, de la " redditio " du Symbole et de la " redditio " du Notre Père s'achèvent par des cantiques spirituels et des psaumes, parmi lesquels les psaumes 33, 35, 41, et surtout le psaume 26, auquel Augustin fait allusion à plusieurs reprises dans le Sermon 216 aux " competentes ". Les catéchumènes ont désormais trouvé dans le Seigneur leur " lumière " et leur " salut " (Ps 26, 1) (S. Poque, op. cit., p. 31.). Ils sont prêts, désormais, à vivre l'émerveillement de la grande vigile pascale au cours de laquelle, après avoir renouvelé leur profession de foi, ils vont être immergés dans la piscine baptismale et illuminés par le Christ.

C'est un bon pain, nourriture d'unité et de communion fraternelle, que le long entraînement du catéchuménat a finalement produit. Le chrétien le renouvellera, jour après jour, en participant au mémorial de la Pâque du Seigneur.

" En mémorial de ce qu'il a souffert pour nous, le Seigneur a voulu nous donner son corps et son sang, et il a fait de nous son corps et son sang. Nous sommes devenus son corps et, par l'effet de sa miséricorde, nous sommes ce que nous recevons. Rappelez-vous : vous ne l'avez pas toujours été, vous avez été créés. Vous avez été apportés sur l'aire du Seigneur et vous avez été broyés sous les pieds des bœufs, c'est-à-dire des prédicateurs de l'Evangile. Lorsqu'on vous retenait parmi les catéchumènes, on vous tenait en réserve dans le grenier. Vous avez donné vos noms, et vous avez commencé à être moulus par les jeûnes et les exorcismes. Ensuite, vous êtes venus vers les eaux, vous en avez été baignés et avez été faits un. La chaleur de l'Esprit Saint a fait lever la pâte et vous êtes devenus le pain du Seigneur. Voilà ce que vous avez reçu. En voyant l'unité qui est la vôtre par ce qui a été fait pour vous, conservez précieusement cette unité en vous aimant les uns les autres et en restant attachés à la même foi, à la même espérance et à l'indivisible charité " (Sermon 229).

André Brombart
Augustin de l'Assomption
Communauté Maranatha
Bruxelles

 Page réalisée par D. Remiot
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